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Le Pakistan a frappé un hôpital de Kaboul lundi soir, causant la mort de plus de 400 personnes, selon les autorités afghanes. Bien que le conflit qui oppose les deux pays voisins ait repris de l’ampleur en février, cette frappe pakistanaise marque un tournant, selon Serge Granger, directeur de l’École de politique appliquée à l’Université de Sherbrooke et spécialiste de l’Asie. Tour d’horizon.
Est-ce que la frappe pakistanaise sur l’hôpital à Kaboul marque un nouveau tournant dans le conflit entre les deux pays ?
Des frappes aériennes pakistanaises ont touché lundi soir un hôpital pour toxicomanes de Kaboul, faisant ainsi environ 400 morts et plus de 200 blessés, selon les autorités afghanes. Cette attaque est la plus meurtrière dans le conflit qui oppose les deux pays voisins depuis des mois.
Pour Serge Granger, elle constitue un tournant dans le conflit. « L’utilisation de l’espace aérien, c’est une dimension nouvelle de la puissance pakistanaise, dit-il. Avant, c’étaient des combats frontaliers. Mais en utilisant l’aviation, on est vraiment dans une guerre totale. »
Bien que d’autres attaques d’ampleur aient eu lieu dans les dernières semaines, M. Granger considère que la frappe sur l’hôpital est une déclaration de guerre officielle. « Ça va générer un désir de vengeance du côté afghan, selon lui. C’est clair que, si on utilise l’aviation comme le fait le Pakistan, rien n’empêche les talibans d’utiliser toute la puissance balistique qu’ils voudraient. »
Mercredi, le gouvernement afghan a annoncé qu’il « vengera » les centaines de victimes de la frappe pakistanaise contre l’hôpital. Le même jour, les deux pays ont annoncé une trêve à l’occasion de l’Aïd el-Fitr, une fête qui célèbre la fin du ramadan.
Pourquoi les tensions se sont-elles amplifiées depuis février ?
L’Afghanistan et le Pakistan sont en conflit depuis des mois. Islamabad accuse les autorités afghanes d’accueillir des combattants du mouvement des talibans pakistanais, Tehrik-e-Taliban (TTP), ce que le gouvernement afghan dément.
En octobre, la frontière a de nouveau connu une série d’attentats-suicides, des bombardements et des combats. Les affrontements se sont ensuite calmés, sans pour autant s’arrêter, après une trêve négociée par le Qatar, qui n’a pas tenu longtemps.
Le conflit a repris avec intensité le 26 février, lorsque le Pakistan a bombardé trois villes afghanes, dont la capitale. Les talibans ont ensuite répondu en lançant des attaques de drones. « Les tensions se sont beaucoup envenimées depuis le début de l’année », confirme M. Granger, qui relève l’intensité des combats et leur bilan humain. Le professeur pense que le conflit va continuer de s’intensifier à court et à moyen terme.
Selon l’ONU, 76 civils afghans ont été tués depuis le 26 février et plus de 115 000 familles ont été déplacées. Ce bilan ne prend pas en compte les victimes de la frappe pakistanaise sur l’hôpital.
Qu’est-ce que le Tehrik-e-Taliban, au centre de l’affrontement armé entre le Pakistan et l’Afghanistan ?
Le Tehrik-e-Taliban (TTP) est la branche pakistanaise des talibans. Le groupe s’est créé en 2007 par une alliance d’une quarantaine de mouvements islamistes armés après les opérations militaires du Pakistan contre les militants liés à al-Qaïda.
Le mouvement a revendiqué la majorité des attentats que le Pakistan a connus depuis la fin de 2007, causant la mort de milliers de personnes. Son objectif est de s’emparer du pouvoir au Pakistan pour établir un régime fondé sur une interprétation stricte de la loi islamique, la charia.
Islamabad accuse son voisin d’accueillir des combattants du TTP et de les soutenir en leur permettant d’utiliser le territoire afghan pour menacer les pays voisins, ce que Kaboul dément.
Un rapport de l’ONU datant de 2024 évalue entre 6000 et 6500 le nombre de combattants du TTP présents en Afghanistan. Kaboul nie toutefois la présence du groupe armé sur son territoire.
Quels rôles jouent l’Inde et la Chine dans ce conflit ?
Le Pakistan accuse l’Inde de soutenir le TTP et de « l’utiliser pour déstabiliser sa propre région », selon M. Granger. Les deux pays ont des relations tendues depuis des décennies. À la fin du mois d’avril 2025, ils se sont affrontés militairement au Cachemire, après l’attentat de Pahalgam le 22 avril, revendiqué par un groupe islamiste basé au Pakistan.
« Le gouvernement afghan a tout intérêt à se rapprocher de l’Inde s’il veut déstabiliser le Pakistan, note Serge Granger. S’il y a des ententes, l’Inde pourrait toujours en profiter pour attaquer le Pakistan, qui devrait [alors] se défendre sur deux fronts. » Après la frappe pakistanaise sur l’hôpital de Kaboul, l’Inde a dénoncé « une attaque barbare ».
La Chine, elle, a des intérêts économiques importants en Afghanistan, notamment dans l’exploitation de la mine de cuivre de Mes Aynak — l’une des plus grandes au monde —, dont les travaux de développement ont concrètement débuté en juillet 2024, après une suspension de seize ans. Mais, comme M. Granger l’explique, pour acheminer le minerai sur son territoire, la Chine doit passer par le corridor économique Chine-Pakistan, qui traverse le territoire pakistanais.
« Alors, si la frontière [entre le Pakistan et l’Afghanistan] est fermée et qu’il y a des tensions, l’investissement chinois, c’est peine perdue, affirme le professeur. Alors, la Chine a intérêt à calmer le jeu dans ces tensions. »
Pékin a appelé les deux pays voisins à la retenue après la frappe sur l’hôpital à Kaboul et a affirmé son engagement à œuvrer à une désescalade.
Avec l’Agence France-Presse
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