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Trouver un fossile est toujours un petit événement. Quel qu'il soit, il s'agit en effet d'un témoignage précieux, qui nous aide à reconstruire des écosystèmes depuis longtemps disparus. Toutefois, il est clair que certains fossiles présentent une valeur scientifique plus importante que d'autres.
Ainsi, plus les fossiles sont anciens, plus ils sont rares et renferment en eux des informations inédites. Leur état de préservation est également important. Les fossiles de vertébrés retrouvés en position anatomique et articulés sont ainsi précieux, tandis que les traces de tissus mous sont considérées comme de véritables graals.
Dans cette collection des fossiles particulièrement recherchés des paléontologues, il y en a toutefois auxquels on ne penserait pas immédiatement. Ce sont les bromalites, autrement dit les restes fossilisés de matières digérées !
Matières fécales et vomis : des témoignages précieux !
Ces anciens contenus stomacaux que l'on peut retrouver sous deux formes, les coprolithes (crottes fossiles) et les régurgitalites (vomis fossiles), sont en effet très précieux pour les chercheurs, car ils sont les témoins directs du régime alimentaire d'animaux depuis longtemps disparus. En cela, ils peuvent révéler de nombreuses informations sur les écosystèmes d'une période précise.
Ainsi, lorsque Arnaud Rebillard et ses collègues découvrent un petit amas avec des restes osseux lors de fouilles sur le site de Bromacker, en Allemagne, l'excitation est à son comble. Ce type de fossile correspond en effet à un régurgitalite, un vomi fossilisé. Un scan 3D des restes va confirmer cette hypothèse en dévoilant la présence d'une quarantaine d'ossements provenant de trois animaux différents et de petite taille.
Parmi eux, les chercheurs ont notamment découvert les restes de l'un des plus anciens vertébrés bipèdes connus : Eudibamus cursoris. Car il faut souligner que ce vomi fossile est particulièrement ancien. Il est daté du Permien inférieur, soit d'environ 290 millions d'années ! Il s'agit donc du plus ancien régurgitalite terrestre découvert à ce jour. Malgré leur apparence, les animaux en présence, y compris celui qui a régurgité ces restes, ne sont pas des dinosaures. Ces derniers n'apparaîtront que plusieurs dizaines de millions d'années plus tard.
Régurgitalite et détails des ossements identifiés. © Rebillard et al. 2026, Scientific Reports
Un superprédateur plus opportuniste qu’on ne le pensait
Sans nous révéler sa véritable identité avec certitude, le régurgitalite nous en apprend tout de même beaucoup sur le prédateur en question et sur son mode de vie. Les os retrouvés à l'intérieur du vomi fossilisé sont souvent entiers, ce qui laisse penser que l'animal était suffisamment gros pour pouvoir avaler des morceaux de ses proies en entier.
Pour les chercheurs, auteurs de l'étude publiée dans la revue Scientific Reports, il est donc possible qu'il s'agisse d'un Dimetrodon ou d'un Tambacarnifex, deux superprédateurs emblématiques de cette période et dont la présence sur ce site a été attestée par de précédentes études.
Un Dimetrodon régurgitant les restes de ses derniers repas dans son environnement du début du Permien. Présence d'Eudibamus cursoris (à gauche) et de Thuringothyris mahlendorffae (à l'arrière-plan), deux proies consommées par les Dimétrodons. © Sophie Fernandez, Rebillard et al. 2026, Scientific Reports
Or, on pensait jusqu'à présent que le régime alimentaire de ces animaux reposait principalement sur de gros herbivores. Ces résultats montrent qu'ils étaient bien plus opportunistes et se nourrissaient également de petits animaux qu'ils croisaient en chemin.
Au-delà de ces informations, le vomi fossilisé atteste avec certitude que les différentes espèces en présence ont bien vécu exactement au même moment et au même endroit. Il s'agit d'un point important, qui n'est habituellement pas facile à déterminer lorsqu'on trouve des fossiles individuels sur un même site. La datation des strates géologiques n'est en effet jamais très précise et les processus de sédimentation étant relativement lents, il est souvent impossible de savoir si deux espèces fossiles présentes dans la même couche sédimentaire ont vécu exactement en même temps, ou à plusieurs milliers d'années d'écart.


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