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David Brunat : «Lettre de la marquise de Sévigné à Bernard Arnault»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Dans sa réponse à l’enquête du Monde à son sujet, Bernard Arnault a fait montre de ce bel esprit qui est l’apanage du panache à la française, relève le consultant et écrivain dans une lettre fictive au PDG de LVMH.

David Brunat est consultant, auteur et conférencier. Dernier livre publié : Marathon, j’écris ton nom (éditions du Palio).


Monsieur,

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Vous savez qu’on me regarde comme l’une des plus grandes épistolières de l’histoire. Des lettres, j’en ai écrit des centaines, ou plutôt des milliers. Quatre siècles tout juste après ma naissance, il paraît qu’on les lit toujours avec délectation. J’en suis fort aise - comme dirait la fourmi de mon excellent contemporain La Fontaine. Mais ce que vous ne savez pas, c’est que je continue à en lire, des lettres, à en dévorer, chaque jour, dans le mien pays : le paradis des gens de lettres. Je me nourris de correspondances de toute sorte. Des vieilles, des très antiques, des plus modernes, des actuelles, des officielles, des familières, des légères, des graves, des distrayantes, des édifiantes, des émouvantes, des tristes, des drolatiques. Telle est ma pitance, telles sont mes délices : missives, bafouilles, billets doux, notes échangées, messages, plis, épîtres …

Et comme je me tiens au courant des dernières nouveautés épistolaires, je suis naturellement tombée sur votre lettre ouverte intitulée « Merci ». Eh bien, Monsieur, je m’en suis régalée. J’avoue que je ne vous connaissais pas bien. De mon vivant, un personnage considérable se faisait appeler comme vous « Monsieur » : c’était le frère du roi. Ce n’était donc pas vous, même si vous pouvez prétendre au titre de roi du luxe et que vous avez fondé une sorte de dynastie. J’ai souri et j’ai bien ri en vous lisant, même si je n’ai pas bien saisi toutes les piques et charges des libellistes qui ont composé une espèce de mazarinade à votre encontre. Votre réponse, réplique ou riposte, je l’ai trouvée mordante, bien sentie, enlevée, caustique juste à point, cinglante comme un soufflet administré avec une froide élégance.

Votre parole est rare, en tout cas dans ce territoire étrange que vos contemporains appellent « l’espace public ».

David Brunat

Je dois dire que je n’avais jamais lu auparavant une traître ligne de vous. La raison en est sans doute que votre parole est rare, en tout cas dans ce territoire étrange que vos contemporains appellent « l’espace public ».

Vous n’êtes visiblement pas un volubile, un excentrique, un extraverti comme le furent, par exemple, mon si aimable cousin Bussy-Rabutin ou le duc de Lauzun sur qui - pardonnez cet accès de vanité - j’ai écrit des mots magnifiques et inoubliables. Je devine que vous êtes d’un naturel discret, d’un tempérament quelque peu austère, peu accoutumé à élever la voix mais sachant user d’un ton tranchant et mener les hommes à la baguette à l’exemple, disons, de Monsieur de Colbert, qui savait d’ailleurs que le luxe constitue l’une des armes les plus efficaces, les plus précieuses, les plus durables de la puissance et de la réputation françaises.

En trois pages, vous avez mis les points sur les i et cloué le bec à ce duo de limiers du Monde . Un peu à l’image d’une volée bien frappée de votre idole et ami Federer, le roi de ce jeu de paume moderne nommé tennis. Vous avez mis les rieurs de votre côté. Vous avez fait montre de ce bel esprit qui est l’apanage du panache à la française. Et vous avez pu prendre la mesure de l’effet presque magique que peut receler une lettre, une simple lettre. Et puis, Monsieur, vous m’avez donné l’occasion de prendre à nouveau la plume, cette fois-ci pour m’adresser à vous. Alors c’est mon tour de dire : Merci.

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J’achève là cette brève missive. Je crains d’en rajouter dans l’éloge, au demeurant sincère, me souvenant avoir écrit un jour à ma fille : « Gare à la flatterie : trop de sucre gâte les dents ».

Signé : LVMH (La Valeureuse Marquise Hyperactive)

Nota bene : Il va sans dire que, jadis, je ne m’exprimais pas du tout comme je le fais ici. Mais qu’il s’agisse de vin, de haute couture, de malles de voyage ou encore de littérature, les goûts et les styles changent, et la plume de ce Grand Siècle qui était le mien doit s’adapter pour s’adresser à des hommes du XXIe siècle. Aussi vous garderez-vous, Monsieur, de voir dans ces quelques lignes un mauvais pastiche de mon art épistolier.

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