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Cette nuit, j’ai fait un cauchemar. Pas un mauvais rêve ordinaire, de ceux qu’on oublie sous la douche. Un cauchemar qui reste collé à la peau, qui vous suit au petit-déjeuner, parce qu’une petite voix vous répète qu’il n’est pas totalement impossible. J’ai rêvé de la France. De ce qu’elle deviendrait le jour où elle basculerait pour de vrai — parce qu’un système à bout de souffle finit toujours par livrer les clés à n’importe qui frappe assez fort à la porte.
Dans ce rêve, la France insoumise prenait le pouvoir. Pas une victoire : une conquête. Je revoyais Saint-Denis, un an plus tôt — plus de 20 000 fidèles massés devant la basilique pour acclamer leur gourou, (Franceinfo) prêts à gober n’importe quelle promesse pourvu qu’elle soit hurlée assez fort. Puis le rêve s’est emballé, comme s’emballent les cauchemars, cinq ans avalés en quelques images. Ce n’était plus la France. C’était son cadavre, maquillé en utopie.
AN 1 — L’ÉTAT DÉPECÉ
Tout allait vite, et sans complexe. Une Constituante convoquée pour liquider l’ancien monde. Le mot « refondation » claquait partout. En vrai, c’était une curée. Le Sénat vidé de sa substance en quelques mois. Le Conseil constitutionnel sommé de plier — exactement comme la Cour suprême vénézuélienne avait plié sous Chávez. Dans les ministères, on épurait à la chaîne : les compétents dehors, les fidèles dedans. La France ne se gouvernait plus. Elle se purgeait, méthodiquement, silencieusement.
Et on charcutait la carte du pays. Dès 2026, deux députés insoumis planchaient déjà sur la suppression des régions, remplacées par des « écorégions » calquées sur les rivières (Franceinfo) — un délire technocratique que même une experte du dossier jugeait ingérable. Personne n’avait arrêté la machine. La France historique était rayée de la carte par des gens qui n’avaient jamais rien bâti de leur vie, ni un mur, ni une entreprise, ni un foyer.
Les flics, eux, trinquaient. Insultés en campagne, méprisés au pouvoir, ils manifestaient contre un ministère de l’Intérieur confié à un cadre qui n’avait jamais géré le moindre dossier régalien. Un pays qui crache sur ceux qui le protègent finit nu, seul face à ceux qui n’attendaient que ça.
AN 2 — LA RUINE ORGANISÉE
Le cauchemar continuait, implacable. Prix bloqués, retraite à 60 ans, SMIC gonflé à coups d’ordonnances : le programme s’abattait par la force, faute de majorité. Le 49.3, crime absolu la veille, devenait un outil formidable dès qu’il servait la bonne cause. L’hypocrisie, même en rêve, ne les gênait jamais.
Les marchés, eux, n’avaient aucune pitié. La France avait déjà payé cette note, en vrai, en 1981 : les nationalisations à la hussarde de Mitterrand avaient déclenché trois dévaluations du franc en dix-huit mois, avant la capitulation du tournant de la rigueur. Cette fois, personne n’avait retenu la leçon. Taux qui explosent, dette dégradée, CAC 40 qui plie bagage pour Francfort. Le pays faisait fuir son propre argent, à la pelle. Et au lieu d’admettre l’échec, le pouvoir désignait ses sorcières : « les spéculateurs », « l’oligarchie ». Le bouc émissaire, dernier refuge de ceux qui ont tout cassé et qui cherchent quelqu’un d’autre à brûler.
La « règle verte » finissait en rationnement pur et simple. Centrales fermées, coupures l’hiver, rebaptisées « effort collectif ». On leur avait confié les manettes de l’énergie. Ils avaient éteint la lumière du pays, littéralement, dans le noir et dans le froid.
AN 3 — LA CAPITULATION IDENTITAIRE
Là, le rêve virait au vrai cauchemar. Rien de surprenant pourtant : tout était écrit d’avance, en vrai, avant même que je m’endorme. Le 9 juin 2026, sur un plateau, une vice-présidente de l’Assemblée avait assumé sans ciller « On est chez nous » (Boulevard Voltaire) — crime de xénophobie hier quand il venait d’en face, slogan progressiste aujourd’hui dès qu’il sortait de sa bouche à elle. Elle était allée plus loin, réclamant que le pouvoir soit « partagé » parce que « la France d’aujourd’hui, c’est pas la France d’hier » (Boulevard Voltaire). Traduction, pour ceux qui n’auraient pas suivi : la vieille France dégage, remplacée pièce par pièce. Dans mon rêve, cette phrase était devenue doctrine d’État.
