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Dans un parc de l’Ohio repose depuis 1999 une benne de 220 m³, dernier morceau d’une machine de 13 200 tonnes partie à la ferraille

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Une benne d’acier de 220 yards cubes (environ 168 m³) trône seule au milieu d’un parc du sud-est de l’Ohio depuis 1999. Elle est tout ce qu’il reste de Big Muskie, la plus grande dragline jamais construite, une machine de 13 500 tonnes courtes (12 200 tonnes) qui s’élevait sur 22 étages. Le reste de la bête a fini découpé au chalumeau et vendu à la ferraille pour une somme dérisoire au regard de son ambition : 700 000 dollars.

À retenir

  • Une machine industrielle légendaire réduite à une seule pièce : ce qu’il advient des géants du passé
  • 240 pieds de hauteur, 240 tonnes de benne, 325 tonnes déplacées à chaque coup : les chiffres qui donnent le vertige
  • De 25 millions de dollars à 700 000 dollars : comment une ambition industrielle s’éteint

Sommaire

  1. Une benne capable d’avaler deux bus Greyhound
  2. Un appétit électrique digne d’une ville entière
  3. La loi, pas l’usure, a eu raison du géant

Une benne capable d’avaler deux bus Greyhound

Le chiffre donne le vertige. La benne de 220 yards cubes et 240 tonnes est une véritable merveille d’ingénierie, installée aujourd’hui au Miner’s Memorial Park, dans le Jesse Owens State Park près de McConnelsville. Pour se représenter le volume, elle pouvait contenir deux bus Greyhound placés côte à côte. En pleine activité, cette gueule d’acier soulevait jusqu’à 325 tonnes de terre et de roche en une seule bouchée.

La construction elle-même relevait du chantier pharaonique. La machine étant trop massive pour être transportée assemblée, il a fallu la construire directement sur site : dès 1967, plus de 300 wagons et 250 camions ont acheminé les pièces jusqu’à la mine de Muskingum. Deux ans de montage plus tard, le monstre était debout, haut de 240 pieds, soit l’équivalent d’un immeuble de 22 étages posé sur des pieds hydrauliques plutôt que sur des chenilles. D’ailleurs, elle ne roulait pas : elle marchait, littéralement, en soulevant son immense châssis pas après pas.

Un appétit électrique digne d’une ville entière

Entre 1969 et 1991, Big Muskie n’a presque jamais arrêté de creuser. Elle a fonctionné 24 heures sur 24, 364 jours par an, déplaçant plus de 483 millions de yards cubes de roche et de terre. Sur ses vingt-deux années de service, l’engin a retiré plus de 608 millions de yards cubes de découverture, soit deux fois le volume de terre extrait lors de la construction du canal de Panama, révélant plus de 20 millions de tonnes de charbon.

Faire tourner un tel monstre coûtait une fortune en électricité. Big Muskie consommait l’équivalent de la puissance nécessaire pour alimenter 27 500 foyers, avec des factures d’énergie qui se chiffraient en dizaines de milliers de dollars par heure. Une équipe de cinq personnes seulement suffisait à la faire fonctionner en continu, en privilégiant le travail de nuit puisque le tarif du kilowattheure y était moins élevé. C’est justement cette gourmandise énergétique, couplée à l’effondrement de la demande de charbon à haute teneur en soufre au tournant des années 1990, qui a signé son arrêt de mort opérationnel.

La loi, pas l’usure, a eu raison du géant

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ce n’est pas une panne qui a envoyé Big Muskie à la casse. La machine est restée immobile pendant huit ans après son arrêt en 1991, le temps que des tentatives de sauvetage s’organisent. Mais en 1999, l’État de l’Ohio et l’Agence de protection de l’environnement ont commencé à faire appliquer le Surface Mining Control and Reclamation Act, qui exigeait le retrait de tout équipement des anciennes mines à ciel ouvert afin que les sites puissent être réhabilités sur le plan environnemental.

Central Ohio Coal, propriétaire de l’engin, s’est alors retrouvé coincé. Toutes les tentatives de vente ont échoué, aucune compagnie charbonnière ne voulant assumer le coût de démontage, de transport et de remontage d’une machine aussi massive, d’autant que peu d’entreprises pratiquaient encore l’extraction à ciel ouvert avec ce type d’équipement. Le contrat de démolition a finalement été confié à Mayer-Pollock Steel Corporation. Le 20 mai 1999, l’entreprise a décidé d’utiliser des explosifs pour sectionner les câbles de cinq pouces qui soutenaient l’imposant bras de la machine. Le bras s’est effondré au sol dans un enchevêtrement métallique, mettant fin à tout espoir de préservation intégrale.

Le bilan financier de cette démolition résume à lui seul le grand écart entre l’ambition industrielle et sa fin de vie : une machine qui avait coûté 25 millions de dollars en 1969, l’équivalent de 219 millions de dollars aujourd’hui compte tenu de l’inflation, est repartie en ferraille pour 700 000 dollars. Seule la benne a échappé au broyeur, sauvée in extremis pour devenir la pièce maîtresse d’un mémorial dédié aux mineurs.

Le site où opérait autrefois Big Muskie n’a pas disparu pour autant : une partie des 10 000 acres de terres réhabilitées ont donné naissance en 1994 à The Wilds, un parc animalier qui accueille aujourd’hui des espèces africaines et asiatiques sur d’anciens terrains miniers. Une reconversion inattendue pour un paysage façonné pendant vingt-deux ans par la plus grosse pelle mécanique jamais sortie d’une usine américaine.

Sources : industrialscenery.blogspot.com | ohiodnr.gov

L'équipe Sciencepost

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