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Davantage d’élèves en danse, mais pas plus d’argent

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Poussée par la place croissante de la danse sur les écrans, la fréquentation des écoles de danse de la région continue d’augmenter, malgré un manque criant de financement gouvernemental.

Il y a 20 ans à peine, la pratique de la danse comme loisir organisé était beaucoup moins répandue au Québec. Depuis, un véritable écosystème s'est développé, propulsé entre autres par le rayonnement international de la scène montréalaise.

Cet essor a aussi trouvé écho dans les régions, où la discipline s’est popularisée dans les dernières années.

Les institutions d'enseignement locales se retrouvent au cœur de cette transformation. Véritables écoles de formation en art, dirigées par des personnes diplômées dans le domaine et des passionnées, elles agissent comme incubateur pour former les danseurs et les créateurs de demain.

Toutefois, l'aide financière n'a pas évolué au même rythme que la pratique artistique.

Où est l'argent?

Le développement des écoles de danse de la région se bute à une absence de financement récurrent au fonctionnement.

Le principal espoir du milieu pour assurer sa pérennité réside dans le Programme d'aide au fonctionnement pour les organismes de formation en art (PAFOFA) du Gouvernement du Québec. Or, la dernière admission d’un nouvel organisme au programme date de 2018-2019.

Les écoles de danse de la région se sentent complètement hors du radar gouvernemental. Le dernier budget provincial n'a prévu aucune somme pour ouvrir ou bonifier ce programme.

On ne peut même pas lever la main.

Par courriel, le ministère de la Culture et des Communications affirme qu’une révision du PAFOFA est en cours et comprend une réflexion sur les paramètres du programme, dont les conditions d’admissibilité.

Comme bien d'autres, la cofondatrice de la Coopérative École Cindy Mae Danse (CÉCMD), Cindy Mae Arsenault, attend impatiemment de savoir les nouveaux critères. On travaille vraiment fort, dit-elle, on a espoir de pouvoir être financés éventuellement.

Hausse des coûts

D’ici là, les équipes composent avec un fardeau administratif important. Elles doivent de plus absorber une pression financière croissante chaque année, afin de conserver l’accessibilité de la pratique de la danse.

Andrée-Anne Giasson affirme qu'elle et sa collègue sont des multi-instrumentistes.

En plus d'offrir quelque 35 heures de cours par semaine, elles doivent jongler avec la comptabilité, le service client, la recherche de subventions et la rédaction de demandes. Elles s’occupent même de l'entretien ménager des locaux.

Andrée-Anne Giasson.

Andrée-Anne Giasson a cofondé l’École de danse de Gaspé et en est la codirectrice. Elle est également interprète et chorégraphe en danse contemporaine. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Luc Manuel Soares

Plus à l'ouest, Marie-Philippe Fortin, directrice de l'École de ballet-jazz de Matane (EBJM Danse), constate, elle aussi, que ses frais de fonctionnement ne cessent de grimper. Tout comme l’École de danse de Gaspé, l’organisme matanais a dû développer des offres complémentaires de mise en forme pour se financer.

Des gens pratiquent la danse country

L'École de Ballet-Jazz de Matane, compte sur un noyau solide de professeurs, dont plusieurs sont d'anciennes élèves revenues s'établir à Matane après leurs études.

Photo : Gracieuseté de : EBJM Danse / Tatum Guillermic

Face à cette impasse financière, le milieu doit donc redoubler d'ingéniosité.

Aux Îles-de-la-Madeleine, l’un des mandats de l’école est de développer la danse professionnelle. La cofondatrice de la Coopérative École Cindy Mae Danse (CÉCMD), Cindy Mae Arsenault, affirme toutefois que, comme les principaux revenus de l’école sont tirés des cours de loisirs, ça met des bâtons dans les roues au niveau professionnel.

L’organisme a récemment obtenu une subvention du Pôle d'économie sociale Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine et d’Arrimage afin de déterminer le meilleur modèle d'affaires possible pour développer la pratique de la danse professionnelle en région, sans compromettre la survie des cours de loisirs.

Un engouement propulsé par les écrans

C'est un métier de passion. On n'est pas là pour la piastre au bout de la ligne, on est là pour faire du bien aux gens.

Malgré ces obstacles financiers, l'augmentation des inscriptions dans les écoles de danse de la région est constante depuis plusieurs années. À la CÉCMD, la clientèle a triplé depuis les débuts de l’organisme, il y a 15 ans, et l’équipe compte désormais une dizaine de professeurs.

Cindy Mae Arsenault

La réalité de l'éloignement aux Îles-de-la-Madeleine oblige l'organisme à s'adapter : l'offre de cours (qui inclut notamment le chant et bientôt le cheerleading) varie en fonction de la disponibilité des professeurs.

Photo : Facebook : Cindy Mae Arsenault

Cette popularité grandissante s’explique notamment par la place qu’occupe la discipline à la télévision et sur les médias sociaux. Cindy Mae Arsenault souligne que la danse est plus accessible que jamais. Elle rayonne des tendances TikTok jusqu’aux chorégraphies des personnages de jeux vidéo.

On a vraiment travaillé fort pour que la danse aille dans la vie des gens directement.

De même, Andrée-Anne Giasson note que l'émission Révolution démocratise beaucoup la danse contemporaine, parce que les gens voient du vrai contemporain à la télé. Ça crée un effet d’entraînement et, clairement, il y a un essor de la discipline.

Quant à EBJM Danse, l'organisme accueille plus de 350 élèves par session.

Afin de stimuler l’intérêt, on y adapte constamment l’offre en fonction des nouvelles modes, comme la danse urbaine et la danse country, fortement propulsées par les réseaux sociaux, selon la directrice, Marie-Philippe Fortin.

Un espace social nécessaire

À Gaspé, la clientèle est répartie de façon égale à travers toutes les tranches d'âge, de deux ans et demi jusqu'aux aînés de 75 ans.

L'accessibilité y est une priorité. L'école redonne des milliers de dollars chaque année en places gratuites, en costumes et en effacement de dettes pour permettre aux familles plus vulnérables de participer.

Des fois, ce n'est pas juste d'être inscrit, mais il faut que tu te sentes aussi comme les autres, puis que tu te sentes bienvenu.

Cette dimension humaine est aussi bien présente à Matane.

Marie-Philippe Fortin souhaite ramener le caractère social de la danse, en organisant notamment des soirées swing et de danse country qui rassemblent toutes les générations et tous les types de corps. Elle estime que la danse permet de briser l'isolement, de créer des occasions de rencontre et d'ouvrir des espaces de mixité sociale.

Cet ancrage communautaire est tout aussi fondamental aux Îles-de-la-Madeleine, où l'équipe n'a pas hésité à sortir de ses studios pour aller à la rencontre de la population, se promenant partout sur le territoire et visitant notamment les écoles.

Afin d'intégrer la relève, l'organisme a même développé un partenariat avec le diffuseur, Le Vieux Treuil, permettant à de jeunes danseurs d'assurer les premières parties de spectacles professionnels.

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