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Toronto ne peut affronter une « vague de surdoses » imminente, selon des intervenants

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Moins de trois semaines après la fermeture des tout derniers sites de consommation supervisée financés par le gouvernement ontarien, Santé publique Toronto a déjà publié un premier avis, constatant un nombre « élevé » de surdoses au centre-ville de Toronto.

L'avis a été publié le 19 juin dernier, seulement six jours après la fermeture des centres Moss Park et Fred Victor dans l'est de la ville.

Un intervenant aide un usager à monter à bord d'un taxi.

Noel Glover, accompagnateur social, fait ses adieux à Scotian, un usager de longue date, et l'aide à monter dans un taxi alors qu'il quitte le site de consommation supervisée de Moss Park, à Toronto, qui a fermé ses portes le 13 juin.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Pourtant, plusieurs acteurs de première ligne avaient mis le gouvernement en garde que c’est ce qui allait se produire.

Une catastrophe va bientôt s’abattre sur nous

J’ai l'impression qu’il y a un train qui roule à toute vitesse, qui se dirige tout droit vers nous et qu’on ne peut rien y faire, déplore le coordinateur au Centre communautaire Parkdale Queen West à Toronto, Aaron Woznica.

Aaron Woznica, en train de donner une entrevue à l'intérieur de l'ancien centre de consommation de Parkdale.

Les centres de Moss Park et Fred Victor ont vu leur financement provincial disparaître le 13 juin dernier, tout comme ce fut le cas du service de consommation supervisée qu’hébergeait le centre communautaire Parkdale où M. Woznica travaille.

Photo : Radio-Canada / Mark Boschler

Maintenant qu’ils ont tous fermés, c’est de l’impuissance qu'Aaron Woznica ressent.

Seuls trois centres d'injection privés subsistent.

Ces centres de consommation étaient plus que de simples lieux d'injection, ils étaient des espaces sécurisés où la clientèle pouvait trouver du confort, en plus de recevoir des services ainsi que des ressources de travailleurs sociaux, de médecins et d’infirmières, poursuit-il.

Une salle sombre avec deux cubicules et du matériel médical.

Les intervenants ont surtout été une « oreille » pour les membres qui avaient besoin de se sentir écoutés, tout au long des sept dernières années, ajoute Aaron Woznica.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Contrairement à certaines idées préconçues, les intervenants dans ces centres n'offraient pas de drogue, précise-t-il. Plutôt, ils prévenaient les surdoses en apportant une assistance médicale aux usagers.

Mais aujourd'hui, les intervenants du centre Parkdale doivent redoubler d'efforts afin de reprendre contact avec plusieurs de leurs clients qui ont arrêté de se présenter.

Nous avons maintenant perdu contact avec certains membres de la communauté qui n'avaient nulle part ailleurs où aller.

Quatre jours par semaine, des intervenants du centre se déplacent ainsi dans le quartier pour donner à ces membres de nouvelles seringues et de nouvelles pipes, pour, au moins, éviter la transmission d’infections et de virus par le sang.

Ça nous oblige certainement à sortir des sentiers battus.

Ils leur offrent aussi des trousses hygiéniques et de l’accompagnement informel, ajoute le coordinateur.

C’est une catastrophe qui va bientôt s’abattre sur nous, sur la communauté au complet, poursuit-il.

Des pics de surdoses dans tous les radars

D’autres avertissements ont aussi été diffusés les 5 mai, 7 avril et 9 janvier 2026 par Santé publique Toronto.

Selon la directrice de la santé publique et du soutien communautaire de Parkdale, Gab Laurence, c'est une crise qui va s'étendre à l'échelle de la ville, pas seulement au centre-ville.

Gab Laurence dans l'ancien local qui servait au service de consommation supervisée au Centre de santé Parkdale Queen West, à Toronto.

Gab Laurence affirme que beaucoup sont en train de souffrir.

Photo : Radio-Canada / Magali Levesque

On va voir des quartiers qui ne sont pas habitués à gérer des surdoses en avoir. Déjà, on a reçu des appels de certains citoyens qui nous appellent pour qu'on puisse leur venir en aide.

Mais l'équipe doit respecter un certain périmètre dans lequel elle peut se déplacer.

Si l’objectif du gouvernement provincial était d’éviter les surdoses dans les espaces publics, comme les parcs et les centres communautaires, la fermeture des services de consommation supervisée va avoir l’effet inverse, croient les intervenants du centre de Parkdale.

Dans une déclaration, Santé publique Toronto maintient que la fermeture de ces sites [...] pourrait entraîner une augmentation du risque de surdose pouvant aller jusqu'au décès.

La province n'a pas accordé d'entrevue à Radio-Canada, mais elle réitère toutefois sa position dans une déclaration.

Au lieu de fournir aux gens les moyens de consommer des drogues nocives et illégales, notre gouvernement aide ces personnes à briser le cercle vicieux de la toxicomanie, en réalisant des investissements sans précédent dans les services de santé mentale et l'accompagnement, indique une porte-parole du ministère de la Santé.

