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Ces seniors qui s’attaquent à l’IA : “J’ai envie de surmonter ma méfiance”

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Attablés dans les locaux de l'ASBL namuroise Interface 3, une dizaine de seniors font défiler des vidéos de chats mignons et de chiens maladroits sur leur tablette. "J'ai l'impression de perdre mon temps", entend-on. "Moi j'adore, je trouve ça rigolo", rétorque une autre participante, qui se voit imposer, au fil des vidéos, exclusivement des vidéos de chiens. "C'est un peu le jeu de savoir si vous êtes plutôt 'team chien' ou 'team chat'. Au fil du temps et en fonction de vos interactions avec le contenu, l'algorithme ne vous impose que des vidéos que vous êtes susceptible d'apprécier", explique Thomas, animateur au sein de l'ASBL.

Son atelier participatif s'étale sur plusieurs semaines, et veut aider les plus de 55 ans à comprendre les coulisses des médias sociaux, de l'intelligence artificielle (IA) et "déjouer les pièges des algorithmes". Le succès est tel que ce projet porté par le Conseil supérieur de l'éducation aux médias (Csem) a été complet en moins de 24 heures.

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La formation a expliqué le principe d'un algorithme par l'exemple.La formation a expliqué le principe d'un algorithme par l'exemple. ©M.D.
Numérique et vieillissement : un défi majeur

La peur de l'inconnu

"Le groupe qu'on a encadré la semaine dernière est venu avec de vraies peurs et appréhensions face à l'intelligence artificielle", se souvient Johanna, collègue de Thomas. Leur mission a donc été d'informer les seniors sur cette nouvelle technologie qui prend de plus en plus d'ampleur. "On est là pour répondre à leurs questions, et aussi tenter d'éviter qu'un fossé ne se creuse entre les générations. Avec l'essor de l'IA, notamment, certains se sentent largués", observe Thomas. Pour mener à bien leur objectif, tous les moyens ludiques sont bons.

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Le groupe est à présent invité à identifier une série de réseaux sociaux d'après leur logo, avant d'explorer les usages qui leur sont propres. WhatsApp, Youtube et Facebook sont élus comme étant les plus populaires auprès de ces aînés connectés. Snapchat et Twitch, quant à eux, suscitent l'étonnement. "Snapchat ? Aucune idée de ce que c'est", lance Marie-Anne, septuagénaire. "Je pense que mes petits-enfants l'utilisent", lui répond une autre participante. Car on peut le constater à travers ce groupe, l'initiation aux usages du numérique se fait beaucoup par l'expérience de l'entourage. Un enfant qui utilise l'intelligence artificielle pour son travail ou un petit-enfant qui surfe sur TikTok permet de découvrir une technologie inconnue. "Finalement, on parvient à appréhender ce qui se passe sur nos téléphones", estime l'un des participants du jour.

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Détecter les "pièges"

Un autre exercice, plus compliqué, est celui de détecter les images créées à l'aide de l'intelligence artificielle, les deepfakes. "Ce n'est pas simple. Mais c'est nécessaire de sensibiliser le public à ce genre de sujets, afin d'éviter également qu'il ne soit victime d'arnaques", complète Thomas.

"Ma principale motivation à participer à cet atelier est d'y voir un peu plus clair sur l'IA, de pouvoir m'en servir sans être piégée. Je pense qu'il faut être prudent, et pour cela, il faut acquérir certaines connaissances", admet Marie-Anne. "Pour l'instant, je suis méfiante. Je n'ai pas trop envie d'utiliser l'IA. Et j'ai envie de surmonter cela", insiste Martine, installée aux côtés de Marie-Anne.

Martine (à gauche) et Marie-Anne (au centre) utilisent quotidiennement l'application WhatsApp.Martine (à gauche) et Marie-Anne (au centre) utilisent quotidiennement l'application WhatsApp. ©M.D.

Ce saut dans le vide, vers l'inconnu, n'est pas simple à réaliser pour tout le monde. "Ma mère – qui a 92 ans -, est complètement déconnectée. Ça a commencé pendant le Covid, où il fallait utiliser des plateformes numériques pour prendre des rendez-vous. Mais elle ne voulait utiliser que le téléphone. Alors, elle m'a demandé de l'aide. Depuis, elle refuse d'utiliser ces technologies", explique Martine.

"J'en connais aussi qui, au départ, ont peur du changement et refusent de s'impliquer dans ces technologies. Et puis, avec le temps, ils n'ont plus d'autre choix que de rester à l'écart car ils sont complètement largués. Ce n'est même plus la peine d'essayer", complète Marie-Anne.

Thomas et Johanna, eux, comptent bien continuer à convaincre les seniors de s'intéresser à cet univers numérique. Une série de nouvelles formations seront dès lors proposées dès juin prochain, pour permettre à d'autres personnes de faire le grand saut.

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