Mohsen et Hossein sont assis sur un rocher, non loin de la première station du télécabine de Toshal, dans la montagne qui surplombe Téhéran. C’est le lieu de la liberté pour les jeunes, où l’on peut oublier les règles strictes de la République islamique. La nuit est tombée. De là, la métropole en contrebas ressemble à un ciel étoilé, avec ses millions de foyers éclairés.
– Que va-t-il se passer, à la fin? demande Mohsen.
– Comment ça? répond Hossein.
– Nos vies. Le pays. La guerre. Ces mollahs!
Hossein hausse les épaules, pousse un soupir, allume une cigarette. Ces questions sont celles que se posent 93 millions d’Iraniens. Chacun y répond à sa manière. À quelques mètres, un jeune couple s’embrasse, loin de la ville qui scintille et du regard de la police des mœurs.
«J’ai voulu ce matin te rapporter des roses;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes;
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.»
Comptine pour enfants
Akbar, un employé du métro de Téhéran, fredonne pour son fils de trois ans qu’il porte sur ses épaules un poème fameux de Saadi [un auteur du 13e siècle, ndlr]. Ce qu’il fait là, à 22 heures? «J’ai dit à ma femme: “viens, aller se promener ne coûte rien. Prépare trois sandwichs aux œufs et allons flâner”. Nous n’en pouvons plus de toute cette incertitude.»
Autour de lui, aucune femme ne porte le hijab. Les hommes sont en short et manches courtes, ce que ne tolère pas non plus la police des mœurs. Près de l’endroit connu pour sa cascade – asséchée depuis belle lurette – un groupe de huit jeunes femmes et hommes, assis au bord du sentier, s’amuse à réciter une vieille comptine, Amu Zanjir Baf («Oncle forgeron, tisseur de chaînes»). «Oncle, as-tu tissé ma chaîne?» lancent les filles. «Oui!» scandent les garçons. «L’avez-vous jetée derrière la montagne?» «Oui!» Leurs éclats de rire résonnent sur ces pentes où, l’hiver, les Téhéranais fortunés viennent skier.
Frappez plus fort!
En redescendant vers la place Tajrish vers 22h30, la République islamique reprend ses droits. Une centaine de partisans du régime bloquent le passage des voitures. Leurs slogans sont diffusés par de puissants haut-parleurs. Derrière la station de taxi a été dressée une estrade, que domine un portrait de Mojtaba Khamenei, le nouveau Guide suprême. Un jeune homme barbu est au micro. «Mort à l’Amérique!», «Mort à Israël!», «Mort aux négociateurs traîtres!», «Moussavi, frappez plus fort!», référence au commandant des Gardiens de la Révolution qui commande les attaques de missiles. La foule répète les slogans, poings levés.


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