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La réforme du Compte unique du Trésor franchit une étape décisive pour stopper l’hémorragie financière au Cameroun. Réunis hier à Yaoundé autour du ministre des Finances Louis Paul Motaze, banquiers et chefs de projets publics ont été sommés de clarifier la situation de leurs avoirs. Pierre Emmanuel Nkoa Ayissi, directeur national de la BEAC, a lâché une bombe : près de 1 000 milliards de FCFA de fonds publics dorment dans des banques commerciales privées pendant que l’État s’endette lourdement.
Une manne colossale éparpillée dans les banques commerciales
Ce montant a plus que doublé depuis 2022, passant de 450 milliards à un millier de milliards au 30 juin 2026. Sept banques contrôlent à elles seules 80 % de ces dépôts publics qui représentent environ 10 % des liquidités de l’ensemble du système bancaire national. AFG Bank Cameroun détient la part du lion avec près de 40 %, suivie par UBA avec 11 %, puis CCA Bank à 9 % et Commercial Bank Cameroun à 8 %.
L’État camerounais se retrouve contraint d’émettre des bons du Trésor sur le marché monétaire à des taux élevés alors que son propre argent est placé ailleurs. C’est simple. Cet argent public enrichit les établissements de crédit au lieu de financer directement les hôpitaux ou les routes.
Tensions de trésorerie et résistances dans l’appareil d’État
La manœuvre de rapatriement vers le Trésor public provoque déjà des sueurs froides dans le secteur financier local. Louis Paul Motaze n’a pas caché la réalité : les tensions de trésorerie deviennent intenables avec la baisse tendancielle de la production pétrolière et le coût financier des crises sécuritaires. Le basculement des comptes, initialement prévu pour septembre, a glissé vers la fin de l’année. Les directeurs généraux d’entreprises publiques freinent des quatre fers pour garder la main sur leurs lignes de crédit, ce qui bloque l’application stricte des directives communautaires Cemac adoptées en 2011.
Franchement, comment justifier que des gestionnaires publics jouent les rentiers avec l’argent du contribuable ?
Pourtant, siphonner brutalement cette manne risque d’assécher la liquidité des banques commerciales qui prêtent ensuite aux PME. Rien ne confirme à ce stade qu’un mécanisme d’amortissement graduel soit déjà validé pour éviter un choc bancaire violent. Difficile de ne pas y voir un aveu d’impuissance budgétaire face à l’urgence des échéances de la dette souveraine. Le ministère tente d’éteindre l’incendie sans effrayer les créanciers.
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Laurent Diby
Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: [email protected]


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