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Ces deux partis vont-ils bénéficier du chaos en France? Derrière les accusations politiques, l'enquête montre une réalité plus nuancée

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Des vitrines brisées, des commerces pillés, des bâtiments publics attaqués. Quatre jours après les violences survenues en marge des manifestations lycéennes et contre la vie chère, des couvre-feux ont été instaurés dans les quartiers de plusieurs villes, dont Marseille ce mardi 20 octobre. Une autre bataille s'engage désormais, cette fois politique, chaque camp cherchant à tirer parti du chaos. Jean-Luc Mélenchon mise depuis longtemps sur la conflictualité politique pour mobiliser ses troupes. Marine Le Pen et Jordan Bardella, eux, espèrent capitaliser sur la demande d'ordre pour élargir leur électorat.

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LFI, le pari risqué de la conflictualité

Emmanuel Macron a désigné, dans son allocution du 18 octobre, "des groupuscules d'ultragauche" parmi les auteurs des violences. À droite comme au centre, les critiques ont rapidement visé La France insoumise, accusée d'avoir soufflé sur les braises. "La responsabilité politique de LFI dans ces violences est considérable", a dénoncé Édouard Philippe sur BFM TV. L'eurodéputé LR François-Xavier Bellamy est allé jusqu'à réclamer, dimanche sur CNews, la dissolution de LFI.

Jean-Luc Mélenchon rétorque avoir "toujours appelé à la non-violence". "Ceux qui partagent notre combat n'ont rien à faire dans le pillage, le saccage", a-t-il déclaré dès samedi soir. Pour Jean-Yves Camus, chercheur associé à l'IRIS et directeur de l'Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean Jaurès, "la position officielle de Jean-Luc Mélenchon est claire : il refuse toute violence et privilégie les manifestations classiques, estimant que les débordements "nuisent à la cause". C'est le minimum que l'on puisse attendre d'un chef de parti. En revanche, certains élus locaux ou députés de son parti entretiennent davantage de flou sur les limites à ne pas franchir et les violences qu'ils jugent acceptables". Une différence de discours qui nourrit les accusations d'ambiguïté visant les insoumis.

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Lundi, Sébastien Lecornu a même accusé le "mouvement de l'ultragauche" de vouloir "organiser un désordre […] profond dans le pays jusqu'à l'élection présidentielle". Jean-Luc Mélenchon a aussitôt sommé le Premier ministre, sur X, de "prouver son accusation". Il a ensuite appelé ses militants "à la vigilance, la prudence et la retenue".

Mais les premiers éléments de l'enquête dessinent une réalité plus nuancée que ne le suggèrent les accusations politiques. Certaines sources policières mettent en cause des militants d'ultragauche, sans qu'un lien avec LFI ait été établi. À Limoges, un homme de 34 ans, fiché S pour son appartenance à cette mouvance, a été interpellé dans l'enquête sur l'incendie de la mairie. Des pillages auraient également attiré des jeunes de banlieue mobilisés par les réseaux sociaux. Lundi, la procureure de Paris a toutefois indiqué, à propos d'un profil "ultragauche" des casseurs dans les dossiers qu'elle suit : "Ce n'est absolument pas ce que je peux confirmer en l'état de mes informations". Cela ne permet pas d'imputer directement ces violences à LFI.

Reste la stratégie électorale de Jean-Luc Mélenchon. "Il mise sur une mobilisation massive dans les urnes de la jeunesse qui, pour une large part, n'est pas encore inscrite sur les listes électorales ou ne se déplace pas pour voter, estime Jean-Yves Camus. Il considère qu'il existe là un immense réservoir électoral." Mais le calcul est risqué : si la conflictualité galvanise les sympathisants les plus contestataires, les scènes de violence peuvent aussi rebuter ceux qui aspirent au calme, notamment au sein de la gauche modérée. Mélenchon pourrait mobiliser les siens sans convaincre au-delà.

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Le RN veut capitaliser sur la demande d'ordre

Le Rassemblement national, lui, n'a pas perdu une minute pour occuper le terrain. Dès dimanche, "Marine Le Pen et Jordan Bardella ont remis en scène leur tandem, un temps fragilisé, poursuit Jean-Yves Camus. Marine Le Pen a fait une déclaration quasiment présidentielle dans le style et le contenu. Et Jordan Bardella s'est montré plus martial, ferme et tranchant, comme un futur Premier ministre. Au passage, ces événements permettent de reléguer au second plan les polémiques sur l'antisémitisme qui le visent." Chacun dans son registre : Marine Le Pen se pose en recours, Jordan Bardella hausse le ton.

La récupération des événements ne s'est pas limitée aux discours. À Lyon, des militants d'ultradroite se sont invités lundi soir à un rassemblement de soutien aux commerçants et aux forces de l'ordre.

Mélenchon, l'incendiaire

Reste à savoir si le RN parviendra à transformer cette crise en voix. "Certes, l'élection est encore loin. Mais si des manifestations sporadiques, émaillées de violences, se poursuivent tout au long de la campagne, elles pourraient susciter chez de nombreux électeurs un réflexe d'ordre et de sécurité favorable au Rassemblement national. Y compris chez certains électeurs des Républicains, déboussolés par les 7 % d'intentions de vote prêtés à Bruno Retailleau", analyse Jean-Yves Camus.

Raphaël Glucksmann a déjà exprimé sa crainte de voir Marine Le Pen devenir "la bénéficiaire du chaos", Jean-Luc Mélenchon lui servant de "marchepied". Une mise en garde qui s'inscrit aussi dans la bataille que livre le candidat social-démocrate pour s'imposer à gauche. Mais si la colère et la peur du désordre peuvent mobiliser, elles ne suffisent pas nécessairement à conquérir l'Élysée. Encore faut-il donner aux Français une raison d'espérer.

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