Depuis des décennies, les études d’imagerie cérébrale sur l’autisme produisaient des résultats contradictoires : tantôt une connectivité réduite, tantôt une connectivité accrue. Des chercheurs italiens et américains viennent de démontrer que ces contradictions apparentes étaient en réalité deux réalités biologiques distinctes. L’autisme n’est pas un, il est au moins deux — et la distinction pourrait transformer l’approche thérapeutique.
Ce que vous allez apprendre
- Pourquoi les résultats contradictoires des études d’imagerie sur l’autisme n’étaient pas des erreurs mais des signaux biologiques distincts
- Comment une approche inter-espèces souris-humain a permis d’identifier deux sous-types de connectivité cérébrale
- Ce que cette découverte change pour l’avenir d’une psychiatrie de précision adaptée à l’autisme
Des résultats contradictoires pendant des décennies — et une explication inattendue
Pendant des années, les neuroscientifiques qui étudiaient le cerveau autiste se heurtaient au même paradoxe. Certaines études montraient une connectivité réduite entre les régions cérébrales. D’autres, une connectivité augmentée. D’autres encore, des schémas plus complexes, difficiles à interpréter.
La conclusion habituelle : du bruit, des problèmes de reproductibilité, une variabilité à corriger par la moyenne. Alessandro Gozzi, chercheur à l’Institut italien de technologie, n’a pas accepté cette réponse. Et il avait raison de ne pas le faire.
L’hypothèse qui change tout
Gozzi et son équipe ont formulé une hypothèse différente : et si ces résultats contradictoires n’étaient pas des erreurs, mais le reflet de mécanismes biologiques réellement distincts ? Autrement dit, et si l’autisme comprenait plusieurs sous-types cérébraux, chacun avec sa propre signature de connectivité ?
Pour tester cette idée, l’équipe a conçu une étude inter-espèces. Elle a analysé les schémas de connectivité cérébrale de vingt modèles murins d’autisme — des souris génétiquement modifiées pour présenter des comportements similaires à ceux observés chez les personnes autistes — avant de rechercher ces mêmes schémas dans les données d’imagerie cérébrale d’enfants autistes, recueillies par le Child Mind Institute de New York.
Crédit : Nature Neuroscience (2026).La souris comme pierre de Rosette de l’autisme humain
L’approche est ingénieuse. Chez la souris, il est possible d’identifier précisément quels gènes ou quels processus biologiques ont été modifiés. En établissant un lien entre ces perturbations et les schémas de connectivité observés, les chercheurs disposaient d’une clé de lecture pour interpréter les données humaines.
Si un profil de connectivité murin est associé à des mécanismes synaptiques, et que ce même profil apparaît chez des enfants autistes, alors il devient possible d’inférer que ces enfants présentent probablement des altérations similaires — sans avoir à les observer directement.
Deux sous-types, deux biologies
Les analyses ont finalement fait émerger deux schémas distincts, présents à la fois chez la souris et chez l’humain.
Le premier est caractérisé par une hypoconnectivité — une communication réduite entre les régions cérébrales. Ce sous-type est associé aux voies synaptiques, suggérant une altération de la communication entre les neurones eux-mêmes.
Le second présente une hyperconnectivité — une communication accrue. Celui-ci est lié aux voies du système immunitaire et à des dérèglements de la régulation génique. Les mécanismes neuro-immunitaires semblent y jouer un rôle central.
Ces deux profils ne correspondent pas simplement à un cerveau « plus » ou « moins » connecté de façon uniforme. Ce sont des organisations distinctes à l’échelle du cerveau entier, avec des bases biologiques différentes.
Vers une psychiatrie de précision pour l’autisme
La portée clinique de cette découverte est considérable, même si Gozzi insiste sur un point : il ne s’agit pas encore d’un outil de diagnostic. Les résultats doivent être validés à plus grande échelle avant toute application clinique.
Mais le cadre conceptuel qu’ils ouvrent est inédit. Deux personnes peuvent partager le même diagnostic d’autisme, présenter des comportements similaires, et pourtant avoir des cerveaux fonctionnant selon des mécanismes radicalement différents. Traiter l’autisme comme une entité unique, c’est potentiellement passer à côté de ce qui différencie ces profils — et de ce qui pourrait les aider différemment.
La suite : affiner, multiplier, comprendre
L’équipe ne s’arrête pas à deux sous-types. Si les données le permettent, trois, quatre, voire davantage pourraient émerger. Les chercheurs travaillent également à décoder ce que ces schémas de connectivité signifient en termes d’activité neuronale réelle, d’équilibre entre excitation et inhibition, et de fonctionnement quotidien.
Une psychiatrie de précision pour l’autisme n’est pas encore là. Mais elle a désormais une feuille de route biologique.


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