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Entre les sorties controversées d’Ulrich et les déclarations de candidates éliminées, un désagréable vent de sexisme flotte sur l’île des naufragés des « Reliques du destin ».

Capture d’écran X
Dans cette 28e édition de « Koh-Lanta », « Les Reliques du destin », le candidat Ulrich cristalise beaucoup de critiques à cause de ses propos misogynes et sexistes.
Tous aventuriers, mais pas sur pied d’égalité. Depuis le début de la 28e saison de Koh-Lanta, Les Reliques du destin, la diffusion des épisodes est chaque semaine émaillée de critiques de téléspectateurs sur les propos misogynes et les comportements sexistes d’une partie des aventuriers. C’est loin d’être une première pour le jeu d’aventure de TF1. Mais cette fois-ci, ça va un peu plus loin.
Dès le premier épisode, certains téléspectateurs avaient tiqué sur la manière dont le chef d’équipe jaune, Paul, pointait du doigt Clémence lors de la composition des équipes : « On va s’orienter sur Clémence mais il faut direct qu’on la recadre », lançait-il avant de choisir la jeune femme, jugée trop tempétueuse.
Depuis les exemples se multiplient et les candidates n’hésitent plus à l’évoquer, une fois leur élimination connue de tous. À l’instar de Karine, spécialiste de pirogue polynésienne (mais dont les conseils pour ramer ont à peine été écoutés avant qu’un aventurier homme ne prenne le lead, elle sera même jugée « trop directive », un comble). Elle a depuis confié à 20 Minutes qu’il était « très compliqué d’avancer dans Koh-Lanta en tant que femme de plus de 45 ans ».
Il y a aussi Nora, dernière éliminée en date, ce mardi 31 mars. Une candidate qui s’est sentie obligée de mentir sur son âge pour ne pas avoir une cible sur la tête. Elle explique par ailleurs au Parisien qu’« hurler avec les loups, c’est un peu facile. Et du coup, ça dilue et ça masque les vrais sujets de misogynie, plus insidieuse qu’il n’y paraît ». Une référence directe au cas Ulrich, dont les propos sur les différences entre femmes et hommes ont choqué les téléspectateurs.
Ulrich dans l’œil du cyclone
Il faut dire que ce candidat cristallise de nombreuses critiques cette année. « Koh-Lanta, c’est pas fait pour les faibles (...) Physiquement je serais au-dessus de la norme », affirme-t-il en soulevant des pneus dans une salle de sport dans son portrait. Problème, le gros costaud de cette édition n’est pas à l’aise dans l’eau. Au point d’être déchargé de son sac par d’autres pour faciliter la traversée collective d’un bras de mer. Gentiment moqué à son arrivée sur le camp, il ne sera jamais réellement inquiété.
En revanche, lui, ne pardonne aucune faille. Clémence en a fait les frais après avoir paniqué sur une épreuve d’apnée. Malgré de plates excuses à ses camarades, Ulrich l’a enfoncée. « Elle ne sert à rien. Elle fait toute la journée la belle sur plage. Elle n’est bonne qu’à parler, rigoler fort », a-t-il glissé dans son dos. Bernée par son aîné (qui fera d’ailleurs mine de s’excuser), Clémence a été éliminée dans la foulée.
Le cas Ulrich a pris de nouvelles proportions avec une affaire de répartition de la nourriture, sujet récurent sur Koh-Lanta. « Les femmes ne mangent pas autant que les hommes. Les hommes se dépensent trois fois plus que les femmes », disait-il sans filtre autour du feu de camp. De quoi désarçonner Clémence Castel, spectatrice de l’émission et accessoirement double vainqueure de Koh-Lanta. « Pas d’accord du tout », lui a-t-elle répondu à distance sur les réseaux sociaux, tout en évoquant justement les faiblesses d’Ulrich dans l’eau. L’échange s’est transformé en défouloir d’Ulrich à son encontre.
Suffisamment violent pour déclencher une réaction de la production : « Lorsque (les valeurs de respect) ne sont pas respectées, ALP et TF1 rappellent immédiatement ces principes essentiels à l’ensemble des personnes impliquées », a simplement répondu cette dernière dans un timide communiqué relayé par Le Parisien.
Banalisation du discours masculiniste
13 femmes pour 15 hommes ont déjà remporté une saison régulière de Koh-Lanta. Preuve que le genre n’a pas grand-chose à voir avec une victoire finale. Mais auprès du HuffPost, l’essayiste Valérie Rey-Robert, autrice de Téléréalité : la fabrique du sexisme (Éditions Les Insolentes) cite une multitude d’éléments objectivement sexistes et inhérents au programme de TF1.
« Les épreuves sont avant tout pensées pour les hommes avec des épreuves de force et d’endurance assez courtes. Les femmes sont systématiquement désavantagées », rappelle-t-elle en préambule. « De toutes les saisons, 113 épreuves ont été gagnées par des femmes contre 60-70 par des hommes », se défendait dès 2020 la productrice Alexia Laroche-Joubert lorsque son émission avait été épinglée pour sexisme dans un rapport du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.
De son côté, l’experte pointe du doigt un autre problème « l’obligation pour les femmes de mettre des maillots deux pièces », en rappelant la charge mentale liée au risque de voir son maillot s’enlever en pleine épreuve.
Un autre ressort mis en lumière par Valérie Rey-Robert, encore flagrant cette saison, c’est « ce réflexe des femmes à vouloir garder les hommes, même les plus nuls. Et surtout le fait que les stratégies des femmes sont toujours perçues comme plus perverses. Les femmes c’est la ruse, les hommes l’intelligence ». Et à l’inverse, le réflexe des hommes de vouloir éliminer en premier des femmes, toujours jugées plus faibles. La preuve : depuis le début de cette saison des Reliques du destin, quatre femmes ont déjà été éliminées, contre un seul homme.

TF1/ALP/A.Issock
Chauffeur de bus de 43 ans, Ulrich agace de nombreux téléspectateurs avec ses saillies sexistes et ses réflexions jugées masculinistes.
Mais là où le phénomène paraît plus qu’inquiétant aujourd’hui, c’est qu’il semble plus décomplexé. À l’image de la banalisation des discours masculinistes sur les réseaux sociaux. Que ce soit volontaire ou non, Ulrich profite d’une plateforme non négligeable pour dérouler un discours sexiste, tout en jouant sciemment la provocation sur le sujet en ligne, avançant par exemple en réponse à un follower : « Non, je suis misogyne Pro max, c’est un cran au-dessus encore ». L’essayiste regrette ces dérapages. « C’est le retour de bâton actuel avec des types qui revendiquent ouvertement leur masculinisme. Ça a toujours été le cas, mais dans notre époque ça nous choque encore plus », juge-t-elle.
Contactée par Le HuffPost, la production de Koh-Lanta n’a pas répondu à nos sollicitations. Il aurait pourtant été pertinent de l’entendre sur l’importance de la prévention autour de ce programme familial, l’attention portée au moment du casting sur certains types de comportements, ou encore la préparation des futurs aventuriers sélectionnés en matière d’égalité. Il ne serait d’ailleurs pas choquant de voir Denis Brogniart rappeler certaines règles de vie en communauté aux aventuriers et de répartition des denrées alimentaires par exemple − que ce soit devant ou loin des caméras − pour remettre certaines pendules à l’heure. Même si les montres sont interdites sur Koh-Lanta.


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