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L'installation de compteurs d'eau est dorénavant obligatoire pour les institutions, commerces et industries de la ville de Saint-Pascal, au Kamouraska. Parallèlement, un projet pilote équipe vingt ménages volontaires afin d'évaluer la pertinence d'étendre ce système à l'ensemble des résidences.
Les compteurs d’eau permettront à la Municipalité d’intégrer la Stratégie québécoise d’économie d’eau potable (SQEEP) pour débloquer de l'aide financière afin de sécuriser l’approvisionnement à ses citoyens dans le futur.
La Stratégie [québécoise d’économie d’eau potable] nous dit "organisez-vous après ça, on va vous financer." C'est le regard du gouvernement du Québec. Nous, on veut être en avance à ce niveau-là, affirme la mairesse de Saint-Pascal, Solange Morneau.

Le ville de 3500 habitants a manqué d'eau pendant 26 heures consécutives en août 2023.
Photo : Radio-Canada / Véronique Duval
Pénurie d’eau pendant 26 heures
Elle témoigne avoir ressenti la panique citoyenne en août 2023 quand un bris à son usine de traitement a privé la ville d'eau potable pendant 26 heures consécutives.
Vingt-six heures, ce n’est pas beaucoup, et je n’ai vraiment pas trouvé ça drôle. Quand ça nous arrive, ça fait blanchir les cheveux! Je me suis dit "Organisons-nous par rapport aux changements climatiques", puis on est en train de le faire.

Dans l'urgence la Ville avait organisé un système de distribution d'eau potable et fait appel à plusieurs volontaires. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Fabienne Tercaefs
Cet événement a poussé la municipalité à moderniser des installations désuètes qui comptaient 21 années de service, et à œuvrer pour sécuriser son approvisionnement.
Depuis que ça nous est arrivé, chaque année, on met dans notre budget un montant d'argent pour réaliser des projets comme les compteurs d'eau et aussi un projet relatif à la rivière Kamouraska, notre seule source d’approvisionnement en eau, explique-t-elle.

« On met beaucoup de sous avec la TECQ (Programme de la taxe sur l'essence et de la contribution du Québec) au niveau de notre qualité d'eau parce que c'est la première source de vie au niveau de l'humain. [...] C'est quand même une très grande priorité pour les prochaines années », affirme Solange Morneau, mairesse de Saint-Pascal. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Robert Majewski
Les changements climatiques causent de plus en plus d’épisodes de faible niveau d’eau dans plusieurs rivières de la région, et la rivière Kamouraska n’est pas épargnée.
S'il arrive quoi que ce soit à la rivière Kamouraska, si la sécheresse assèche cette rivière dans les 30, 40 prochaines années, est-ce qu'on est capable de fournir de l'eau à nos citoyens? Notre réflexion, elle est là, statue-t-elle.
Compteurs et réduction de la consommation
Selon Pierre-Jacques Hamel, professeur-chercheur à l'INRS, si la facturation à l'usage fait baisser la consommation des entreprises, elle s'avère inefficace au niveau résidentiel.
Quand l’objectif est d’économiser l'eau, les données probantes pointent plutôt vers des actions structurelles, comme colmater les fuites du réseau d’aqueduc, sensibiliser sur les meilleures pratiques d’arrosage, adopter des appareils écoénergétiques, et limiter les pelouses.

Des municipalités québécoises interdisent désormais l'arrosage avec de l'eau potable dès le mois de mai. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / iStock / VanderWolf-Images
Tu consommes moins, pas parce que tu es plus écologiste, mais parce que tu en as moins besoin. Si tu n’as pas de gazon à arroser, tu vas moins consommer d'eau. Ce n’est pas compliqué!, s’exclame-t-il.
En ce sens, le professeur Hamel, privilégie l'adoption de règlements municipaux pour limiter la consommation d'eau et dénonce les exigences liées aux subventions provinciales.
À Québec, ceux qui pilotent l'affaire, il y en a là-dedans qui croient dur comme fer aux compteurs d'eau. C'est une bataille idéologique entre économistes et ingénieurs, estime-t-il.

Pierre-Jacques Hamel, professeur-chercheur à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) spécialisé notamment en finances publiques locales et gestion des services publics locaux.
Photo : Gracieuseté de l'INRS
Au final, c'est le ministère qui a le gros bout du bâton. Si tu veux avoir des subventions [...], il faut que tu suives mon protocole, il faut que tu rentres 20 compteurs pilotes résidentiels. Pour avoir une prochaine subvention, tu t'engages à mettre des compteurs partout. C'est comme ça que ça marche. C'est de la menace, affirme-t-il.
Le chercheur concède toutefois que, pour les villes aux budgets limités, se plier aux exigences de Québec demeure souvent l'unique façon de financer l'entretien vital de leur réseau d'aqueduc.
Pas une taxe camouflée
La mairesse de Saint-Pascal insiste : l'objectif n'est ni de taxer les citoyens ni de s'enrichir. Il s’agit de réaliser les conditions pour accéder aux programmes de subventions, mais aussi d’avoir plus de données sur la consommation d’eau à Saint-Pascal. Avec les compteurs, s'il y a des fuites dans le réseau, on va le savoir.
Le chercheur abonde dans le même sens.
C'est correct d'avoir des points de mesure à quelques places sur le territoire. C'est mieux plus d'informations que zéro d'information, confirme-t-il. Mais ce n'est pas avec des compteurs qu’une Ville fait de l’argent, étant donné le coût d'achat des compteurs intelligents, mais aussi leur entretien, souligne-t-il.

À Saint-Pascal, les compteurs résidentiels intelligents pour les 20 résidences du projet pilote seront financés par la Ville pour un montant de près de 9000 $. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Angela Gemmill/CBC
Il mentionne l’exemple de la Ville de Nicolet, qui devait changer son parc de compteurs d’eau pour des modèles intelligents plus récents, et qui a pris la décision d’abandonner le système de compteurs.
À Saint-Pascal, les compteurs résidentiels intelligents pour les 20 résidences du projet pilote seront financés par la Ville pour un montant de près de 9000 $.
Les entreprises et les institutions assumeront les coûts de leurs compteurs d'eau, pour un total estimé à près de 80 000 $.
La Stratégie québécoise d’économie d’eau potable vise à réduire de 20 %, d’ici la fin de 2026, la quantité d’eau distribuée par personne et par jour par rapport à 2015, soit passer de 573 litres à 458 litres. En 2023, le Québec était à 1 % d’atteindre sa cible, selon le dernier Rapport annuel de l'utilisation de l'eau potable réalisé par le ministère des Affaires municipales et de l'Habitation.


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