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La flambée des prix de l’énergie fait repartir l’inflation à la hausse, sans encore se propager aux produits alimentaires. Mais le répit sera de courte durée : la facture devrait grimper au printemps, contraignant toujours plus le pouvoir d’achat des Français.
Léa Guyot - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :
Serrez vos ceintures… Décrochage immédiat ! L’économie française fait face à de nombreuses turbulences en cette rentrée. Le gouvernement a abaissé vendredi sa prévision de croissance pour 2026 (à 0,5 % contre 0,7 % attendu auparavant). L’Insee est encore plus pessimiste, et table sur une augmentation de PIB de seulement 0,4 %. En parallèle, l’inflation (2,4 % en août sur un an) devrait continuer de s’élever, jusqu’à atteindre 2,9 % en fin d’année. De quoi rappeler de mauvais souvenirs aux Français, qui ne sont pas ressortis indemnes de la vague inflationniste de 2022-2023.
Cette fois-ci, ce n’est pas (que) le conflit en Ukraine, mais aussi celui au Moyen-Orient qui est responsable de la hausse des prix. Après un net ralentissement en 2024 et 2025, l’inflation a brusquement augmenté depuis mars, dans le sillage du blocage du détroit d’Ormuz et du bombardement des raffineries russes. Les prix de l’énergie ont explosé (+16,7 % en août sur un an) : l’essence n’a jamais coûté aussi cher, le gazole s’approche de son record et le gaz est au plus haut depuis 2023.
La flambée inflationniste a pour l’instant été contenue mais pourrait bientôt contaminer « les prix des produits manufacturés et de certains services, notamment de transport », prévient l’Insee dans sa dernière note de conjoncture. Pour éviter une propagation à l’ensemble de l’économie européenne, la BCE a relevé jeudi son principal taux directeur. Mais les Français ne devraient pas échapper à une hausse des prix, en particulier dans l’alimentaire.
Vers des courses « 2-3% » plus chères au printemps
La baisse de la production agricole causée par les canicules à répétition et la sécheresse a d’ores et déjà contribué à « réchauffer le prix des produits frais » (+5,9 % en août sur un an) et notamment ceux des légumes à feuilles ou à tiges, comme les salades ou les endives (+21,3 % en août sur un an). « Les légumes-fruits, donc les tomates, les concombres, les poivrons » sont aussi concernés (+22,3 %), relève Isabelle Senand, directrice des études à la FCD, la fédération qui représente les principales enseignes de la grande distribution.
Les produits du quotidien, dits « de grande consommation » (PGC), sont pour l’instant épargnés. Sur cette catégorie, « il n’y a eu pas d’inflation » cet été, selon Emily Mayer, du cabinet spécialisé Circana. Et ce, pour une bonne raison : « Pour ces produits-là, les prix sont négociés chaque année entre les fournisseurs et la grande distribution, entre début décembre et fin février », explique Isabelle Senand. Ceux qui se trouvent actuellement en rayons ont donc « bénéficié des dernières négociations », qui ont eu lieu dans un contexte économique plus favorable.
Les prochaines n’aboutiront pas au même résultat. Les hausses déjà constatées sur certains produits frais pourraient bientôt s’observer - même si dans une moindre mesure - sur les fruits et légumes surgelés ou en conserve, analyse Emily Mayer. Les prix du lait et de la viande pourraient aussi grimper en raison de la hausse du coût du fourrage. Et c’est sans compter sur le renchérissement des emballages plastiques et du transport, lié aux tensions géopolitiques. Emily Mayer prédit une inflation alimentaire « de 2-3 % en moyenne au sortir des négociations commerciales, au printemps de l’année prochaine ».
Les revenus du travail ne vont pas suivre
C’est moins qu’en 2022-2023 (+6,8 % puis +11,8 %), et heureusement : « Le consommateur ne pourrait pas absorber une telle hausse », juge Isabelle Senand. « Les prix ne sont jamais redescendus et les Français saturent », confirme Emily Mayer, selon qui une augmentation supérieure à 3 % pourrait se traduire par une baisse des volumes. Les distributeurs vont devoir rogner leurs marges, car le pouvoir d’achat des ménages - déjà fortement contraint - va encore reculer cette année (-0,4 %, selon l’Insee).
