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Coincé tête en bas pendant 28 heures dans un boyau trop étroit : depuis 2009, l’entrée de la grotte est bouchée au béton et son corps est toujours à l’intérieur

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Une grotte est une cavité naturelle creusée dans la roche, parfois si étroite qu’elle ne laisse passer qu’un corps humain à la fois. Dans l’Utah, l’une d’entre elles porte un nom presque enfantin, Nutty Putty, mais elle est devenue le théâtre d’un drame qui continue de hanter les amateurs de spéléologie du monde entier. Ce réseau souterrain, autrefois prisé par des milliers de visiteurs chaque année, renferme aujourd’hui un secret glaçant : un corps humain, prisonnier d’une fissure minuscule, que personne n’a jamais pu récupérer. Retour sur une histoire qui interroge autant sur les limites du corps humain que sur celles du sauvetage en milieu extrême.

À retenir

  • En 2009, John Edward Jones, étudiant en médecine de 26 ans, s'est retrouvé coincé tête en bas pendant 28 heures dans une fissure de 25 par 46 cm de la grotte Nutty Putty, dans l'Utah.
  • Les secours n'ont pas réussi à l'extraire malgré un système de cordes et de poulies, qui a fini par céder et l'a renvoyé plus profondément dans le trou ; Jones est mort d'épuisement dû à la position inversée prolongée et au froid.
  • Face à l'impossibilité de récupérer le corps, la grotte a été scellée au béton quelques semaines plus tard avec l'accord de la famille, faisant de Nutty Putty un mémorial définitivement fermé.

Une simple exploration qui vire au cauchemar géologique

Tout commence comme une sortie banale entre passionnés. John Edward Jones, un étudiant en médecine âgé de 26 ans, s’aventure dans les entrailles de Nutty Putty en pensant emprunter un passage bien connu des habitués, surnommé The Birth Canal. Mais dans l’obscurité et la confusion des galeries qui s’entrecroisent, il se trompe de direction et s’engage dans une zone non répertoriée sur les cartes, baptisée Ed’s Push. Ce choix, presque anodin en apparence, va se révéler fatal.

Le boyau dans lequel il progresse se rétrécit peu à peu, jusqu’à devenir une fissure de seulement 25 par 46 centimètres, à environ 120 mètres de l’entrée de la grotte. Pour donner une idée de l’exiguïté du lieu, il s’agit à peine de la largeur d’un torse humain. Jones s’y glisse la tête la première, pensant pouvoir ressortir en reculant si le passage ne mène nulle part. Mais la roche ne lui laisse aucune marge de manœuvre : il se retrouve coincé, tête en bas, incapable d’avancer ou de reculer.

Vingt-huit heures suspendu dans le noir, la tête plus basse que les pieds

Ce qui suit relève du cauchemar absolu. Pendant près de vingt-huit heures, John Edward Jones reste bloqué dans cette position inversée, la tête plongée vers le bas et les jambes coincées au-dessus de lui. Cette posture, tenue aussi longtemps, n’est pas seulement inconfortable : elle est physiologiquement destructrice. Le sang afflue vers la tête et le thorax, le cœur peine à pomper correctement, et la pression exercée sur les poumons finit par compliquer chaque respiration.

À cela s’ajoute le froid mordant de la grotte, qui accentue l’épuisement du corps déjà mis à rude épreuve. Les secouristes, alertés rapidement, tentent tout ce qui est en leur pouvoir pour maintenir Jones conscient et communiquer avec lui à travers l’étroit passage. Mais l’accès est si restreint que seuls quelques sauveteurs de petite corpulence peuvent s’en approcher, rendant chaque intervention lente et périlleuse. Après des heures d’efforts acharnés, Jones est déclaré mort à 23h56, le lendemain de son entrée dans la grotte.

L’impossible sauvetage : quand la roche devient plus forte que les secours

Avant ce dénouement tragique, les secours avaient pourtant mis en place un système de cordes et de poulies pour tenter de hisser Jones hors de la fissure. Cette technique, habituellement efficace dans des espaces confinés, repose sur une traction progressive permettant d’extraire une personne sans aggraver ses blessures. Mais dans ce cas précis, la configuration du boyau et la position du corps ont rendu la manœuvre extrêmement délicate. Le dispositif a fini par céder sous la tension, renvoyant Jones plus profondément dans le trou qu’il n’y était auparavant.

Ce fut le coup de grâce d’une opération déjà minée par les contraintes physiques du lieu. Les autorités locales ont depuis reconnu que la cause exacte du décès ne serait probablement jamais établie avec certitude, mais que la position inversée prolongée, combinée aux températures glaciales de la grotte, figure parmi les facteurs déterminants. Un constat d’autant plus marquant que Nutty Putty, explorée depuis les années 1960, n’avait jamais connu de décès jusque-là, malgré cinq opérations de secours menées en une décennie.

Une tombe scellée au béton : ce que révèle l’histoire de Nutty Putty

Face à l’impossibilité de récupérer le corps sans mettre en danger d’autres vies humaines, une décision radicale s’est imposée. Le propriétaire du terrain et la famille de Jones se sont accordés pour que la grotte devienne son lieu de repos final. Quelques semaines plus tard, l’entrée a été définitivement scellée au béton, transformant ce réseau souterrain autrefois vivant en un mémorial silencieux et inaccessible.

Cette fermeture marque la fin d’une époque pour Nutty Putty, qui accueillait pourtant entre 5 000 et 10 000 visiteurs par an avant 2006, année où un système d’accès plus strict avait déjà été instauré. Depuis, plus aucune expédition n’a foulé ces galeries. Le corps de John Edward Jones demeure là, quelque part sous la roche de l’Utah, dans un silence minéral que rien ne viendra troubler.

Cette histoire, aussi tragique soit-elle, rappelle à quel point l’exploration souterraine reste une activité exigeante, où la moindre erreur d’orientation peut transformer une simple sortie en piège mortel. Elle interroge également sur ce que l’on est prêt à accepter lorsque la nature reprend ses droits sur nos tentatives de la dompter. Faut-il voir dans le scellement de Nutty Putty un acte de renoncement, ou au contraire une forme de respect envers un lieu devenu, malgré lui, une sépulture ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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