Le président américain est prêt à lâcher complètement l’Ukraine au profit d’un rapprochement avec la Russie, analyse Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques) (*). Le chercheur y voit la conséquence des liens idéologiques entre le Kremlin et la Maison Blanche.

Propos recueillis par Luc Chaillot - Aujourd'hui à 07:30 - Temps de lecture :

Pour Romuald Sciora, Vladimir Poutine a toujours eu les faveurs de Donald Trump qui a du mépris pour le président ukrainien. Photo Sipa /UPI Pour Romuald Sciora, Vladimir Poutine a toujours eu les faveurs de Donald Trump qui a du mépris pour le président ukrainien. Photo Sipa /UPI
Donald Trump a-t-il définitivement abandonné l’Ukraine en passant un accord avec Vladimir Poutine pour l’achat de diesel russe ?

« Cet accord n’est pas une surprise. C’était écrit depuis le clash avec Volodymyr Zelensky dans le bureau ovale à la Maison Blanche le 28 février 2025. Donald Trump a du mépris pour le président ukrainien qu’il n’a jamais apprécié. Ses faveurs ont toujours été pour Poutine. Ce ne sont pas des sautes d’humeur. Il y a une logique de la part de Donald Trump. Il est arrivé au pouvoir avec l’aide de l’extrême droite américaine. Il est entouré d’idéologues qui ont une stratégie claire : mettre à bas le système multilatéral au profit de la loi du plus fort. Il y a des liens idéologiques très clairs entre le Kremlin et la Maison Blanche. L’objectif du président américain c’est un partage de l’Ukraine entre la Russie et les États-Unis. De grandes concessions ont déjà été faites à Moscou. Donald Trump veut un changement de régime à Kiev avec un président plus favorable à lui-même et à Poutine ainsi qu’un accès illimité aux matières premières de l’Ukraine pour les États-Unis. »

La stratégie pour faire baisser les prix des carburants aux États-Unis peut-elle donner des résultats ?

« C’est un simple effet d’annonce. Les exportations russes ne vont pas changer la donne. Au-delà, il y a une volonté d’associer de plus en plus les États-Unis à la Russie. C’est un projet de longue date de Donald Trump. D’où l’invitation de Vladimir Poutine au sommet du G20 qui se tiendra en décembre 2026 en Floride. »

Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques). Photo DR

Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques). Photo DR

« C’est un piège tendu à Volodymyr Zelensky »

Le cessez-le-feu énergétique entre l’Ukraine et la Russie décrété par Donald Trump a-t-il des chances d’aboutir ?

« C’est un piège qui a été tendu à Volodymyr Zelensky. Le président ukrainien ne peut pas faire autrement que de poursuivre les frappes contre les infrastructures énergétiques de la Russie. Donald Trump le sait très bien. Cela lui permet de critiquer encore plus Volodymyr Zelensky en le tenant pour responsable de la poursuite de la guerre. »

Donald Trump s’intéresse-t-il encore à la guerre qu’il a déclenchée au Moyen-Orient et qui continue de déstabiliser l’économie mondiale ?

« La guerre est mise en sourdine jusqu’aux élections de novembre. Ce conflit est jugé comme un échec alors qu’il avait promis de ne pas entraîner les États-Unis dans une guerre du type Irak ou Afghanistan. La guerre en Iran a fortement déplu à la base Maga qui l’avait suivi lors de l’assaut contre le Capitole en janvier 2021 et dont il pourrait avoir besoin dans des circonstances analogues en cas de défaite aux élections. »

« Les républicains suivent Donald Trump comme un seul homme »

Le parti républicain fait-il toujours bloc derrière Trump ?

« Pour l’instant oui à part quelques électrons libres. Les républicains suivent Donald Trump comme un seul homme, même si les choses pourraient changer après les élections du 3 novembre en fonction de l’ampleur de la défaite. »

Donald Trump peut-il encore sauver la mise lors des élections de mi-mandat ?

« Il va perdre la Chambre des représentants et peut-être même le Sénat. Donald Trump nous a habitués cependant à être un extraordinaire meneur de fin de campagne. Il peut sortir d’autres surprises de son chapeau. N’oublions pas sa promesse d’un chèque de 5 000 dollars à chaque Américain en cas de victoire. »

(*) Auteur de Lettre ouverte à Donald Trump (éditions Point Nemo)

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