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Congrès des enseignants à l’Î.-P.-É. : réinventer la classe face aux nouvelles réalités

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Quelque 2000 enseignants francophones et anglophones de l’Île-du-Prince-Édouard se sont rassemblés les 5 et 6 novembre à Charlottetown pour le congrès annuel de la Fédération des enseignants.

Véritable temps de perfectionnement professionnel, ce rendez-vous annuel permet de se mettre à jour et de se rappeler pourquoi on est enseignants, souligne Mylène Ouellette, membre du comité organisateur et enseignante.

On n'a pas toujours le temps de partager nos défis, de trouver des solutions ensemble. C'est rassurant de parler avec des gens qui font le même métier, affirme-t-elle.

Les défis de l’enseignement en français en milieu minoritaire se sont invités dans les discussions.

Dans une province où l'anglais est majoritaire, les salles de classe des six écoles de la Commission scolaire de langue française (CSLF) ont profondément changé de visage au fil de la dernière décennie, constate Moira McGuire, enseignante d'appui pour les élèves nouveaux arrivants à la CSLF.

Il y a de plus en plus d’élèves qui arrivent dans nos écoles, qui ont besoin d'un soutien pour apprendre le français. C'est juste une petite population qui arrive avec la langue.

C'est un défi pour nos enseignants, poursuit-elle.

Une population scolaire qui n’arrive plus avec la langue

Certains de ces jeunes sont issus de l'immigration récente et sont allophones, ne parlant ni français ni anglais. À Charlottetown, la situation est particulièrement frappante. À l’École François-Buote, au moins un quart des élèves sont aujourd'hui des nouveaux arrivants, selon Moira McGuire.

Contrairement aux Québec, les effectifs réduits de la CSLF ne permettent pas d’ouvrir des classes d’accueil dédiées, explique-t-elle.

La stratégie repose donc sur l'inclusion en classe ordinaire, soutenue par des services de francisation et l'intervention de trois enseignantes itinérantes. Ces dernières prennent régulièrement les élèves en petits groupes pour des cours intensifs.

Moira McGuire

Moira McGuire, de la CSLF, explique que les cohortes scolaires ne sont plus composées majoritairement d'enfants ayant le français comme première langue d'usage à la maison.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

Si les plus jeunes acquièrent souvent les bases du français grâce au jeu et aux routines structurées, la dynamique se complique au fur et à mesure que les élèves avancent dans leur scolarité.

Au secondaire, l’anglais demeure la langue par défaut de l'environnement social. Enseignante de français en 10e année et de musique à l'École-sur-Mer, Mylène Ouellette résume cette réalité sans détour.

C'est des fois pas cool de parler français. Souvent nos jeunes ont créé des relations dans une autre langue, donc c'est pas naturel pour eux de se parler en français.

Briser le réflexe de l'anglais par la culture

L’enseignante estime que l'école ne peut se limiter à un rôle strictement académique pour contrer cette tendance. Elle insiste sur la nécessité de créer un attachement affectif et culturel à la langue.

L'école a un gros rôle à jouer, c'est important que nos jeunes aient du plaisir. C'est en vivant des expériences comme du théâtre, des voyages éducatifs, des spectacles qu'ils vont avoir le goût du français, analyse-t-elle.

Mylène Ouellette

Pour Mylène Ouellette, les projets artistiques et parascolaires constituent le véritable levier pour développer un sentiment d'appartenance à la francophonie chez des jeunes.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

Au-delà de la question linguistique, les discussions du congrès ont mis en lumière la transformation accélérée des contextes d'enseignement depuis la pandémie de COVID-19.

Téléphones cellulaires, multiplication des écrans et émergence des outils d'intelligence artificielle générative obligent le personnel enseignant à redéfinir ses méthodes.

Pour Mylène Ouellette, ce ne sont pas les enfants qui ont fondamentalement changé, mais bien la société dans laquelle ils évoluent.

On ne peut plus seulement parler pendant une heure devant des élèves, faut vraiment les mettre au travail, les faire parler le plus souvent, les mettre en action, souligne-t-elle.

Composer avec les écrans et l'intelligence artificielle

Concernant l'intelligence artificielle, Mylène Ouellette reconnaît qu'elle offre des possibilités intéressantes pour sauver du temps, à condition d'en encadrer les usages.

Dans ses cours de français, la priorité reste la production de textes originaux et personnels, mais l’intelligence artificielle peut être utilisée pour la révision linguistique, pour ne pas que ça soit simplement du plagiat.

Moira McGuire, impliquée dans le monde de l’éducation depuis 26 ans, perçoit elle aussi un tournant dans l’usage des technologies dans les salles de classe. Selon elle, un mouvement de balancier semble s'amorcer vers un retour aux fondamentaux.

On va peut-être reculer sur les écrans, faire plus de place à la communication face à face, à l'écriture sur le papier et pas sur le Chromebook.

En réunissant spécialistes, universitaires et enseignants pendant deux jours, le congrès offre aux enseignants un espace pour confronter leurs idées et bâtir, ensemble, des approches pédagogiques novatrices.

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