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Iran : au nom de quelle démocratie veut-on faire taire le prince Reza Pahlavi ?

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Une opinion de Marjan Abadie, psychothérapeute et cofondatrice du collectif Cyrus et de Jean-Pierre Martin, journaliste.

Le 29 octobre 2026, une trentaine de personnalités belges, responsables politiques, universitaires et représentants d'organisations de défense des droits humains, ont demandé l'annulation de son intervention à l'École royale militaire, prévue le 6 novembre.

Depuis quand le pluralisme démocratique consiste-t-il à empêcher un opposant politique de s'exprimer ? Écouter une personnalité n'équivaut ni à l'approuver ni à lui conférer un mandat. Le prince Reza Pahlavi se propose de conduire une transition vers des institutions démocratiques et des élections libres. Ses propositions méritent d'être examinées, discutées et, le cas échéant, contestées.

Mais pourquoi faudrait-il lui interdire la parole ? Au nom de qui parlent ces signataires ? N'ont-ils pas entendu les Iraniennes et les Iraniens, de toutes les générations, porter son nom dans la rue, au péril de vie ? N'est-il pas étonnant de refuser la parole au prince Reza Pahlavi mais, en revanche, de l'avoir donnée à de nombreuses reprises à Maryam Rajavi, la Présidente des Moudjahidines du peuple ?

Rappelons que cette organisation a longtemps été considérée par l'UE comme un groupe terroriste !

Une trentaine de personnalités, dont Louis Michel et Gérard Deprez, dénoncent la venue de Reza Pahlavi à l'École royale militaire

Le précédent de 1979 : n'avons-nous rien appris ?

L'enthousiasme d'une partie des intellectuels occidentaux pour la révolution iranienne de 1979 devrait pourtant nous inciter à davantage de discernement. Michel Foucault, Sartre et bien d'autres, furent fascinés par une révolution dont ils ont ignoré les dangers alors que le projet de République Islamique de l'Ayatollah Khomeyni était connu et avait été publié dès 1971, en Français. La réédition, il y a peu, des écrits de Michel Foucault témoigne de cette défaillance intellectuelle qui a légitimé l'instauration de cette République Islamique dont les conséquences sont tragiquement connues depuis quarante-sept ans.

Pourquoi certains milieux intellectuels persistent-ils à juger l'Iran au prisme de récits hérités de cette époque, sans en réexaminer les sources, les chiffres et les imbrications politiques ?

La répression sous le Shah fut réelle. Sa réalité n'interdit pas d'étudier la propagande révolutionnaire, les enjeux de la guerre froide ou les stratégies de déstabilisation. L'histoire exige des faits, non des certitudes idéologiques.

Reza Pahlavi, un "homme providentiel" peu fédérateur : qui est le fils du dernier Chah d'Iran ?

Le prince Reza Pahlavi doit-il être jugé sur son héritage familial ou sur ses engagements actuels ?

L'histoire de nombreux pays, y compris celle de la Belgique, ne nous enseigne-t-elle pas qu'un fils peut succéder à son père sans le renier mais en se démarquant de son règne ?

Devrions-nous passer sous silence les réformes éducatives, sociales et les avancées des droits des femmes, notamment leur droit de vote et d'éligibilité obtenu en 1963, l'acquisition de véritables droits civils, l'abrogation de la polygamie et l'interdiction du mariage des enfants. Évoquons aussi les droits des minorités religieuses (Juifs, Chrétiens, Zoroastriens) et l'ouverture à l'égard des homosexuels obtenus contre le puissant clergé chiite.

La Chambre n'invitera pas Reza Pahlavi,fils du dernier Shah d'Iran

Qui parle au nom des Iraniens ?

Les auteurs de ces appels affirment défendre la diversité de l'opposition iranienne. Que savent-ils des aspirations d'une population soumise à la censure, à la répression et privée d'élections libres ?

Depuis 1979, les Iraniennes et les Iraniens portent une blessure profonde : celle du silence, de l'indifférence et parfois de la complaisance face à leurs souffrances. Des manifestations de femmes contre le voile obligatoire dès mars 1979, jusqu'aux terribles massacres de janvier 2026, les Iraniens et iraniennes n'ont jamais cessé de nous montrer leur courage.

Les Iraniennes et les Iraniens ne nous demandent pas de choisir à leur place… Ils nous demandent simplement de les écouter et de les respecter.

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