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Quel est le point commun entre l'île d'Okinawa au Japon, l'île de Crête et celle d'Ikaria en Grèce et la péninsule de Nicoya au Costa Rica ? Ce sont toutes des « zones bleues » ou blue zones, des régions du monde où la longévité des habitants est très nettement au-dessus de la moyenne.
Vivre plus longtemps et en meilleure santé, vraiment ?
Le terme « blue zone » est apparu en 2000 quand deux scientifiques ont remarqué que la province de Nuoro en Sardaigne présentait un nombre exceptionnellement élevé de personnes de plus de 90 ans et de centenaires, qui plus est en excellente santé. C'est à la suite de cette découverte, grâce à un projet soutenu par le National Geographic, que les cinq blue zones ont pu être identifées.
Durant près de 20 ans, des scientifiques de tous les pays ont cherché à percer le secret de l'exceptionnelle longévité des habitants de ces régions. De nombreuses données ont ainsi pu être récoltées, prouvant que des facteurs génétiques, mais surtout un mode de vie bien particulier (activité physique modérée, mais constante, consommation de petites quantités de vin, alimentation riche en végétaux, vie en extérieur, relations sociales riches...) étaient probablement en jeu dans ces « anomalies » démographiques étonnantes.
Mais ces dernières années, plusieurs scientifiques ont mis en doute l'existence de ces blue zones. Leur questionnement : et si le nombre exceptionnel de centenaires était artificiellement gonflé en raison d'un manque de fiabilité des systèmes d'état civil, d'un plus grand nombre de fraudes à la retraite ainsi que d'erreurs de registres plus fréquentes ?
Une étude pour vérifier l’âge des habitants
Pour essayer d'y voir clair, le biologiste américain Steven Austad, directeur scientifique de l'American Federation for Aging Research, et le spécialiste italien des blue zones Giovanni Mario Pes ont repris les données des études sur la longévité en utilisant cette fois les méthodes modernes développées par les démographes gérontologues.
Le principe : recouper plusieurs sources documentaires indépendantes pour minimiser ou éliminer les différents types d'erreurs (liées à la fraude, au recueil, à la mauvaise mémoire, aux changements d'identité, en particulier entre frères et sœurs homonymes). Il s'agissait par exemple de recouper les archives civiles et ecclésiastiques et de reconstituer les généalogies familiales afin d'exclure toute erreur ou confusion d'identité.
« Nous pensons que la validation des zones bleues est importante, car il y a des leçons précieuses à tirer et de l'inspiration à puiser dans les modes de vie qui favorisent une vie longue et saine, expliquent les deux chercheurs. Documenter la disparition des zones bleues peut être tout aussi instructif sur les facteurs liés au mode de vie associés à une santé moins bonne chez les personnes âgées. »
« Blue zones » validées, mais l’évolution des modes de vie change la donne
Leurs résultats, publiés dans The Gerontologist, confirment que deux zones géographiques sont bien des zones bleues.
- La Sardaigne : dans six villages de la partie centre est de l'île, une région appelée Ogliastra, le pourcentage de centenaires parmi les personnes nées entre 1880 et 1900 est bien environ cinq fois plus élevé que dans le reste de l'Europe et trois fois plus élevé que dans l'ensemble de la Sardaigne. Cette proportion n'a fait qu'augmenter depuis l'analyse initiale. Il semble que les hommes soient autant concernés que les femmes, alors qu'à l'échelle mondiale, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à atteindre 100 ans ;
- Ikaria en Grèce : cette île de la mer Égée qui compte 8 000 habitants a été identifiée comme zone bleue en 2009. Les chercheurs montrent qu'il y a bien un nombre inhabituellement élevé de nonagénaires et que le pourcentage de résidents âgés de 90 ans ou plus est trois fois supérieur à la moyenne nationale.
En revanche, les auteurs notent que deux autres sites, qui répondaient autrefois aux critères, ne peuvent plus être classés comme tels :
- Okinawa : en 1976, cette île présentait bien un pourcentage de centenaires sept fois supérieur à celui du reste du pays, et en 1999 elle comptait les personnes les plus âgées du monde. Mais il apparaît que seules les cohortes nées avant 1940 ont bénéficié d'un mode de vie protecteur. Ainsi, les guerres et l'occidentalisation des modes de vie semblent avoir érodé la santé des habitants. En 2006, par exemple, le taux de centenaires était tombé à environ deux fois celui du reste du Japon ;
- Nicoya : quand elle a été identifiée, de nombreux hommes nés avant 1930 avaient vécu jusqu'à 100 ans. Mais il apparaît que ceux qui sont nés plus tard avaient moins de chances d'atteindre cet âge, pour des raisons que les deux chercheurs ne sont pas parvenus à identifier clairement.
Quoi qu'il en soit, l'étude montre que le caractère commun à ces quatre zones bleues est l'isolement. La Sardaigne, Ikaria et Okinawa occupent des îles entières ou de grandes parties d'îles, tandis que Nicoya se trouve sur une péninsule qui, jusqu'à récemment, était difficile d'accès. Ceci aurait permis à chaque région de développer son propre dialecte, ainsi qu'une singularité culturelle et génétique potentielle.
Selon eux, d'autres régions, notamment en Chine, aux Pays-Bas et en Martinique, pourraient également être de nouvelles candidates pour être des zones bleues. D'autres études doivent encore être menées pour valider qu'elles le sont bien. Nouveaux rebondissements en vue, donc !


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