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David Brunat : « Petit éloge de Madame de Sévigné, la divine marquise »

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Quatre siècles après sa mort, Madame de Sévigné reste une figure majeure de la littérature française grâce à ses lettres pleines d’esprit, au style inimitable. L’essayiste explique qu’à l’heure de l’intelligence artificielle, ses lettres n’ont rien perdu de leur fraîcheur.

David Brunat Consultant et essayiste. Dernier livre paru « A la machine, vies d’Élisabeth de Miribel », éditions La Thébaïde, 2025.


Si l’on ne craignait pas le ridicule, on lui enverrait une lettre. Qu’elle lirait peut-être, puisqu’elle en aurait le temps, là où elle se trouve et où elle jouit de tout son temps. On lui dirait : bon anniversaire, chère épistolière. Car elle souffle en ce début d’année 2026 ses quatre cents bougies. On lui écrirait donc pour la congratuler. En essayant de singer son style. Mais en vain : il est inimitable. C’est la grâce couchée sur le papier. Saint-Simon salue en ces termes dans ses Mémoires cette divine marquise « si aimable et de si aimable compagnie. » Il note : « Cette femme, par son aisance, ses grâces naturelles, la douceur de son esprit, en donnait par sa conversation à qui n’en avait pas, extrêmement bonne d’ailleurs, sachant extrêmement de toutes choses, sans vouloir jamais paraître savoir rien ». Il célèbre aussi « ce torrent d’esprit naturel, aisé, facile, agréable et gai ».

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Sa correspondance, abondante, n’a pas été imprimée de son vivant, bien qu’elle ait acquis très vite une enviable réputation. On sait dans quelles circonstances - l’éloignement géographique de sa fille chérie - la marquise a été amenée à devenir la première épistolière de son temps et à bâtir cette cathédrale de mots intimes à nulle autre semblable.

Quatre siècles tout rond après sa naissance, Madame de Sévigné vit encore. Dans le souvenir des gens de lettres mais aussi dans la mémoire populaire, même si bien peu de nos contemporains ont lu sa correspondance complète, pas moins de trois volumes dans l’édition de la Pléiade. Graphomane sans avoir l’air d’y toucher, elle a compté au nombre des grandes marquises qui ont apporté une contribution notable à l’histoire intellectuelle et culturelle de notre pays, à l’instar, par exemple, de celle de Pompadour, amie des Encyclopédistes, de celle du Châtelet, traductrice de Newton, ou de celle du Deffand, salonnarde incomparable. Elle incarne le Grand Siècle et le meilleur style français en même temps qu’elle exprime une certaine idée de la maternité et des liens familiaux.

À l’heure de l’intelligence artificielle, des LLM et autres perroquets conversationnels, ses lettres n’ont rien perdu de leur fraîcheur, de leur vénusté, de leur énergique et entraînante splendeur.

Elle est sympathique, spirituelle, distrayante et instructive, sa plume charme et ensorcelle, elle nous prend par la main et nous envoûte, mine de rien. On la lit le sourire aux lèvres, bien souvent. Ses lettres sont des gourmandises aux goûts multiples. Descartes disait que la lecture est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés. À l’heure de l’intelligence artificielle, des LLM et autres perroquets conversationnels, ses lettres n’ont rien perdu de leur fraîcheur, de leur vénusté, de leur énergique et entraînante splendeur. En un mot, elle a donné à ce genre littéraire ses lettres de noblesse.

La divine marquise n’est plus, mais, à sa façon, elle survit très bien. Une distinction littéraire qui porte son nom a été créée en hommage à cet art épistolier en voie de disparition (puisque plus personne ou presque n’écrit de lettres). Le prix Sévigné a été fondé il y a maintenant trente ans par Anne de Lacretelle, ardente et entreprenante promotrice de cet art, et fille d’un grand écrivain un peu oublié de nos jours, Jacques de Lacretelle, qui fut d’ailleurs un des piliers du Figaro pendant un demi-siècle. Trois décennies après sa création, le prix Sévigné continue à rayonner dans la république des lettres et c’est une excellente chose.

À lire aussi Madame de Sévigné, d’Isabelle Brocard: la marquise au pied de la lettre

Écrire des lettres, nul n’y pense plus. Mails, SMS et autres messages instantanés ont pris le relais. Mais lire des missives d’hier ou d’avant-hier demeure un plaisir vif et subtil. L’inégalable Marquise de Sévigné a donné l’exemple, jadis, de ce que pouvait être la perfection épistolaire. Alors oui, on pourrait lui écrire une belle lettre pour lui dire notre plaisir, notre gratitude et notre admiration. Mais comme il est impossible de faire aussi bien qu’elle, et que, de toute façon, plus personne n’en écrit …

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