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Les Innus de Matimekush-Lac John et de Uashat mak Mani-utenam préviennent Québec et Terre-Neuve-et-Labrador : aucune nouvelle entente concernant Churchill Falls ne doit se faire sans leur participation et leur consentement.
Dans un communiqué publié lundi, le Conseil de la Nation Innu Matimekush-Lac John (MLJ) et Innu Takuaikan Uashat mak Mani-utenam (ITUM) ont réagi à l’annonce d’une nouvelle entente-cadre entre les deux provinces sur l’exploitation hydroélectrique du fleuve Churchill.
Les gouvernements du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador prévoient notamment accroître considérablement la production d’électricité à Churchill Falls. Le projet, qui pourrait représenter des investissements de l’ordre de 60 milliards de dollars de la part d’Hydro-Québec et de Newfoundland and Labrador Hydro, doit aussi permettre au Québec d’avoir accès à environ 10 000 mégawatts (MW) d’électricité, contre environ 7200 MW prévus dans l’entente précédente.
À terme, l’ensemble des nouveaux projets envisagés pourrait porter la capacité de production à quelque 14 000 MW. Les plans comprennent notamment l’augmentation de la capacité des installations de Churchill Falls, le développement d’une centrale à Gull Island, un projet éolien ainsi que la construction d’un nouveau barrage sur la rivière Churchill.

Pako Vachon, chef de Matimekush-Lac John. (Photo d'archives)
Photo : Facebook/Mamu Pakatatau-Équipe Pako
Pour les Innus, toutefois, ces développements ne peuvent être envisagés sans tenir compte de leurs droits territoriaux.
Toute entente concernant des projets sur notre territoire, le Nitassinan, nécessite notre participation et notre consentement, affirme le chef de Matimekush-Lac John, Pako Vachon. Il estime que les erreurs du passé ne doivent pas se répéter et réclame la reconnaissance et le respect des droits ancestraux et du titre innu sur le territoire.
Le chef d’ITUM, Jonathan Shetush, rappelle pour sa part que les Innus contestent devant les tribunaux les projets de développement réalisés dans le Nitassinan. Selon lui, cette position s’applique également à tout agrandissement du complexe de Churchill Falls ainsi qu’au renouvellement du contrat d’achat d’électricité provenant de la centrale.
Un projet qui remonte à 1969
La centrale de Churchill Falls est au cœur des relations énergétiques entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador depuis des décennies. Hydro-Québec et Newfoundland and Labrador Hydro en sont copropriétaires en vertu d’un contrat conclu en 1969, lequel doit expirer en 2041.
Les deux provinces cherchent depuis plusieurs années à redéfinir le partage de l’électricité produite sur le fleuve Churchill et à prévoir une augmentation de la capacité de production. Une première entente-cadre avait été annoncée en 2024.
La nouvelle entente doit notamment donner accès au Québec à une quantité accrue d’électricité à un prix moyen annoncé de 6,2 cents le kilowattheure. Terre-Neuve-et-Labrador devrait également bénéficier d’une quantité d’électricité plus importante que prévu dans l’entente précédente.
Le gouvernement du Québec présente ce développement comme un élément majeur de sa sécurité énergétique pour les prochaines décennies. Le gouvernement fédéral prévoit lui aussi participer au financement du vaste chantier, pour une contribution annoncée d’environ 10 milliards de dollars.
Le premier ministre canadien, Mark Carney, a qualifié le projet de plus important investissement dans l’énergie propre de l’histoire de l’Amérique du Nord. La première ministre du Québec, Christine Fréchette, l’a comparé à un projet de l’envergure de la Baie-James.

Jonathan Shetush, chef de la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Renaud Chicoine-Mckenzie
Un litige toujours devant les tribunaux
MLJ et ITUM soutiennent que le complexe de Churchill Falls a été construit et est exploité sans leur consentement sur leur territoire traditionnel, le Nitassinan.
Les deux nations innues poursuivent actuellement Hydro-Québec et Churchill Falls (Labrador) Corporation Limited devant la Cour supérieure du Québec.
Pour MLJ et ITUM, cette bataille judiciaire demeure donc directement liée à l’avenir de Churchill Falls. Les deux nations préviennent que tout ajout au projet ou toute nouvelle entente portant sur son exploitation doit, selon elles, être conclu avec leur participation et leur consentement.


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