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Clemens Schuldt et l’OSQ séduisent Lanaudière

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C’était un retour après une longue absence pour l’Orchestre symphonique de Québec (OSQ) au Festival de Lanaudière, vendredi soir. Clemens Schuldt, lui, y faisait ses débuts, accompagné par Charles Richard-Hamelin qui fêtait son anniversaire. Le programme, à consonances nordiques, a témoigné des fruits du très beau travail du chef allemand à la tête de l’orchestre.

Comme l’a souligné Renaud Loranger, directeur artistique du Festival de Lanaudière, Charles Richard-Hamelin, enfant du pays, est né le jour même de l’inauguration de l’amphithéâtre qui porte aujourd’hui le nom de Fernand Lindsay, fondateur du Festival. C’est en apesanteur, comme un message à l’au-delà, que le pianiste a joué en rappel le Nocturne in en ut dièse mineur opus posthume, sans le moindre chichi, mais avec une infinie subtilité de toucher, notamment dans l’ultime évanescence sonore.

Esprit

C’est cette substance sans afféteries que l’on apprécie tant chez le pianiste québécois. Elle faisait aussi le prix de son interprétation du Concerto de Grieg. En considérant notamment les 1er et 3e mouvements, il était très notable que Richard-Hamelin et Schuldt évitaient tout alanguissement et exagération romantique. La pompe, un ton déplacé de faux-Rachmaninov avant la lettre, plombe si souvent ce concerto, tout au contraire illuminé par le discours plutôt allant, nourri par de nombreuses relances de tempo, déployé par les artistes, vendredi.

L’approche de Richard-Hamelin et Schuldt était évidemment le bon choix pour cette composition d’un jeune Norvégien de 25 ans. À cela s’ajoutait, notamment dans le 1er volet, le contraste entre la carrure sonore du pianiste et la finesse des textures recherchée par le chef. Entre deux, le 2e mouvement était comme un îlot de rêverie. Très belle association pianiste et chef, donc.

Avant le concerto, Le tombeau de Nelligan a montré à quel point Jacques Hétu (1938-2010) avait été notre grand compositeur. Snobée, alors, par une « intelligentsia » dont il ne reste déjà quasiment plus rien, l’œuvre d’Hétu va continuer à s’imposer à notre époque qui est enfin retombée, musicalement, sur ses pieds, comme l’explique bien le chef Stéphane Denève dans le DMag ce samedi.

À ce titre, Le tombeau de Nelligan est exemplaire à la fois par le mystère, les ombres et le côté Vaisseau fantôme qui s’en dégage. Cette composition « en perpétuelle transformation » (selon les termes des excellentes notes de concert) fait autant penser à Nelligan qu’aux obsessions picturales de bateaux sortant de la houle du Mexicain Leonardo Nierman. Le langage post-rousselien se double d’une admirable construction et d’un traitement harmonique qui manque à bien des compositeurs contemporains.

Récurrente sirène

En seconde partie, Clemens Schuldt avait programmé Die Seejungfrau (La petite sirène) de Zemlinsky, nous annonçant que c’est parfois plus beau que du Richard Strauss. Sans doute les chefs qui mettent Die Seejungfrau à leur programme croient-ils faire preuve d’originalité. Mais on en a eu une interprétation renversante par Lorenzo Viotti à l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) en 2019, lors d’un concert test quand l’orchestre se cherchait un successeur à Kent Nagano, et, depuis, on l’a déjà revu deux fois au programme (Boreyko-OSM en 2023 et Faletta-OM en 2024). Quatre fois en sept ans, c’est un peu intense pour une œuvre aussi pointue, elle aussi dans le genre « en perpétuelle transformation » dont la logique de programmation appellerait une récurrence aux quinze ou vingt ans.

Die Seejungfrau est une partition de 1905 d’un compositeur viennois et on ne peut quasiment l’imaginer que jouée avec l’opulence et la volupté des orchestres viennois ou berlinois. Nous sommes alors à une époque et dans une ville où Mahler et Bruckner, chacun à leur manière, ont porté la symphonie à un point d’aboutissement.

L’Allemand Richard Strauss trouve l’échappatoire avec ses poèmes symphoniques. Ainsi parlait Zarathoustra date de 1896, Don Quichotte de 1897 et Une vie de héros de 1898. Janvier 1905 à Vienne est la date de création de Pelléas et Mélisande de Schoenberg, partition achevée en 1903 qui montre que l’on peut aborder le genre avec une autre complexité harmonique ou chromatique.

Zemlinsky se situe dans cette veine à travers cette composition qui symbolise sa peine d’amour lorsqu’il comprend qu’Alma Schindler lui a préféré Gustav Mahler. Clemens Schuldt s’est jeté dans cette matière visiblement à la mode avec beaucoup d’engagement et en clarifiant la narration et la logique structurelle. Évidemment, l’OSQ n’a pas la luxuriance et richesse (violons) des timbres viennois, mais la vaillante et juste interprétation a été fidèle à l’esprit et au sens.

Nous avions déjà vu Clemens Schuldt programmer des partitions étonnantes par leur exigence (5e Symphonie de Mahler), mais force est de constater que l’orchestre y fait de plus en plus très bonne figure. Le travail porte ses fruits.

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