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Les Brésiliens se rendent aux urnes ce dimanche 4 octobre pour des élections parmi les plus tendues depuis la fin de la dictature militaire soutenue par les États-Unis (1964-1985). Les sondages prévoient un second tour entre le président Luiz Inácio Lula da Silva, du Parti des travailleurs (PT), et Flávio Bolsonaro, du Parti libéral (PL), qui sont techniquement à égalité.
Flávio se présente au nom de son père, l'ancien président fasciste Jair Bolsonaro, qui purge une peine de 27 ans de prison pour avoir orchestré le coup d'État qui a abouti à l'assaut fasciste contre les bâtiments abritant les trois pouvoirs de l'État, à Brasília le 8 janvier 2023. Flávio a juré de poursuivre ce projet, en étroite collaboration avec l'impérialisme américain, qui intervient ouvertement dans ces élections.
La campagne électorale est, dans le même temps, marquée par l'aggravation de la crise des institutions bourgeoises brésiliennes. À la veille du scrutin, la Cour suprême fédérale (STF), qui s'est présentée ces dernières années comme la gardienne de l'ordre démocratique dans le pays, est secouée par le scandale de corruption de Banco Master et déchirée par une lutte ouverte entre juges représentant des factions rivales de la bourgeoisie.
Dans ce contexte, une vague de grèves de travailleurs des secteurs public et privé se heurte de plein fouet au programme de nationalisme et d'austérité promu conjointement par Lula, Flávio et tous les candidats de la classe dirigeante.
Aucun de ces phénomènes n’est un fait isolé local. Ils sont la manifestation nationale de la crise mondiale du capitalisme, qui s'exprime à travers la guerre mondiale en train de se développer et la dérive dictatoriale de la classe dirigeante dans chaque pays.
L'offensive impérialiste
Les élections brésiliennes se déroulent dans le contexte des bouleversements politiques actuels de l’Amérique latine. L'impérialisme américain a érigé en doctrine officielle sa domination militaire et économique de l'ensemble du continent, comme tremplin d’une guerre contre la Chine, le principal partenaire commercial de l'Amérique du Sud aujourd'hui.
L'invasion du Venezuela en janvier dernier a inauguré une nouvelle phase de l'intervention néocoloniale américaine. L'enlèvement du président Nicolás Maduro a été suivi par l'accaparement du pétrole vénézuélien par le Pentagone, en collaboration avec le régime chaviste même. À cette intervention s'ajoutent les exécutions sommaires de pêcheurs dans les Caraïbes et le Pacifique, les opérations militaires menées sous prétexte de lutter contre le «narcoterrorisme » et le blocus qui étouffe Cuba, désormais directement menacée d'invasion.
Des gouvernements fascisants continuant la tradition politique des dictatures des années 1970, unis au sein du soi-disant Bouclier des Amériques, et instaurant dans leurs pays respectifs des régimes policiers autoritaires, dominent aujourd'hui la quasi-totalité de la région encouragés par l'intervention directe de Washington. Lula compte parmi les derniers vestiges de la « vague rose » qui s'est effondrée dans le discrédit après avoir trahi les espoirs des masses ayant élu ces gouvernements bourgeois prétendument de « gauche ».
Les élections brésiliennes sont aujourd'hui au centre de l'offensive régionale de Washington. L'administration Trump a imposé des droits de douane punitifs au Brésil, ouvertement justifiés comme une réponse à la « persécution » de Bolsonaro, et a désigné des groupes criminels brésiliens comme organisations terroristes, le même cadre utilisé pour justifier l'attaque contre le Venezuela. Le président argentin Javier Milei, dont le régime d'extrême droite constitue le fer de lance du projet impérialiste américain dans la région, s'est rendu à São Paulo pour soutenir la candidature de Flávio, où il a appelé ses partisans fascistes à rejoindre une « grande bataille » – autrement dit, un nouveau 8 janvier.
La réponse du PT a été d'assurer la population brésilienne que Trump n'interviendrait pas dans les élections, alors que l'ingérence était déjà en cours. À présent, Lula mise sur la pression du Parti démocrate – révélée par une récente lettre de Bernie Sanders au secrétaire d'État Marco Rubio – pour que Washington s'engage à reconnaître le résultat. C'est là une imposture politique. Le Parti démocrate finance la machine de guerre même qui se retourne aujourd'hui contre l'Amérique latine et n'a opposé aucune opposition sérieuse à l'invasion du Venezuela. C'est également sous des administrations démocrates que le coup d'État de 1964 au Brésil a été orchestré et exécuté.
