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« Chers inconnus, arrêtez de parler à ma fille ou de la toucher parce que vous la trouvez mignonne… »

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Aymeric O., Parisien de 38 ans, est irrité par les interactions intrusives de certains passants avec sa fille de 2 ans et demi, et explique pourquoi.

« Chers inconnus, arrêtez de parler à ma fille ou de la toucher parce que vous la trouvez mignonne… »

Johner Images / Getty Images/Johner RF

« Chers inconnus, arrêtez de parler à ma fille ou de la toucher parce que vous la trouvez mignonne… »

Les commentaires sur l’apparence de ma fille, c’est un sujet qui me hérisse le poil depuis son arrivée il y a deux ans et demi. Dès qu’on est dans la rue avec un bébé, il y a des remarques en permanence. Parfois c’est très sympa mais, au fur et à mesure, ça devient de plus en plus irritant.

J’ai remarqué dans notre cas que ces réflexions viennent presque systématiquement de femmes, avec une liberté de ton souvent assez déstabilisante, même si, à la base, il y a toujours de bonnes intentions et l’envie de faire plaisir. La première approche est toujours la même et commence par la question du genre de l’enfant : « C’est un garçon ou une fille ? » Quand ma fille – qui a les cheveux courts – porte un jean, les gens pensent tout de suite que c’est un garçon.

Ça révèle une certaine obsession. Lorsqu’une fille ne porte pas des couettes ou une robe de princesse, certains se sentent autorisés à interroger de parfaits inconnus sur son genre. C’est quasi systématique : à chaque sortie ou presque, il y a quelqu’un qui se permet de poser la question. Le ferait-on pour un adulte ?

« Une forme de réification »

Ensuite, il y a beaucoup de réflexions du type : « Elle est sage », « elle est bien élevée »… Au-delà de l’aspect genré, puisque le calme est généralement vu comme une vertu « féminine », ces remarques m’évoquent une forme de réification : si l’enfant ne bouge pas trop, ne remue pas trop, c’est très bien. Il ne faut surtout pas qu’elle perturbe le monde des adultes, sinon c’est les regards noirs, ça souffle, ça rouspète…

Les commentaires sur son physique m’ont toujours paru très étranges. « Elle est mignonne », « qu’est-ce qu’elle est jolie » Si ma fille n’était pas belle, vous arrêteriez-vous également pour dire qu’elle n’est pas terrible ?

Lorsqu’elle était bébé, les gens n’hésitaient pas à la toucher. Dans la rue, le métro, le bus, des inconnus venaient parfois lui caresser la joue, les cheveux, lui faire des chatouilles sur le ventre, lui attraper un pied, une main.

Encore une fois, c’est quelque chose qu’on ne ferait pas à des adultes qu’on ne connaît pas. Vous imaginez ? Toucher le visage ou faire des chatouilles à votre voisin dans une file d’attente parce que vous le trouvez mignon, c’est quand même prendre de sacrés risques, la gifle ne serait pas loin. Mais les très jeunes enfants, c’est possible…

« Les inconnus ignorent totalement les parents »

Je me souviens d’un épisode en particulier. J’étais donc dans le métro avec ma fille. À côté, deux dames d’un certain âge ont attrapé la poussette pour la tourner vers elles. Puis, elles ont carrément ouvert le pare-soleil et ont commencé à se pencher pour la voir et l’attraper.

Je les ai arrêtées de façon assez sèche. « On voulait juste la voir parce qu’elle est mignonne. » Qu’en savaient-elles ? La simple présence d’une poussette veut dire qu’un beau bébé est là, prêt à être admiré ? Mais j’avais surtout peur qu’elles ne provoquent du stress pour une enfant en bas âge en approchant leurs visages inconnus à quelques centimètres d’elle.

Ce qui me fatigue également, c’est que, bien souvent, ces personnes ignorent totalement les parents. Je suis à côté, mon mari aussi, mais les gens vont s’adresser directement à notre enfant, sans passer par nous. C’est incompréhensible. Et il y a quelque chose de très contradictoire là-dedans. On n’arrête pas de répéter aux plus jeunes qu’il ne faut pas parler aux étrangers, alors pourquoi ces derniers insistent-ils pour leur parler directement ?

« Je ne suis pas contre les compliments »

Je ne suis pas contre les compliments et les interactions attentionnées. Mais pour que cela fasse plaisir, il faut que la personne passe d’abord par le parent, qui va sécuriser la relation et rassurer l’enfant en quelque sorte. « Oui, les adultes se parlent, donc tu peux lui parler aussi ».

Les compliments sur une compétence, et non pas seulement sur le physique (« tu es jolie ») sont nettement plus agréables, d’ailleurs. Si ma fille fait du vélo ou de la trottinette dans la rue et que la réaction est « oh tu débrouilles très bien », je suis ravi. Je trouve ça très gentil et j’apprécie beaucoup. Et ma fille se sent valorisée, plus grande, plus capable, plus motivée. Elle va m’en reparler avec fierté. Être considérée comme « belle », ça n’apporte pas grand-chose. Or, en général, les gens se limitent à ces petits clins d’œil sur les seules apparences.

Enfin, on parle beaucoup de la notion de consentement ces dernières années, et on essaie de l’apprendre de plus en plus aux enfants en fonction de leur âge. Mais pourquoi, si on apprend aux enfants qu’il n’est pas normal d’être touché sans son accord, les adultes continuent-ils d’être intrusifs avec eux ?

Et, de manière plus large, ces intrusions m’interrogent sur notre rapport aux plus vulnérables. Je trouve que beaucoup s’autorisent avec les plus jeunes des choses qu’elles ne feraient pas avec des adultes en bonne santé.

« Je vais passer à la méthode éducative »

J’ai rarement eu des échanges virulents avec des inconnus car, la plupart du temps, c’est la sidération qui domine. On sourit et on passe notre chemin rapidement et on refait le combat après en se disant qu’on aurait dû stopper les choses. Il y a une petite forme de culpabilité vis-à-vis de l’enfant… mais on n’a pas envie de passer pour le grincheux auprès du passant. Sauf qu’on doit bien plus à son enfant qu’à la dame de l’arrêt de bus.

Il m’est toutefois arrivé de répondre. Dans ce cas, les personnes le prennent souvent mal et se victimisent. Les parents passent pour les méchants. « C’était juste un compliment, ça va… »

Or les gens n’ont pas un droit inaliénable au commentaire sur autrui, même s’ils sont positifs et gentils. Des commentaires sur le physique, sur le poids, la morphologie. C’est déjà compliqué pour les adultes, et ça peut être le début d’un truc très perturbant pour les enfants.

Désormais, je pense que je vais passer à la méthode éducative. Dire aux inconnus que ce qu’ils font est très désagréable et, moi aussi, leur toucher la joue, la main…, commenter leur physique ou leur tenue. Renvoyer exactement leur énergie, faire preuve de la même audace. Et, quand ils me regarderont avec leurs grands yeux en me trouvant très malpoli, leur dire : « Vous voyez ? Pourtant, vous faites la même chose à un enfant qui ne peut pas répondre ou se défendre ! »

Ce témoignage a été recueilli et édité par Clément Giuliano. Vous avez une histoire à raconter ? Écrivez-nous à l’adresse : [email protected]

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