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Selon la Coalition canadienne des brasseurs artisanaux indépendants, les brasseries au pays subissent une pression financière énorme. En Ontario, au moins deux brasseries ont annoncé leur fermeture au mois de mars, évoquant entre autres les tarifs douaniers américains et la baisse de la demande. Pour des experts, l’industrie doit faire preuve de créativité et d’innovation pour survivre.
Après la fermeture de la microbrasserie Kichesippi à Ottawa, c’est au tour de la brasserie Sleeping Giant de Thunder Bay de tirer sa révérence à la fin du mois de mars.

Créée en 2012, la brasserie Sleeping Giant est la plus grande et plus vieille de Thunder Bay. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Martine Laberge
Dans une déclaration, Kyle et Drea Mulligan, les cofondateurs, ont cité des défis liés à l’augmentation des coûts, ainsi que les changements dans les habitudes des consommateurs.
En guise d'hommage ultime, la compagnie brassera une toute dernière bière, nommée Good to the Last Drop (bonne jusqu'à la dernière goutte).

D'après l'association des brasseurs artisanaux de l'Ontario, la province compte à présent environ 340 brasseries, 40 de moins qu'en 2024 selon les données de Bière Canada.
Photo : Radio-Canada / Jean-Loup Doudard
Les brasseries Kichesippi et Sleeping Giant opéraient depuis plus d’une décennie.
Ce qui m’alarme, c’est de voir des entreprises matures comme Sleeping Giant ou Vancouver Island Brewing mettre la clé sous la porte, et c’est alarmant parce qu’on se dit que ce sont elles qui ont la meilleure distribution comparativement à de plus petits joueurs de l’industrie , explique Brad Goddard, président de la Coalition canadienne des brasseurs artisanaux indépendants.
Brad Goddard rappelle que, dans le cas des brasseries situées en milieu rural, comme Sleeping Giant, faire parvenir la bière aux grands bassins de consommateurs coûte 20 à 30 % de plus chaque année.

Brad Goddard s'inquiète pour l'avenir des microbrasseries, alors que de grandes entreprises du secteur ferment leurs portes.
Photo : Radio-Canada / Orphée Moussongo
C’est un employeur formidable et un grand contributeur culturel pour sa communauté, mais il est situé loin d’un marché clé. Il est tout simplement trop éloigné d’une masse critique de buveurs de bière , dit-il.
Non seulement les brasseries ont des coûts de production plus élevés, mais elles doivent en plus composer avec les taux de change américains [pour les canettes et couvercles].
Un besoin d’innovation
En plus des défis liés à la hausse du coût, un facteur majeur qui ne bénéficie pas à l’industrie est l’abondance de brasseries, selon Sylvain Charlebois, directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire à l’Université Dalhousie.
Dans certaines provinces, il y a une microbrasserie pour chaque 15 000 habitants. Dans le cas de l’Ontario, c’est un petit peu plus que ça, mais quand même, c’est beaucoup , lance-t-il.

Sylvain Charlebois pense qu'au fil du temps, les microbrasseries canadiennes fermeront davantage.
Photo : Radio-Canada
M. Charlebois précise qu’avec tous ces défis, les microbrasseries doivent établir de nouvelles stratégies qui viendront répondre à la demande sur le marché.
Il va falloir que les microbrasseries développent une stratégie d’expansion. […] On va devoir développer des économies d’échelle, diminuer les coûts le plus possible pour pouvoir être compétitif contre d’autres produits, suggère-t-il.
C’est dans cet esprit que la brasserie Muskoka, à Bracebridge, a développé de nouveaux produits, informe Todd Lewin, son président.
Nous nous sommes un peu diversifiés du côté des boissons prêtes à boire, comme les prêts à boire à la vodka ou les seltzers, qui sont en pleine expansion
Beaucoup de consommateurs se tournent aussi vers la bière sans alcool. Et nous nous en tirons très bien dans cette catégorie également, ce qui nous permet en quelque sorte de compenser le ralentissement que nous observons du côté de la bière , renchérit-il.

Todd Lewin juge que la résilience de l'industrie brassicole lui permettra de survivre à la crise actuelle. (Photo d'archives)
Photo : Avec la permission de Todd Lewin
M. Lewin admet que la réduction des taxes sur l’alcool en Ontario, ou encore l’initiative régionale de réponse tarifaire d’Ottawa sont des mesures dont notre industrie a besoin pour nous aider à garder ces brasseries dans nos communautés.
Brad Goddard indique pour sa part que les brasseries en difficulté peuvent également fusionner, mais les provinces et le fédéral devraient, selon lui, changer certaines règles fiscales.
La taxe sur la bière, dans chaque province et au niveau fédéral, est basée sur le volume. Et donc, quand deux petites entreprises s’unissent, cela fait généralement grimper leurs taxes en flèche , avance-t-il.
Toutes les provinces doivent s’aligner [et dire] revoyons notre fiscalité pour qu’elle accompagne la croissance au lieu de la pénaliser.
Il ajoute que les Canadiens devraient « devenir autonomes » dans la production de couvercles de canettes et autres emballages nécessaires pour la distribution des bières.

Selon l'association Bière Canada, presque toutes les canettes de 473 ml utilisées par les brasseries canadiennes sont produites au Canada, toutefois, les couvercles sont produits aux États-Unis. (Photo d'archives)
Photo : Associated Press / Nam Y. Huh
En réponse, le ministère de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire du Canada mentionne les nouveaux volets du Programme Agri-marketing : diversification des marchés qui ont pour but d’aider les petites et moyennes entreprises agroalimentaires — y compris les producteurs de boissons alcoolisées — à accéder à de nouveaux marchés, à renforcer le commerce interprovincial et à favoriser une croissance durable malgré les pressions mondiales.
Pour sa part, un porte-parole du ministère des Finances du Canada affirme qu’il offre un soutien ciblé aux petits producteurs par des taux réduits de droits d’accises qui s’appliquent aux premiers 75 000 hectolitres de bière brassée au Canada chaque année.
Cette structure tarifaire graduée soutient les brasseurs canadiens de petite et moyenne taille , ajoute-t-il.
L’Ontario n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.


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