Rien n'a été résolu
La principale illusion entretenue dans ces élections par le PT, les fédérations syndicales et la pseudo-gauche est que, malgré toutes les critiques adressées au gouvernement, il est désormais nécessaire de s'unir autour de Lula pour éviter le désastre d'un retour des Bolsonaro. Le bilan des quatre dernières années montre que cette affirmation n'est qu'une farce.
En 2022, face au complot de Bolsonaro et des militaires, les factions influentes de la classe dirigeante se sont regroupées autour de Lula pour stabiliser un régime en crise. Le Front large, rassemblant banquiers, agro-industriels et partis de droite traditionnels, a été l'instrument de cette opération. Depuis l'arrivée au pouvoir de Lula, le gouvernement a proclamé à maintes reprises la « victoire de la démocratie » et assuré à la population que le pire était passé, avant d'être rapidement démenti, notamment avec l’insurrection du 8 janvier.
Le PT a délégué au pouvoir judiciaire la tâche de contenir le fascisme afin d'empêcher toute mobilisation de l'opposition de masse susceptible d'échapper à son contrôle et de se retourner contre le régime capitaliste même. Il s'est employé systématiquement à redorer l'image des forces armées, pilier du complot fasciste de Bolsonaro, en portant les dépenses militaires à des niveaux historiques. Il a systématiquement détourné l'attention des masses préoccupées par la menace dictatoriale et son histoire dans le pays, en traitant le coup d'État de 1964 et la dictature comme un chapitre clos. Enfin, il a mis en œuvre des mesures d'austérité, des privatisations et des attaques sociales qui ont enhardi les forces fascistes.
La condamnation pénale de Bolsonaro, ainsi que celle des hauts gradés ayant soutenu le coup d'État, a certes puni des individus, mais a préservé l'armée en tant qu'institution et a laissé intactes les racines sociales du complot. Son successeur – politiquement incompétent et immensément détesté – est parvenu à égalité avec Lula, et l'amnistie pour les putschistes constitue le programme commun de toute l'opposition de droite.
Des porte-parole militaires ont déclaré à la presse que le haut commandement estime que l'élection ne rétablira pas la crédibilité des institutions et qu'aucune solution institutionnelle n'est envisageable. Dans une république où l'armée s'est arrogée le rôle d'arbitre depuis sa fondation, l'intervention militaire demeure une option pour la classe dirigeante.
Le Tribunal spécial pour la justice (STF), choisi par le PT pour résoudre la crise, est lui-même devenu un champ de bataille. L'affaire Master a révélé les liens de juges de factions rivales avec un banquier véreux qui finançait simultanément l'entourage de Flávio Bolsonaro et entretenait des relations d'affaires avec des personnalités proches des gouvernements du PT. Les mesures prises par la classe dirigeante pour contenir la crise, en détournant l'attention de ses racines sociales, ont exacerbé les tensions qui explosent aujourd'hui à ce moment politique critique.
Le paysage électoral témoigne de la décomposition de l'ordre bourgeois. Les décisions de justice ordonnant la suppression massive de messages publiés sur les réseaux sociaux sont annulées puis rétablies par des juges rivaux en l'espace de quelques jours. Le PT abaisse le niveau de sa campagne à des appels religieux et à des accusations de corruption hypocrites. Les candidats fuient les débats. Le système politique ne peut plus maintenir ne serait-ce qu'une façade démocratique.
La montée de la lutte des classes
Derrière cette décomposition se cachent de profonds antagonismes sociaux. Le régime fondé sur la Constitution de 1988 était la réponse de la bourgeoisie aux grèves de masse qui ont renversé la dictature, et le PT et ses syndicats ont constitué pendant des décennies le principal mécanisme de confinement de la lutte des classes. Ce mécanisme ne fonctionne plus.
