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Ces peintures rupestres vieilles de milliers d’années révèlent comment les San entraient en transe en dansant

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Peuple de chasseurs-cueilleurs d'Afrique australe, les San comptent parmi les artistes rupestres les plus prolifiques au monde, avec des milliers de peintures réparties sur de nombreux sites. Si certaines de ces œuvres remontent à des dizaines de milliers d'années, la majorité des ensembles les mieux conservés date des 5 000 dernières années.

Beaucoup de ces scènes représentent des individus en train de danser. Pour la chercheuse Margarita Díaz-Andreu (ICREA), auteure d'une nouvelle étude publiée dans la revue Telestes, ces images constituent une source rare pour comprendre des pratiques qui ne laissent presque aucune trace matérielle.

« La danse est une activité corporelle et intangible, difficile à reconstituer archéologiquement », explique-t-elle. L'art rupestre devient alors un moyen privilégié d'explorer des traditions anciennes, musicales et rituelles, autrement invisibles.

Transe, guérison et rites de passage

L'analyse révèle que les danses de transe sont les plus fréquemment représentées. Ces rituels, pouvant durer plusieurs heures, semblent parfois conduire les danseurs à des états de conscience modifiés.

Certaines peintures, comme celles de Witsieshoek, montrent des figures dotées de têtes ou de queues animales, évoquant une transformation chamanique. D'autres, observées à Halstone, Fetcan Glen ou Fetcan Bend dans la province du Cap-Oriental, figurent des danseurs s'effondrant ou saignant du nez, des signes interprétés comme des manifestations de transe.

Les œuvres livrent aussi des indices sur l'accompagnement musical de ces cérémonies, avec la présence de hochets ou d'archets. Mais les San ne pratiquaient pas uniquement ces danses extatiques. De nombreux panneaux illustrent également les « danses de l'élan », associées aux rites d'initiation féminins, au cours desquels les jeunes filles imitaient les mouvements de cet animal sacré.

Cette reproduction de peintures rupestres des San illustre des danses de l’élan, liées aux rites d’initiation féminins, accompagnées d’instruments. © Adapté de Stow et Bleek, 1930 - Margarita Díaz-Andreu

Pour Margarita Díaz-Andreu, ces représentations montrent à quel point la danse occupait une place centrale dans la vie collective, qu'il s'agisse de guérison, d'initiation ou de rassemblements communautaires. Elles offrent aussi « un aperçu précieux de la manière dont ces sociétés concevaient le corps, la spiritualité et l'identité collective ».

Un héritage fragile

Certaines de ces pratiques ont perduré jusqu'aux années 1970. Mais, avec la colonisation et les bouleversements sociaux, leurs chorégraphies, leurs contextes et leurs significations rituelles se sont en grande partie transformés ou perdus. L'art rupestre ancien apparaît ainsi comme un témoignage irremplaçable de traditions musicales et spirituelles aujourd'hui disparues.

Cette étude rappelle que ces silhouettes figées dans la pierre ne sont pas de simples décorations du passé. Elles portent la mémoire de communautés entières et révèlent comment, bien avant l'histoire écrite, la danse permettait déjà de franchir les frontières ordinaires de la conscience.

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