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Politique 24/01/2026 10:46 Actualisé le 24/01/2026 10:55
Le chef de file de la France insoumise a détourné l’expression pour faire hurler l’extrême droite. Et c’est exactement ce qu’il s’est passé.

ED JONES / AFP
Jean-Luc Mélenchon photographié à Toulouse jeudi 22 janvier pour soutenir François Piquemal aux élections municipales.
Personne n’imagine Jean-Luc Mélenchon en kimono. En revanche, ceux qui suivent sa trajectoire savent qu’il est adepte du « judo politique ». Cette tactique qui consiste à utiliser la force de son adversaire pour le retourner. Le chef de file de la France insoumise en a fait une nouvelle démonstration ces derniers jours, la prise frôlant le cas d’école. Tout a commencé jeudi 22 janvier au soir à Toulouse.
Présent pour soutenir le candidat LFI François Piquemal aux élections municipales, Jean-Luc Mélenchon a tenu un discours calibré pour faire dévisser une extrême droite qui ne cesse de fustiger la volonté du parti de gauche radicale d’accorder une place particulière aux « candidats racisés » dans cette campagne. « Nous avons besoin d’élections municipales qui puissent être une démonstration du niveau de conscience politique du peuple français dans sa diversité, de la capacité de nos listes à incarner la nouvelle France, celle du grand remplacement, celle de la génération qui remplace l’autre parce que c’est comme ça depuis la nuit des temps », a lancé le tribun de 74 ans.
« Ce n’est pas parce qu’il y a dix dingues dans un coin qui ont peur d’être remplacés par leurs enfants que nous devons partager leurs peurs », a-t-il ajouté. « Grand remplacement ». L’expression utilisée à l’extrême droite pour prophétiser l’effacement organisé de la population européenne par une population immigrée (et qui est à la source de l’attentat de Christchurch) est détournée à dessein. Lourde de sens, elle a été logiquement reprise par l’AFP, et s’est retrouvée en titre de plusieurs articles. Dont cet article du Parisien, qui a provoqué sur Jordan Bardella l’effet d’une muleta agitée devant un taureau. « Au moins, les choses sont claires : Jean-Luc Mélenchon défend l’éclatement communautaire, l’ère des minorités contre le peuple et les revendications de l’islam politique. Nous voulons, nous, incarner l’unité nationale et le sursaut français », a réagi ce vendredi 23 janvier sur son compte X le président du Rassemblement national.
Contre attaque
Soit précisément le genre de réaction qu’attendait Jean-Luc Mélenchon pour prendre à revers le dauphin de Marine Le Pen. « Monsieur Bardella, faites un effort intellectuel. Essayez de bien comprendre la langue française. Tâchez de suivre les phrases dans un raisonnement. Le grand remplacement dont je parle est celui des générations », a répondu le fondateur de LFI, avant d’offrir un « exemple » à l’eurodéputé. « Jean-Marie Le Pen était un “Français de souche”. Pas vous. Pourtant, vous le “grand remplacez” à son poste et dans ses idées. C’est le mécanisme de la vie. C’est ça la nouvelle France », a-t-il poursuivi, profitant de l’occasion pour ressusciter l’héritage du parti lepéniste.
Et Jean-Luc Mélenchon d’enfoncer le clou : « Vous comprenez ? Toujours pas ? Passez-moi votre adresse, on vous enverra un dessin. Intéressez-vous au peuple réel de votre pays et vous verrez que la France telle qu’elle est mérite qu’on l’aime, qu’on la défende, et qu’on compte sur elle ». Le piège s’est refermé. Au-delà de la joute numérique, l’insoumis a aussi poussé Jordan Bardella à sortir du bois sur ce concept raciste et complotiste, que Marine Le Pen refuse de reprendre depuis des années, consciente de son caractère sulfureux incompatible avec sa stratégie de « normalisation » et au grand dam des identitaires qui voguent avec le RN. On notera par ailleurs que, contrairement à son dauphin, la cheffe de file du RN n’a pas mordu à l’hameçon. L’expérience, sans doute.


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