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Derrière les « Enhanced Games », l’obsession transhumaniste des créateurs de ces « JO du dopage »

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Sport 24/05/2026 08:30

La compétition controversée débute dimanche à Las Vegas, servant les visées transhumanistes de ses financeurs, qui rêvent de créer des super-humains immortels.

EN BREF La première édition des « Enhanced Games », compétition sportive où le dopage est plébiscité a lieu dimanche à Las Vegas.
Les promoteurs sont des figures du mouvement transhumaniste comme Peter Thiel et Aron D’Souza qui rêvent de l’immortalité.
Cet événement sportif ultra-controversé est la première pierre de leur projet qui est de repousser les limites de l’humanité.

Des performances sportives historiques en échange de sommes faramineuses. Voici la promesse des « Enhanced Games » (Jeux améliorés en français) dont la première édition a lieu ce dimanche 24 mai à Las Vegas, capitale mondiale du vice et des paris. Soit le théâtre idoine pour cette compétition sportive qui se rêve comme des Jeux olympiques… où le dopage est autorisé et où les athlètes sont grassement rémunérés.

Pour ce premier événement organisé devant 2500 invités dans une petite arène éphémère, quelques gros noms sont annoncés : citons le sprinteur américain Fred Kerley (champion du monde 2022 sur 100m et multiple médaillé olympique avant une suspension pour dopage), le nageur australien James Magnussen (double champion du monde sur 100m sorti de sa retraite pour se doper en vue des « Enhanced Games »), le coureur français de 400m Mouhamadou Fall (qui a manqué les JO de Paris après une affaire de dopage) ou « La Montagne » dans Game of Thrones, Hafthor Björnsson, l’un des hommes les plus forts du monde, capable de soulever plus de 500 kg.

Ce casting ambitionne - grâce à un recours décomplexé à des produits dopants utilisés sous surveillance médicale, assurent les organisateurs, et avec la bénédiction des États-Unis de Donald Trump et Robert Kennedy Jr. - de fracasser quelques records du monde les plus emblématiques : le 100m en athlétisme, le 50m nage libre en natation, le soulevé de terre en haltérophilie…

Une ambition tout sauf intime

Un projet forcément controversé qui fait beaucoup parler depuis ses origines. Ce qui n’est pas pour déplaire à ses architectes, l’entrepreneur australien Aron D’Souza (qui a eu cette idée en se disant que Lance Armstrong aurait dû se doper plus et mieux sur le Tour de France) et le milliardaire libertarien soutien de Donald Trump et protecteur de J.D. Vance, Peter Thiel.

Ces deux hommes se sont récemment fait remarquer pour un coup d’éclat, la start-up « Objection » qui se présente comme facilitant la vérification de contenu journalistique par IA, mais qui permet en réalité de museler et de décrédibiliser des enquêtes parues dans la presse. Le tout pour seulement 2000 dollars, une somme ridicule pour les puissants de ce monde. Loin du dopage et du sport ? Peut-être, mais avec une même idée : enjamber les institutions et s’affranchir des règles pour encourager une ultralibéralisation du monde en détruisant la démocratie. Ce que résume Christian Angermayer, un autre grand argentier du projet : « Les Enhanced Games doivent être un déclic pour notre société, pour montrer aux gens qu’ils sont libres de faire ce qu’ils veulent de leur corps et de leur esprit. »

Car les « Enhanced Games » répondent surtout à l’aspiration sous-jacente de Thiel, D’Souza et leurs soutiens : le transhumanisme. Si le dopage n’est pas obligatoire pour concourir, l’idée est tout de même d’emmener l’humanité là où elle n’est jamais allée. Exemple avec la vente de compléments alimentaires supposément révolutionnaires sur le site de l’organisateur pour montrer que ce n’est pas uniquement l’athlète qui réussit une performance, mais qu’il y parvient grâce à la science et à la médecine. Et si cela laisse croire aux badauds sexagénaires qu’il suffirait de quelques pilules « Longer+ » ou d’une cure de peptides pour retrouver la forme de ses 20 ans, tant mieux.

Le dopage comme un devoir envers l’humanité

Et tout cela n’est qu’une étape. Comme le racontait L’Équipe fin 2025, Peter Thiel, Aron D’Souza et les pontes de la Silicon Valley qui financent l’événement (avec Donald Jr., le filsTrump), aspirent ni plus ni moins qu’à « l’immortalité ». Ils cachent cette quête derrière le terme « vitalisme », soit la croyance grossièrement résumée qu’il faut stopper la mort et le vieillissement au profit de la vie, grâce à des techniques de « biohacking » (ou « piratage biologique »). Aron D’Souza l’a assumé auprès du Monde : ses Jeux sont « un projet scientifique, un mouvement pour améliorer l’humanité grâce auquel notre biologie ne sera plus notre limite (...) L’âge est une maladie que nous pouvons soigner et résoudre grâce à la médecine de performance ».

Cela passe donc par l’utilisation à des fins sportives, de produits autorisés aux États-Unis pour répondre normalement à des problématiques médicales. Avec des risques évidents. Comme le raconte un article de la revue scientifique Nature, les sportifs participant aux « Enhanced Games » prennent ainsi des traitements stimulant la production d’hormones, mais pour lesquels il n’existe aucun protocole spécifique au sport. « Si la supervision médicale réduit le risque immédiat, elle n’élimine pas les effets au long cours du dopage - qui incluent des complications psychiatriques, l’infertilité, les blessures musculosquelettiques -, tous décrits dans la littérature scientifique », déplore la spécialiste Kim Wolff. Dans Nature, elle liste les conséquences néfastes de l’EPO, des stéroïdes anabolisants, de la testostérone… Et de conclure : « Le sport devrait mettre à l’épreuve l’excellence humaine, pas pharmacologique. » Dans la revue Performance Enhancement and Health, un autre article est même encore plus direct, qualifiant les Jeux de « techno-fantasme voué à l’échec ».

Ce discours partagé par les instances du sport ne risque pourtant pas de décourager les promoteurs de ces Jeux. « Depuis plus de cent ans, les élites responsables du sport ont étouffé l’innovation, écrasé la grandeur individuelle et refusé de laisser les athlètes repousser les limites de ce qui est possible », a assuré Donald Trump Jr. au moment d’injecter des millions de dollars dans le projet, via un fonds se revendiquant « antiwoke ». En clair : les règles du sport et de l’antidopage empêcheraient d’accéder à cette « super-humanité » qui fait rêver les pontes transhumanistes de la tech comme les partisans masculinistes du mouvement MAGA. On retrouve d’ailleurs chez les partisans de l’événement le slogan « mon corps, mon choix », volé aux militants féministes et détourné.

Ainsi, les ordonnateurs de ces Jeux veulent défier les lois de la nature. Peter Thiel a déjà organisé sa future cryogénisation pour être réanimé quand la science aura suffisamment progressé pour vaincre la mort ;Christian Angermayer mobilise sa fortune pour réduire le vieillissement à une simple maladie que l’on soigne ; Aron D’Souza, 40 ans, a planifié le moindre détail de son enterrement, avec l’intention que son épitaphe le présente comme le « fondateur de l’ère améliorée ». Ces hommes qui voient le dopage comme une obligation ont théorisé cela dans un manifeste : « Dépasser nos limites actuelles n’est pas seulement un droit, mais un devoir sacré envers le potentiel illimité de l’humanité. » Tout un programme, dans lequel le sport n’est qu’un prétexte et une première marche.

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