Les employés de banque, les postiers, les enseignants et les métallurgistes sont en grève, en conflit direct avec le gouvernement Lula et les tribunaux qui s'emploient à briser leurs mouvements. Les fédérations syndicales qui isolent ces grèves font aussi campagne pour la réélection de Lula. Les appels du grand capital à la préservation de la « paix sociale » face à la crise de la STF – exprimés dans un manifeste de la Fiesp (Fédération de l'industrie de São Paulo) et d'autres organisations patronales en défense de la légitimité du tribunal – révèlent la véritable crainte de la classe dirigeante: que l'indignation face à la corruption des institutions ne converge vers une révolte contre l'austérité. Repousser un affrontement avec le capitalisme – ce que proposent les syndicats et les partis pseudo-de gauche qui soutiennent le Front large de Lula – ne fait qu’enhardir les partisans du fascisme et de la dictature.
En Amérique latine et dans le monde, le mouvement de la classe ouvrière gagne en force. La brutalité des régimes d'extrême droite dans la région est à la mesure de leur fragilité. Impopulaires, corrompus et dépourvus de base sociale propre, ils dépendent de Washington et de l'appareil répressif de l'État.
Le cas de Fernando Cerimedo, associé de l'ex-directeur de campagne de Trump, révèle la corruption du réseau qui a contribué à les installer. Propagateur du récit mensonger qui a incité aux événements du 8 janvier au Brésil, il a travaillé sur les opérations électorales de Milei en Argentine, d'Asfura au Honduras, de Kast au Chili et de De la Espriella en Colombie. Il est ensuite devenu le principal conseiller de Rodrigo Paz en Bolivie, où il est aujourd'hui emprisonné pour avoir commandité une tentative d'assassinat et fait l'objet d'une enquête pour trafic de drogue. Ces mêmes gouvernements sont déjà confrontés à des soulèvements populaires contre leurs politiques d'attaques des droits sociaux et démocratiques.
La situation politique du Brésil et de toute la région fait peser de graves menaces sur les travailleurs et la jeunesse. Mais une confrontation sérieuse avec la réalité ne doit pas engendrer le désespoir. L'ampleur de la crise de l'ordre politique bourgeois témoigne de l'importance des défis historiques auxquels la classe ouvrière doit faire face et qu'elle a objectivement le pouvoir de résoudre. Concentrée dans les grandes métropoles et intégrée à la production mondiale, elle constitue aujourd'hui la force sociale majoritaire de l’Amérique latine. Son soulèvement contre cet ordre social pourri se développe de pair avec un mouvement de la classe ouvrière internationale contre le capitalisme et sa politique d'austérité, de guerre et de répression.
Pour la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière
Ce mouvement en train de se développer ne trouve aucune écho dans ces élections, ni dans les systèmes politiques bourgeois en déclin, au Brésil comme ailleurs. Le rejet massif des deux principaux candidats est l'expression déformée du gouffre qui sépare les masses travailleuses de tout le système du pouvoir capitaliste. La fonction de la pseudo-gauche est de tenter de colmater ce gouffre. Du Parti socialisme et liberté (PSOL), membre du gouvernement, aux groupes qui présentent leurs propres candidatures pour rejoindre le camp de Lula au second tour, toutes ses variantes enchaînent les travailleurs au PT, à la bureaucratie syndicale et à l'État-nation bourgeois.
Quels que soient les résultats des élections, la période à venir sera marquée par une crise croissante et les travailleurs doivent s'y préparer en rompant politiquement avec le PT, les fédérations syndicales et la pseudo-gauche qui gravite autour d'eux. Cela implique la création de comités de la base, indépendants et opposés à la bureaucratie syndicale, et liés internationalement par l'Alliance ouvrière internationale des comités de base (acronyme anglais IWA-RFC). Cela exige d'unir la lutte des travailleurs brésiliens à celles de leurs frères et sœurs de classe de toute l'Amérique latine, des États-Unis et du monde entier, contre l'impérialisme, le fascisme et la guerre. Et cela requiert l'adoption d'un programme socialiste et internationaliste qui considère les ressources naturelles, la technologie et la production comme le patrimoine commun de l'humanité devant être planifié à l'échelle internationale et sous le contrôle de la classe ouvrière.
La tâche décisive est de construire le Parti de l'égalité socialiste en tant que section brésilienne du Comité international de la Quatrième Internationale, le parti mondial de la révolution socialiste. Nous appelons les travailleurs et les jeunes qui cherchent une issue à cette crise à nous rejoindre.
(Article paru en anglais le 3 octobre 2026)


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