L’effet domino sur les autres services

Même son de cloche du côté des travailleuses sociales au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH), Brittany Parks et Laura Day. Celles-ci viennent de perdre des partenaires vers lesquels elles dirigeaient plusieurs de leurs clients après les heures de travail.

Les gens n’arrêtent pas de consommer à 17 h.

La travailleuse sociale, Britanny Parks, qui pose devant l'entrée du Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto.

Selon Britanny Parks, les nouvelles mesures vont pousser les usagers à utiliser des drogues dans des espaces publics, ce qui va renforcer les préjugés au sujet de cette population.

Photo : Radio-Canada / Magali Levesque

C’est ce qui rendait les centres de consommation supervisée si importants, puisqu'ils avaient des horaires plus flexibles, poursuit-elle.

Brittany Parks ajoute que ce travail, qui, depuis 2019, relevait des centres de consommation supervisée, est maintenant porté par un système de santé déjà surchargé.

On voit des gens se rendre à l'hôpital à un rythme alarmant. Il n'y a pas une semaine qui passe sans qu'on parle à des personnes qui ont dû s'y rendre, dit-elle.

Par exemple, en mars 2026 seulement, les ambulanciers paramédicaux de la Ville de Toronto disent avoir reçu 387 appels liés à des soupçons de surdose d'opioïdes non mortels, soit deux fois plus qu'à la même période en 2025.

Graphique du nombre d'appels téléphoniques enregistrés pour des cas non mortels liés à des soupçons de surdoses d'opioïdes à Toronto par mois.

Le mois suivant, ils disent avoir répondu à 100 appels de plus, soit 485 appels téléphoniques pour des cas non mortels liés à des soupçons de surdose d'opioïdes et à 19 appels pour des cas mortels.

Photo : Radio-Canada / Riel Foidart

À ce moment-là, de premiers centres de consommation avaient déjà officiellement cessé leurs activités, dont le service de consommation supervisée au centre communautaire où travaillent Gab Laurence et Aaron Woznica.

Pour sa part, Laura Day craint que cette population soit davantage criminalisée.

Laura Day au Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto.

Sans ces centres, plusieurs comptent sur leurs amis ou des connaissances pour leur prodiguer des soins, dont la naloxone, constate la travailleuse sociale Laura Day.

Photo : Radio-Canada / Magali Levesque

Le fait de consommer en public augmente le risque d'avoir affaire aux forces de l'ordre. Et les gens risquent probablement davantage de se faire dénoncer à la police.

Laura Day, qui participe à des thérapies individuelles et de groupe avec des usagers aux prises avec des problèmes de santé mentale et de toxicomanie, souligne que ces derniers courent d'ailleurs plus de risques de rechuter lorsqu'ils sortent de prison.

1 million de visites dans la province

Entre 2024 et 2025 seulement, le nombre de visites au service de consommation supervisée de Parkdale a doublé, passant d'un peu plus de 2000 à 4020 visites.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, indique la professeure adjointe à la Faculté de médecine de l'Université Memorial de Terre-Neuve, Gillian Kolla.

Plusieurs études ont d’ailleurs montré que ces centres ont permis de réduire le nombre de surdoses, affirme-t-elle.

Gillian Kolla.

Gillian Kolla a obtenu un financement du gouvernement fédéral afin d’étudier les changements dans l'approche des services de réduction des méfaits au cours des quatre prochaines années.

Photo : fournie par Gillian Kolla

Les centres de consommation supervisée ont reçu plus d'un million de visites en quatre ans en Ontario.

À l’échelle municipale, les 10 centres de consommation supervisés avaient enregistré 390 986 visites, d’après le Centre on Drug Policy Evaluation.

Les approches de réduction de méfaits sont parfois très contestées, bien qu'on sait que ça fonctionne très bien, poursuit-elle.

Or, selon Gillian Kolla, contrairement aux centres de consommation supervisée, les Carrefours d’aide aux sans-abri et de lutte contre les dépendances, dans lesquels investit la province à l'heure actuelle, ne sont pas appuyés par des données scientifiques probantes.

Une enseigne en papier avec les mots « HART Hub Space » sur une porte givrée.

La province est en train d'investir 560 millions de dollars pour soutenir l’ouverture de 29 Carrefours d’aide aux sans-abri et de lutte contre les dépendances (« HART Hubs », en anglais).

Photo : Radio-Canada / Haydn Watters

Mais la question ne réside pas tant dans la comparaison de ces deux modèles, selon les intervenants. Ce sont des services qui, selon eux, sont efficaces, surtout lorsqu’ils sont complémentaires.

Pour eux, l’important c’est d'accompagner la personne où elle en est dans son cheminement, que son but soit de cesser de consommer de la drogue ou, si elle désire, d'en consommer de manière sécuritaire en prenant les précautions nécessaires.

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