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Quatre cents témoins racontent l’envers d’un football français beaucoup moins glorieux lorsque les portes des vestiaires se ferment.
Le résumé du livre ne prend pas beaucoup de pincettes : « La filière française tant vantée est devenue un filon pour ces criminels. » Une accusation lourde, formulée par les auteurs et l’éditeur, qui dépasse le récit de quelques affaires individuelles. Leur enquête entend documenter les failles des clubs, des institutions et de la justice qui ont parfois permis à des adultes dangereux de rester au contact de mineurs.
Éric Olhats, trente ans d’affaires judiciaires
La première partie du livre s’attarde longuement sur Éric Olhats, ancien formateur et recruteur notamment connu pour avoir accompagné les débuts d’Antoine Griezmann. Son parcours offre un cas particulièrement dérangeant.
Selon les éléments judiciaires rapportés dans les bonnes feuilles du livre, Olhats avait déjà été condamné en 1991 à un an de prison avec sursis pour « attentat à la pudeur commis sur mineur », qualification utilisée à l’époque. Pourtant, il poursuivra ensuite une longue carrière au contact de jeunes footballeurs.
Plus de trois décennies plus tard, en novembre 2025, le tribunal correctionnel de Bayonne l’a condamné à six ans d’emprisonnement pour des atteintes sexuelles sur mineurs. Il n’a pas fait appel de cette condamnation, tout en continuant à contester les faits.
Ce parcours constitue précisément l’une des interrogations centrales de Dans la gueule du loup : comment un homme déjà condamné pouvait-il continuer à évoluer pendant des années dans un environnement où l’accès aux enfants constituait le cœur même de son activité ?
Le problème dépasse largement un seul homme
Réduire cette enquête à Éric Olhats serait cependant manquer son sujet. Rabino et Touati disent avoir découvert, affaire après affaire, ce qu’ils décrivent comme une « chaîne de l’impunité » : alertes mal traitées, plaintes classées, silence de responsables, réputation des clubs à préserver ou encore jeunes sportifs trop dépendants de leur entourage pour parler.
Cette vulnérabilité est particulière au sport de haut niveau. Un adolescent placé face à un entraîneur, un recruteur ou un dirigeant ne voit pas simplement un adulte. Il voit parfois celui qui peut décider de sa carrière. Dire non, dénoncer ou alerter peut alors être vécu comme le risque de voir disparaître un rêve poursuivi depuis l’enfance.
On retrouve ce déséquilibre de pouvoir dans beaucoup d’affaires de pédocriminalité : l’adulte dispose de l’autorité, du prestige ou de la confiance des familles tandis que l’enfant doit réussir à être entendu.
Une autre affaire récemment traitée par Le Média en 4-4-2 rappelait combien un adulte parfaitement intégré socialement peut rester longtemps au-dessus des soupçons.
Des contrôles renforcés, mais après combien d’enfants ?
L’État assure aujourd’hui avoir renforcé son dispositif. Le bilan officiel de Signal-Sports indiquait en avril 2026 que 2 607 signalements avaient été traités depuis 2020, conduisant à 1 135 mesures administratives. Rien qu’en 2025, 872 signalements ont entraîné l’ouverture d’une enquête administrative.
Le contrôle d’honorabilité des personnes encadrant des sportifs a également été largement étendu. Ce renforcement est indispensable. Mais il apporte aussi, rétrospectivement, une question assez brutale : pourquoi a-t-il fallu autant d’affaires et autant de victimes pour verrouiller des portes qui auraient dû l’être depuis longtemps ?
Dans la gueule du loup pose finalement une question autrement plus importante que celle des résultats du week-end : lorsqu’un enfant entre dans un club avec des étoiles plein les yeux, qui vérifie réellement que le loup n’est pas déjà dans la bergerie ?
Le football français sait détecter un talent à onze ans, analyser sa vitesse, sa taille, son pied fort et sa valeur marchande potentielle. Protéger systématiquement le gamin devrait être au moins aussi sophistiqué.


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