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Des millions de litres d’eaux usées non traitées rejetés au large de Vancouver

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Des eaux usées non traitées se sont déversées pendant plus de trois heures dans le détroit de Georgia, jeudi, après une panne à l'usine de traitement des eaux usées de l'île Iona, à Richmond.

Un volume inhabituel de gravier et de roche a submergé les grilles de filtrage vers 14 h 40, explique Sean De Pol, directeur du traitement des eaux usées à Metro Vancouver. Pendant environ trois heures de réparations, les eaux ont été détournées vers des bassins de rétention sur le site et vers une conduite de rejet en eau profonde, qui débouche à environ sept kilomètres au large.

Le traitement normal a repris peu après 18 h.

Le district calcule encore le volume du rejet, qu'il devra rapporter aux régulateurs provinciaux et fédéraux, mais selon le porte-parole du syndicat des employés du district régional du Grand Vancouver (GVRDEU), Bill Tieleman, celui-ci se compterait en centaines de millions de litres.

Ça ne devrait pas rester secret

La Nation Musqueam, sur le territoire de laquelle se trouve l'usine, dit avoir été prévenue immédiatement par le district, mais aucun avis n'a été lancé à l'intention du grand public. C’est le syndicat qui a fait cette démarche.

Le public a le droit de savoir chaque fois qu'on rejette des eaux usées brutes dans l'océan près d'un parc public et de plages [...]. Ça ne devrait pas rester secret, estime Bill Tieleman.

Metro Vancouver dit avoir suivi la séquence prévue par la loi : aviser d'abord les régulateurs provinciaux et fédéraux, à qui reviennent les décisions de sécurité publique.

Le syndicat, sans contrat depuis 17 mois et en moyens de pression avec son employeur depuis la fin mai, a levé temporairement son bannissement des heures supplémentaires.

Les deux parties affirment que les employés syndiqués et de la direction ont travaillé ensemble pour rétablir le service, et le conflit de travail n'a en aucun cas eu d’incidence sur la panne.

Aucun impact attendu, assure Metro Vancouver

Selon M. De Pol, l'effluent rejeté était composé aux deux tiers d'eau de pluie et d'eau souterraine, la pluie de jeudi ayant gonflé le réseau. Rejeté par un diffuseur à plus de soixante-dix mètres de fond, il ne serait jamais remonté en surface ni approché des rives, et serait devenu indétectable dès le lendemain matin, affirme-t-il.

Vancouver Coastal Health, qui évalue les échantillons d'eau prélevés aux plages dans le cadre du programme de surveillance de Metro Vancouver, dit ne pas anticiper de préoccupation importante de santé publique pour les plages locales, en raison de la dilution dans l'eau de mer.

La Nation Musqueam indique que des équipes de Metro Vancouver ont inspecté la conduite qui traverse ses terres sans y trouver d’anomalie, et ne constate aucun impact localisé sur les poissons, les mollusques, les oiseaux ni les eaux récréatives de son territoire.

Ryan Ziels, professeur agrégé en génie civil à l'Université de la Colombie-Britannique, se montre plus prudent. Je ne suis pas convaincu qu'il n'y aura aucun impact écologique, surtout quand on observe un déclin évident de la santé écologique dans notre région.

Un problème plus vaste

Pour M. Ziels, l'incident d'Iona n'est que la partie visible du problème. La ville de Vancouver rejetterait chaque année de 20 à 40 milliards de litres d'eaux usées non traitées dans la mer des Salish par les surverses de son réseau unitaire, avance-t-il, ce qui en ferait la plus grande ville au pays à rejeter des eaux usées non traitées. Ça ne veut pas dire que c'est acceptable. Ça veut dire que nous avons un problème plus vaste d'infrastructures qui exige une attention immédiate, dit-il.

Il rappelle que l'usine d'Iona, qui traite environ 40 % des eaux usées de la région, n'offre qu'un traitement primaire et relâche de l'azote dissous qui alimenterait des proliférations d'algues saisonnières.

La dilution comme solution à la pollution, c'était peut-être vrai il y a cent ans. Ce ne l'est plus.

L'État de Washington exige désormais le retrait de l'azote des rejets dans la mer des Salish, note-t-il, alors que ce n'est même pas un objectif de la mise à niveau de l’usine, en projet depuis de nombreuses années.

Cette rénovation, exigée par Ottawa et évaluée à six milliards de dollars, a vu son budget réduit de près de quatre milliards de dollars en octobre et ne serait achevée qu'en 2039.

Pour Béatrice Frank, directrice générale de la Georgia Strait Alliance, colmater le système ne résoudra pas le problème sur le long terme. Elle s’inquiète aussi de la position exposée de l’usine, qui la rend vulnérable aux changements climatiques comme la hausse du niveau de l'eau.

Lorsque des rejets ont lieu comme ce fût le cas jeudi, remarque-t-elle, l’équivalent de dizaines de piscines olympiques d’eau sans aucun traitement charrie ses déchets solides autant que ses contaminants.

Selon elle, c'est alors tout l’écosystème de l'embouchure du Fraser qui est mis en péril, où vivent saumons et épaulards résidents du Sud.

Il s'agit du deuxième rejet d'eaux usées dans le détroit de Georgia en un peu plus d'un mois, après le bris d'une station de pompage à Comox, à la fin de mai.

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