Selon toute vraisemblance, l’Allemagne organisera de nouveau des Jeux olympiques d’été. On ne sait pas encore quand, en 2036, 2040 ou 2044, mais depuis samedi, on sait où: à Munich. La capitale de la Bavière a été désignée pour porter une candidature allemande lors d’une assemblée générale extraordinaire de la Confédération allemande des sports olympiques (DOSB), tenue à Baden-Baden. Munich a recueilli 90 voix, contre 51 pour le dossier Cologne-Rhin-Ruhr. Deux autres grandes métropoles allemandes ont renoncé en cours de procédure, Hambourg à la suite d’un référendum citoyen en mai, et Berlin quelques jours avant le vote à la suite de la victoire aux élections municipales du parti de gauche radicale Die Linke, opposé au projet.
Selon le protocole établi en juin par le Comité international olympique (CIO) sous le slogan «Fit for the Future», Munich et le DOSB vont désormais poursuivre une phase dite de «dialogue continu» avec le CIO qui évoluera, si le dossier allemand est retenu en mars 2027, en une phase de «dialogue stratégique» au cours de laquelle les dossiers retenus seront évalués de plus près. Fin 2028, le CIO désignera un ou plusieurs «hôtes préférentiels», qui devront fournir une série de garanties puis seront départagés mi-2029 lors d’une session du CIO.
La candidature suisse à l’organisation des Jeux d’hiver 2038 jouit d’un «dialogue privilégié» avec le CIO, une forme d’exclusivité temporaire qui s’achèvera à la fin de l’année 2027 si le projet n’a pas levé ou franchi l’obstacle d’une votation populaire, où dès ce jeudi si le Conseil national refuse la contribution financière de 200 millions de la Confédération. A Munich, le soutien populaire est acquis depuis octobre 2025, où le Ja a obtenu entre 61,7 et 71,7% des voix dans les 25 districts de la ville. Le président fédéral, Frank-Walter Steinmeier, ainsi que le rival battu de Cologne, se sont également ralliés à la cause, devenue nationale. Un soulagement, alors que sept candidatures allemandes ont échoué par le passé, à différents stades.
Lire aussi: JO 2038: le Conseil fédéral met 200 millions sur la table, mais sans référendumDouble traumatisme
Il faut dire que l’histoire de l’Allemagne avec l’olympisme est particulière. En 1936, les Jeux d’hiver à Garmisch-Partenkirchen et plus encore ceux d’été à Berlin ont servi la propagande nazie. En 1972, les Jeux d’été de Munich ont été endeuillés par l’attentat en plein Village olympique commis par l’organisation palestinienne Septembre noir contre la délégation israélienne, faisant 17 morts dont 11 athlètes et entraîneurs israéliens. Le lendemain, les Jeux reprenaient comme si de rien n’était… Après la réunification, les athlètes allemands, de l’Est comme de l’Ouest, ont commencé à gagner de moins en moins de médailles. Parallèlement, la population a pris ses distances comme aucune autre en Europe avec le sport spectacle. Les médias se sont moins intéressés aux exploits et plus aux scandales, développant un esprit critique largement partagé.
Wolfgang Maennig, professeur d’économie à l’Université de Hambourg et ancien rameur olympique, a participé aux commissions d’évaluation de quatre candidatures olympiques allemandes. En 2022, à l’occasion des Jeux européens, il nous expliquait que «l’attitude de la population allemande vis-à-vis du sport de haut niveau avait changé». La jeune génération, plus urbaine et mondialisée, est devenue, selon son expression, «post-médailliste». «Depuis vingt ans, [les jeunes] entendent trop parler de scandales à propos du sport, en Allemagne et ailleurs. Pour eux, les abus engendrés par le sport sont systémiques et ils ne sont prêts ni à les endurer comme athlètes ni à les financer comme contribuables.»
Lire également: Derrière le sursaut et l’euphorie de Munich, le lent déclin du sport allemandUn regard critique
«Personne ne peut plus dire qu’il n’était pas au courant des abîmes abjects que le sport recèle souvent en coulisses», se félicitait lors du même reportage la députée Dagmar Freitag (SPD), présidente de la Commission des sports du Bundestag de 2009 à 2021. Elle nuançait toutefois en précisant que «le sport de compétition n’est pas fondamentalement rejeté en Allemagne». Simplement, il n'est pas accepté à n’importe quel prix. Il a fallu que le CIO fasse son aggiornamento, à défaut de mea-culpa, et que le succès populaire des Championnats d’Europe multisports à Munich en août 2022 apporte la démonstration que l’on pouvait encore organiser une grande manifestation sportive qui soit chaleureuse, populaire, écologique et modeste, pour que les mentalités changent.
Une vue du Parc olympique de Munich, le 17 août 2022 lors des Championnats européens multisports. — © INA FASSBENDER / AFP
La métropole bavaroise vient d’ailleurs d’obtenir l’organisation de la finale de la Ligue des champions de football en 2028, et les Championnats du monde d’athlétisme en 2031. Ils auront lieu à l’Olympiastadion, au cœur du Parc olympique construit pour les Jeux de 1972, réutilisé pour les Championnats d’Europe multisports de 2022, et qui sera encore au centre du dispositif si le dossier munichois est choisi par le CIO.
«L’esprit olympique et l’Allemagne ne vont pas ensemble pour le moment», avait dû constater Alfons Hörmann, le président de la DOSB, en 2015. Son successeur, Thomas Weikert, s’est lui réjoui samedi d’«un grand jour pour le sport allemand». «Avec Munich, nous franchirons une nouvelle étape.» «Nous nous avançons avec courage: l’Allemagne est capable d’organiser les Jeux olympiques», a pour sa part lancé le chancelier Friedrich Merz. Une formule curieuse mais révélatrice de la volonté de mettre fin à un long désamour.
Lire aussi: L’historien Patrick Clastres: «Comme le Vatican, le CIO a la mémoire très longue»

1 week_ago
28




















.jpg)






French (CA)