Le communautarisme n’était plus une dérive tolérée. C’était la politique officielle. Subventions à guichet ouvert, voile validé dans la fonction publique sous couvert de « liberté de conscience », laïcité vidée de sa moelle et retournée exclusivement contre les catholiques, pendant que d’autres cultes recevaient tous les égards et tous les silences complaisants. Deux poids, deux mesures, un seul mépris pour ce que le pays fut.
Dans les quartiers, l’État ne reculait plus : il capitulait en rase campagne, en costume, sans un coup de feu, avec le sourire satisfait de ceux qui appellent ça du courage. On ne combattait plus les zones de non-droit, on les « accompagnait », comme on accompagne un mourant qu’on a déjà renoncé à sauver. La Suède avait montré la voie, en vrai celle-là : plus de soixante zones classées « vulnérables » par sa propre police, faute d’avoir voulu nommer le problème à temps. Dans mon rêve, la France insoumise faisait pire, et plus vite — elle l’avait même annoncé d’avance, en théorisant sans honte le remplacement de ses propres cadres blancs, un à un, sous couvert de diversité.
AN 4 — LA JUSTICE AUX ORDRES
Les dossiers qui gênaient le pouvoir s’enlisaient comme par magie. Ceux qui visaient les opposants, requalifiés en « fascistes » à la chaîne, filaient à toute vitesse devant des tribunaux dociles. La justice n’était plus aveugle. Elle avait choisi son camp, et elle ne s’en cachait même plus, fière de sa propre partialité.
La parole libre agonisait sous les lois mémorielles et les textes anti-« haine », multipliés jusqu’à rendre toute critique migratoire juridiquement dangereuse. Les médias non alignés, Riposte Laïque en tête, vivaient sous la menace permanente : procédures, déréférencement, argent publicitaire coupé en coulisses par des plateformes devenues supplétives du pouvoir. On appelait ça de la « modération ». C’était un bâillon avec un nom plus doux, cousu par ceux-là mêmes qui hurlaient hier contre la censure.
À l’international, la France se ridiculisait : atlantisme renversé, courbettes aux régimes autoritaires pourvu qu’ils se disent « anti-impérialistes ». Le pays ne parlait plus au monde. Il monologuait, seul, pendant que le monde avait raccroché depuis longtemps, avec soulagement.
AN 5 — LE PAYS À GENOUX
Cinq ans plus tard, le constat était sans pitié. Économie à sec, emplois aidés pour maquiller un chômage qui explosait, classe moyenne écrasée entre impôts confiscatoires et pénurie organisée. La carte du pays elle-même avait disparu, redessinée en écorégions par des idéologues qui n’avaient jamais rien produit de leurs mains, sinon des slogans et des ruines. On promettait la richesse partagée. Ils avaient partagé la ruine, équitablement, pour tout le monde, y compris pour ceux qui les avaient portés au pouvoir en criant victoire.
LE RÉVEIL
Je me suis réveillé en sueur, le cœur cognant. Il m’a fallu de longues secondes pour me souvenir qu’on était encore en 2026, que rien de tout ça n’était encore arrivé. Pas encore. Mais un cauchemar ne vaut que s’il parle du réel, et celui-ci ne sortait pas du néant. Chaque brique de ce mauvais rêve reposait sur des mots et des projets déjà assumés, en vrai, avant même que je ferme les yeux. Le Venezuela l’a payé avec Chávez. La Suède le paye aujourd’hui, les yeux grands fermés. La France de 1981 en a eu l’avant-goût, trois dévaluations en dix-huit mois. Et La France insoumise, elle, a déjà posé ses jalons noir sur blanc : les écorégions, le « on est chez nous » revendiqué sans honte, le remplacement de sa propre vieille garde théorisé à voix haute.
Un système pourri ne se protège jamais contre ceux qui savent l’exploiter. Il ne les arrête pas : il les nourrit, jusqu’à ce qu’ils le dévorent entièrement. Ce cauchemar-là ne demande ni élection ni onction populaire pour devenir réel. Il ne demande qu’un système assez faible, assez lâche, assez complice pour laisser faire. Et ce système, on n’a même plus besoin d’en rêver : il est déjà là, tous les jours, sous nos yeux.
Jérôme Viguès
https://substack.com/@viguesjerome





























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