Dans le monde, il existe seulement deux seuls crânes complets de dodo, un animal endémique de l’île Maurice disparu à la fin du XVIIe siècle. Grâce à la numérisation de l’un de ces crânes, des chercheurs ont réussi à reconstituer virtuellement son cerveau. Or, l’animal présentait des caractéristiques plus complexes que celles imaginées auparavant.
Un spécimen rare passé au scanner CT
Pour rappel, le dodo (Raphus cucullatus) était un oiseau incapable de voler dont l’extinction remontre à la fin du XVIIe siècle, en raison des activités humaines. Avec le temps, cet animal est devenu l’un des symboles de l’extinction des espèces causée par l’homme. Endémique de l’île Maurice, dans l’océan Indien, le dodo mesurait environ un mètre de haut pour un poids entre 10 et 20 kg. Il présentait un corps massif, un plumage grisâtre, de petites ailes atrophiées ainsi qu’un grand bec crochu.
Aujourd’hui, les recherches sur le dodo reposent sur des spécimens très rares. En effet, seuls deux crânes complets existent, l’un se trouvant au Musée d’histoire naturelle de l’Université d’Oxford (Royaume-Uni)et l’autre, Musée d’histoire naturelle de Copenhague (Danemark). Or, le spécimen danois a été récemment analysé à l’aide d’un scanner CT haute résolution, comme le rapporte une publication dans le Zoological Journal of the Linnean Society le 5 aout 2026.
L’opération, réalisée en prenant soin de ne pas endommager le fossile, a permis d’effectuer une reconstitution en 3D extrêmement précise de l’intérieur du crâne et donc, de la cavité abritant jadis le cerveau. Si les tissus cérébraux ont évidemment disparu, ces derniers ont tout de même laissé des traces sur les parois internes du crâne. Ceci a permis aux paléontologues de matérialiser virtuellement le volume du cerveau et apporter des précisions concernant certaines caractéristiques.
Crédit : Citron et al., Zoological Journal of the Linnean Society., 2026
La complexité du dodo enfin révélée
Dans les faits, les numérisations 3D ont permis aux chercheurs de se rendre compte de la complexité insoupçonnée du dodo. Selon les auteurs de l’étude, la taille du cerveau de l’oiseau par rapport à son corps était totalement proportionnelle à celle des pigeons modernes. Or, dans la mesure où le pigeon est un oiseau doté d’une excellente mémoire et de facultés d’apprentissage reconnues, le dodo disposait vraisemblablement d’une intelligence tout à fait normale pour un oiseau de sa lignée.
Par ailleurs, contrairement à la majorité des oiseaux actuels se basant énormément sur leur vue, le dodo possédait des bulbes olfactifs exceptionnellement grands. Ces bulbes étaient quatre fois plus grands que ceux du pigeon de Nicobar, son plus proche cousin vivant. Ainsi, le dodo était capable de repérer très facilement sa nourriture – fruits tombés au sol, petits invertébrés – dans les forêts denses de l’île Maurice. Évoquons également son bec, dont les modélisations ont révélé un réseau complexe de canaux nerveux et vasculaires. Ainsi, ce bec ne servait pas uniquement à casser des graines ou à attraper de petites proies. En effet, il s’agissait d’un organe très sensible avec lequel l’animal explorait son environnement au sol, en le touchant.
Enfin, la plus surprenante des découvertes de cette étude concerne le zone visuelle du cerveau du dodo. Effectivement, les scanners ont montré que ses lobes optiques étaient anormalement petits, une morphologie se rapprochant de celle d’oiseaux nocturnes tels que le kiwi ou le kakapo. Pour les scientifiques, le dodo était certainement actif à l’aube, au crépuscule et potentiellement durant la nuit. Il semble que ce rythme permettait au dodo d’éviter la compétition alimentaire directe avec certains animaux comme les tortues géantes. Il faut dire que ces dernières partageaient le même régime que lui et s’activaient en pleine journée.


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