Certains vont même devoir « puiser dans leur épargne pour maintenir un certain niveau de consommation », prévient l’institut national de la statistique. L’inflation sera « tout juste » compensée par la hausse des salaires cette année : la dynamique de rattrapage des pertes subies en 2022-2023 va s’interrompre. Et pour la première fois depuis 1993 (hors Covid), les revenus du travail (salaires, primes, heures supplémentaires, etc.) vont baisser.
Certes, le coup de frein sera moins brutal qu’en 2022, mais les Français vont le percevoir plus durement, car il sera « largement à leur charge », estime l’Insee, l’État n’ayant cette fois pas « mis en œuvre de mesures générales » pour atténuer l’inflation. Cette dernière devrait d’ailleurs s’accentuer « pendant la période préélectorale », note Isabelle Senand. Un aspect que les candidats ne devront pas négliger, alors que l’exaspération sociale se fait déjà ressentir.
À Mulhouse, les consommateurs « se serrent la ceinture »
Michel fait ses courses tous les mardis dans un hypermarché de l’agglomération mulhousienne (Haut-Rhin). Il est fidèle à ce jour de la semaine, l’un des deux où sa carte de fidélité lui offre une remise à la caisse. « C’est toujours ça de pris », lance ce retraité des usines Stellantis voisines. Michel, 68 ans, et son épouse ont « toujours été assez stricts », cela fait déjà un moment qu’ils mangent moins de viande, ils ont aussi la chance de pouvoir profiter des fruits de leur jardin. Le couple se prive néanmoins de « beaucoup de petits plaisirs ».
Moins de sorties également pour Chainez, et pas de vacances cet été : cette mère célibataire de trois enfants, actuellement sans emploi, dit se « serrer la ceinture » depuis que son ticket moyen est passé de 80 à 130 euros par semaine pour les mêmes produits. Elle « essaie de n’acheter que le strict nécessaire ». « Résignée », à 31 ans, Chainez ne peut qu’espérer une inversion de la tendance, « parce qu’on ne vit pas que pour se nourrir ! » Son ami Marlon, 32 ans, achète lui aussi moins de « superflu » pour ses quatre enfants. Il recherche un emploi en Suisse voisine. « Avec un salaire français, on ne survit pas », estime-t-il.
En Suisse, Raphaël, 68 ans, y a longtemps travaillé et il reconnaît que sa pension de retraite est aujourd’hui « plutôt pas mal ». Père d’un enfant de trois ans après avoir épousé une femme de 30 ans sa cadette, il fait tout de même « attention » à ses dépenses. « Si on ne prend pas les promos, c’est une catastrophe. Les œufs, le lait, la viande… C’est incroyable », déplore le sexagénaire.
« Je ne sais pas où on va »
Viande et poisson figurent au premier rang des produits alimentaires rayés des listes de courses. Valérie a également réduit ses achats de vêtements, de CD et DVD, ses sorties au restaurant et au théâtre. « On peut toujours faire comme si de rien n’était, mais après, vous mangez le mastic des fenêtres », s’exclame cette « jeune retraitée » de chez Stellantis, qui fait seulement des exceptions pour le cinéma, son « petit plaisir ». Valérie dit ne « pas se plaindre » de sa retraite, davantage des impôts. « Je n’ai jamais vu autant taper sur les retraités qu’en ce moment ! »
« Je ne sais pas où on va », lui fait écho Martine, 75 ans, qui dit « faire plus attention » à ses dépenses parce qu’elle craint que les retraites ne soient « pas pérennes » et parce que « tous les produits de placement sont impactés » par la fiscalité. Mais la prudence n’est pas la seule raison de sa frugalité : l’état de son mari, qui souffre de troubles neurologiques, requiert sa présence constante au domicile. « Les loisirs, c’est zéro ! »
Olivier Brégeard


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