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Depuis que le gouvernement fédéral a réduit le financement des cours de langue à travers le pays, la solidarité citoyenne prend le relais dans le sud de l’Alberta. À Lethbridge, un groupe de bénévoles s'organise pour que les immigrants ne soient pas laissés pour compte.
En cette soirée de février, la douceur de l’air extérieur contraste avec l'incertitude qui plane sur les services d'établissement. À l'intérieur des locaux du Lethbridge Family Services, une trentaine de nouveaux arrivants s’installent pour leur rendez-vous hebdomadaire, déterminés à apprendre malgré la précarité de leur situation.
L'ambiance est studieuse. Est-ce que cette phrase est le présent simple? demande à la classe Brian Black, l’un des enseignants bénévoles.
Il commence le cours avec un bref retour sur les exercices de la semaine précédente, puis divise la classe en petits groupes.

Professeur de musicologie à la retraite, Brian Black a mis sur pied ce programme d’enseignement avec l’aide de membres de son Église.
Photo : Radio-Canada / Laurence Taschereau
Accompagné de quatre autres volontaires, pour la plupart des enseignants à la retraite, il tente d’offrir une alternative à une stratégie fédérale qui semble avoir oublié ceux qui sont déjà ici.
Ce n'est pas très logique d'inviter les gens ici au Canada et de les laisser comme ça, sans appui et sans espoir de devenir à l'aise en anglais.
Un vide laissé par Ottawa
En 2025, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a réduit le financement des Cours de langue pour les immigrants au Canada (CLIC). Ces classes, entièrement financées par le fédéral, constituent pourtant le premier maillon de l'intégration, permettant aux nouveaux arrivants d'apprendre à lire, à écrire et à s'exprimer dans leur société d'accueil.
Cette décision découle de la réduction des seuils d’immigration entamée par Ottawa. Conséquence directe dans la région : la Polytechnique de Lethbridge, seule institution locale à offrir le programme, a dû abolir ses cours CLIC pour les niveaux débutants en juin 2025.

Joseph et Manisha sont des réfugiés d’Iran. Manisha est cuisinière dans une maison de soins longue durée, et Joseph fabriquait, en Iran, des tailleurs sur mesure. Il est déterminé à apprendre l’anglais pour offrir son expertise à sa communauté d'accueil.
Photo : Radio-Canada / Laurence Taschereau
Pourtant, les listes d’attentes pour les cours d’anglais pour les nouveaux arrivants ne cessent de s’allonger.
C’était un type d’enseignement qui était axé sur la vie au sein de la société canadienne et sur l’apprentissage de la culture locale. Et tout cela, c’est maintenant terminé, déplore Brian Black.
C’est donc à travers leur Église que des citoyens engagés de Lethbridge se sont organisés entre eux.
Malgré l'ampleur de la tâche, Brian Black compte maintenir son engagement : Je vais continuer jusqu’à ce que le gouvernement recommence à penser aux immigrants et à cette situation devenue impossible pour ceux qui souhaitent s'intégrer à notre société.
Privés de professeurs, mais pas de soutien
Brice Guifo est arrivé au Canada il y a plus d’un an. Le Camerounais parle parfaitement le français, mais la barrière linguistique de l'anglais freine ses ambitions.

Brice a choisi Lethbridge pour la présence d'une connaissance. Ce point d’ancrage était essentiel pour le trentenaire, qui cherchait une boussole dans son nouvel environnement.
Photo : Radio-Canada / Laurence Taschereau
Il décrit son niveau d'anglais comme du grand n’importe quoi, mais se dit fier des efforts quotidiens qu'il déploie.
Moi, j’ai choisi l’Alberta et je suis content de mon choix, et le fait de m'améliorer me confirme que j'ai pris la bonne décision, confie-t-il.
J’apprends l’anglais pour avoir un meilleur emploi, pour socialiser, pour avoir des amis et faire des activités… pour bien vivre, tout simplement.

Détenteur de sa résidence permanente, Brice souhaite maîtriser l'anglais pour travailler dans son domaine d'expertise, soit l'informatique.
Photo : Radio-Canada / Laurence Taschereau
Le jeune homme travaille à temps plein dans une usine de transformation de poulet. Le soir, il se plonge dans ses devoirs d’anglais.
À son arrivée, en 2024, il avait accès aux cours CLIC, mais il s’est retrouvé sans professeur à la suite des coupes budgétaires.
Le message de Brian Black s’en tient au pragmatisme économique : on gaspille l'argent, argumente-t-il. On accueille des gens très expérimentés dans plein de domaines, et on ne leur offre pas la chance de s’intégrer et travailler.
De son côté, IRCC, soutient que les ressources allouées aux services d'établissement dépendent du nombre de nouveaux arrivants attendus dans les années à venir.
C’est pourquoi le financement de certains organismes n'a pas été renouvelé, soutient l'agence fédérale.


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