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Technophobes, les aînés ? Pas du tout, répliquent certains d’entre eux et des experts qui abordent la vaste utilisation des écrans par les personnes de l’âge d’or, qui s’en servent notamment pour s’informer, socialiser et demeurer autonomes plus longtemps. Tour d’horizon.
Bien des jeunes envieraient la maîtrise des nouvelles technologies de Jean-François Vigneault, de Claude Laverdure et de Lise Brousseau, rencontrés tous les trois par Le Devoir plus tôt cette semaine dans une résidence pour personnes âgées du Groupe Maurice, à Laval.
« L’autre jour, on avait un rapport de médecins. On n’y comprenait absolument rien. On a pris le rapport, on l’a mis [dans un outil d’intelligence artificielle, IA], puis on a dit : explique-nous ce que ça veut dire. Et il nous a donné une explication limpide et très, très intéressante », raconte M. Laverdure, qui utilise aussi l’IA pour générer des recettes et des images.
« II y a quand même des gens qui se débrouillent très bien malgré l’âge. C’est surprenant », lance pour sa part M. Vigneault, lui-même âgé de 80 ans.
En plus de toucher lui aussi à cette nouvelle technologie « pour le fun », le retraité utilise également le programme Excel, sur son ordinateur, pour « classer ses affaires », y compris ses reçus de pharmacie. « Ça aide à ma mémoire », estime celui qui utilise aussi les écrans pour jouer à des jeux en ligne, seuls ou avec des amis eux aussi connectés. Au point où, « des fois, ma blonde, elle m’appelle un ado », lance-t-il en riant.
« Même après la pandémie, on a continué à faire des soupers virtuels et à jouer » en ligne entre amis, dit Lise Brousseau, qui consulte par ailleurs Internet régulièrement pour s’informer sur toutes sortes de sujets.
« J’apprends énormément », se réjouit la directrice d’école à la retraite. Elle organise par ailleurs des ateliers sur la logique et le raisonnement — baptisés « Cerveau en action » — dont le contenu est créé par le biais de logiciels développés par son conjoint, Claude Laverdure. « On a une banque de 155 activités », glisse-t-elle fièrement.
Pas des cas uniques
Ces trois aînés sont loin d’être les seuls à avoir apprivoisé les nouvelles technologies.
À l’échelle de la province, le taux d’adultes de 65 ans et plus disposant d’une connexion à Internet atteint 85 %, selon un rapport de l’Académie de la transformation numérique (ATN) de l’Université Laval publié l’an dernier. En 2015, ce pourcentage s’élevait à 67 %.
Ce sont par ailleurs 97 % des utilisateurs d’Internet dans cette tranche d’âge qui mentionnent l’utiliser pour communiquer avec leurs proches. Cependant, contrairement aux jeunes, ils n’ont pas recours en priorité aux réseaux sociaux pour ce faire. C’est plutôt le bon vieux courrier électronique qui a la cote.
« Une majorité de ces personnes-là vont passer d’une à deux heures par jour sur les réseaux sociaux, ce qui est relativement peu comparativement aux autres tranches d’âge. Elles ne vont pas regarder, par exemple, de courtes vidéos », explique Astrid Alemao, agente de recherche à l’ATN.
Cela n’empêche pas les aînés de passer beaucoup de temps devant l’écran de leur téléphone intelligent, de leur tablette, de leur ordinateur ou de leur télévision, entre autres. En fait, après les 18 à 24 ans, ce sont les personnes âgées de 65 ans et plus qui sont les plus susceptibles, dans la métropole du Québec, de consulter de façon « intensive » les écrans, c’est-à-dire pendant plus de quatre heures par jour dans leur temps libre, montre un récent rapport de la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal.
Claude Laverdure indique pour sa part qu’il peut passer jusqu’à six heures devant les écrans pendant une journée. « Quand on est dans un projet très demandant, puis qu’on a hâte de voir le résultat, je peux programmer pendant quatre heures en ligne », indique celui qui a souvent recours à ses connaissances technologiques pour contribuer à l’organisation d’activités au sein de sa résidence pour aînés.
Jean-François Vigneault note de son côté que des personnes âgées qui n’avaient pas beaucoup touché à la technologie lorsqu’elles étaient sur le marché du travail se sont acheté une tablette une fois à la retraite, notamment pour jouer à des jeux et rester en contact avec leurs proches. Une manière, pour plusieurs, de briser « la solitude », constate-t-il.
Autonomes plus longtemps
Les technologies numériques peuvent par ailleurs aider les aînés à rester autonomes plus longtemps, explique pour sa part la chercheuse principale au Centre collégial d’expertise en gérontologie du cégep de Drummondville, Julie Castonguay.
Avec d’autres chercheurs, elle a réalisé en 2023 une étude sur le rôle que peuvent jouer les technologies du numérique pour améliorer l’accès des aînés à certains services essentiels. Des aînés ont alors été accompagnés dans l’utilisation de plateformes numériques leur permettant de se faire livrer leur épicerie ou leurs médicaments.
En théorie, ces outils offrent une option intéressante aux aînés pour qui sortir pendant une tempête de neige ou encore se rendre en voiture à l’épicerie devient de plus en plus difficile. Encore faut-il, cependant, qu’ils se sentent à l’aise d’utiliser ces ressources.
« On voyait que juste l’étape de la connexion [à ces plateformes], c’était une difficulté. Et des fois, c’est parce qu’il y a un bouton qui n’est pas placé au bon endroit ou parce qu’il y a un champ texte qui est peut-être pour nous visible, mais qui l’est moins pour ces personnes-là », explique Mme Castonguay.
En entrevue, elle relève ainsi l’importance, non seulement de mieux faire connaître ces outils numériques aux personnes âgées et de leur apprendre à les utiliser, mais aussi d’adapter cette technologie à leurs besoins afin d’en faciliter l’utilisation.
« Je donne souvent l’exemple d’une personne qui a des tremblements, alors que la zone de clic est super petite. C’est dur [pour cette personne] d’aller peser au bon endroit dans l’écran », poursuit la chercheuse.
Des aînés à ne pas oublier
Astrid Alemao rappelle pour sa part que 15 % des aînés au Québec n’ont toujours pas de connexion Internet à la maison.
« Il ne faut pas les oublier », relève l’agente de recherche à l’ATN, qui souligne l’importance que « tous les services gouvernementaux » demeurent « accessibles d’une certaine façon hors du numérique », puisqu’une partie de la population québécoise « ne sera probablement jamais connectée » à Internet.
Sinon, des aînés risquent d’écoper à cause de leur manque de connaissances du numérique, le recours à Internet rendant notamment l’achat de billets de spectacle et la prise de rendez-vous médicaux plus faciles et rapides, note Julie Castonguay.
« Il y a des exemples comme ça où le numérique, si on n’accompagne pas bien [les aînés] dans l’utilisation des services et qu’on ne leur offre aucune autre possibilité, [peut contribuer à] mettre un frein à l’autonomie des gens » plutôt qu’à les aider, conclut Mme Castonguay.
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