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Dans un hangar climatisé dort depuis son unique vol de 1947 un avion en bois de 97 mètres d’envergure que personne n’a jamais vu redécoller

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À Long Beach, en Californie, un hydravion géant reposait autrefois dans un hangar hermétique, climatisé en permanence, alors qu’il n’avait volé qu’une seule fois de toute son existence. Cet appareil, c’est le Hughes H-4 Hercules, surnommé malgré lui le « Spruce Goose ». Avec une envergure d’environ 97,5 mètres, il était le plus grand avion du monde, un record qu’il a détenu jusqu’en 2019, et pourtant, il n’a volé qu’une seule fois. Personne, jamais, ne l’a revu quitter le sol.

L’histoire commence dans l’urgence la plus totale. L’appareil répondait aux pertes sévères de navires cargo américains en 1942, torpillés par les sous-marins allemands dans l’Atlantique Nord. Washington cherche un moyen de transporter troupes et matériel sans dépendre des convois maritimes, cibles faciles pour les U-Boot. Le projet est confié à deux hommes que tout oppose : l’industriel Henry Kaiser, spécialiste des chantiers navals, et Howard Hughes, magnat excentrique de l’aviation. Kaiser abandonnera en cours de route ; Hughes, lui, s’accrochera au projet bien après que la raison d’être militaire ait disparu.

Le choix du bois n’a rien d’esthétique. Les restrictions de guerre sur les métaux comme l’aluminium ont contraint Hughes à utiliser du bois lamellé-collé, et « Spruce Goose » était un nom accrocheur mais inexact donné par la presse à cet hydravion géant. Le contreplaqué employé n’est d’ailleurs pas de l’épicéa comme le suggère le surnom, mais principalement du bouleau, assemblé en couches collées pour offrir résistance et légèreté. Un choix technique presque paradoxal pour un appareil censé transporter jusqu’à 400 soldats à travers l’Atlantique.

À retenir

  • Un avion entièrement en contreplaqué six fois plus grand que les appareils de son époque
  • Un vol de 26 secondes seulement, suffisant pour défier le Congrès mais pas assez pour changer le destin
  • Entretenu pendant 29 ans dans l’espoir d’un décollage qui ne viendra jamais

Sommaire

  1. Trente secondes qui ont suffi à clouer un mythe au sol
  2. Vingt-neuf ans de veille pour un avion immobile
  3. Un géant qui continue de dominer, même détrôné

Trente secondes qui ont suffi à clouer un mythe au sol

Le 2 novembre 1947, dans le port de Long Beach, Hughes prend lui-même les commandes pour ce qui devait être un simple essai de roulage sur l’eau. Devant la presse, Hughes prend les commandes pour des essais de roulage. Soudain, il ouvre les gaz, décolle et fait voler le Spruce Goose sur 1,6 km pendant moins d’une minute, à 70 mètres d’altitude. En réalité, les mesures les plus couramment citées situent le vol à une vingtaine de mètres au-dessus de l’eau. Il grimpa à 70 pieds (21 mètres) et fut en l’air environ une minute, en parcourant un mille (1 600 mètres) à la vitesse maximale de 80 mph (129 km/h). Certains témoignages parlent même d’une durée plus courte, autour de 26 secondes. Le vol reste possible uniquement grâce à l’effet de sol, ce coussin d’air qui se forme près de la surface et facilite la portance à très basse altitude.

Ce court vol suffit pourtant à faire taire les critiques. Au Congrès, des voix s’étaient élevées pour dénoncer un gaspillage de fonds publics destinés à l’effort de guerre, un appareil qui, selon eux, ne quitterait jamais l’eau. En s’élevant sous les yeux de journalistes venus pour un simple test de roulage, Hughes leur donne tort publiquement. Mais la victoire est amère : la guerre est terminée depuis deux ans, le besoin stratégique a disparu, et aucun investisseur ne suivra pour financer une production en série. L’appareil ne redécollera jamais.

Vingt-neuf ans de veille pour un avion immobile

Ce qui suit tient presque de l’obsession. Plutôt que d’abandonner son géant de bois, Hughes le fait entretenir en permanence dans un hangar climatisé, prêt à voler à tout instant, alors qu’il ne décollera plus jamais. Une équipe dédiée à plein temps veille sur la structure, jusqu’à ce que la mort du milliardaire, en 1976, mette fin à cette étrange vigie. L’appareil reste alors invisible du public pendant plusieurs décennies, enfermé loin des regards.

Sa seconde vie commence par hasard, presque par nécessité immobilière. Ownership eventually transferred to the Aero Club of Southern California, which partnered with the Walt Disney Company to display the aircraft in a massive dome next to the Queen Mary ocean liner in Long Beach, beginning in 1980. Millions de visiteurs viennent alors admirer cette merveille d’ingénierie. Mais le bail du dôme arrive à échéance au début des années 1990, et l’avion doit une nouvelle fois trouver refuge. C’est la famille Smith, à la tête d’Evergreen International Aviation, qui propose de construire un hangar sur mesure, climatisé, dans l’Oregon. Le voyage jusqu’à McMinnville tient du feuilleton logistique : l’appareil arrive à McMinnville le 27 février 1993, après 138 jours et 1 055 miles parcourus depuis Long Beach, transporté par péniche, train et camion.

Un géant qui continue de dominer, même détrôné

Depuis 2001, l’appareil trône dans l’Evergreen Aviation & Space Museum, où il partage l’espace avec plus d’une centaine d’autres avions. Sharing floor space with a B-17 Flying Fortress, an SR-71 Blackbird, and more than 130 other celebrated aircraft, the Hercules H-4 is so large that six aircraft are tucked under its right wing. Un détail qui donne la mesure de l’engin mieux que n’importe quel chiffre isolé : six avions entiers logent sous une seule de ses ailes.

Le record d’envergure qu’il détenait a fini par tomber. Ce n’est qu’en 2019, avec l’arrivée du Stratolaunch et ses 115 mètres d’ailes, que le record lui échappe enfin, après plus de sept décennies sans concurrent sérieux. Mais contrairement au Spruce Goose, le Stratolaunch n’a jamais eu vocation à transporter des passagers : conçu pour larguer des fusées en plein ciel, il appartient à une tout autre catégorie d’aéronefs. Le géant de bois de Howard Hughes reste, lui, la preuve grandeur nature qu’un pari technique peut réussir sur le papier, prouver sa valeur en une poignée de secondes, et rester malgré tout un échec commercial total. Une contradiction que peu d’objets industriels résument aussi bien.

Sources : media24.fr | wonderfulmuseums.com

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