Un yaourt dont la date est dépassée de deux jours n’est pas forcément immangeable. Contrairement à ce que beaucoup de foyers français croient, la mention inscrite sur l’emballage n’est pas toujours une date de péremption au sens strict. Il existe en réalité deux logiques bien différentes, et confondre les deux pousse chaque année des tonnes de nourriture encore parfaitement bonne directement à la poubelle.
D’un côté, la date limite de consommation, la fameuse DLC, signalée par la mention « à consommer jusqu’au ». Elle indique une limite impérative, signifiée par la mention « à consommer jusqu’au », suivie du jour, du mois et de l’année. Elle concerne majoritairement les produits préemballés à conserver au frais : la viande, le poisson, la charcuterie et certains produits laitiers comme les yaourts. Passé ce cap, place à un vrai risque sanitaire, lié à la prolifération de bactéries comme la Listeria ou la Salmonelle.
De l’autre côté, la date de durabilité minimale, la DDM, qui répond à une logique totalement différente. Elle s’applique à des produits de plus longue conservation, présentant une faible teneur en eau ou stérilisés. Dépasser la date ne présente donc aucun danger. Les produits pourront juste avoir perdu quelques qualités gustatives. Un paquet de pâtes, une boîte de conserve, un café : leur date passée signale une perte de saveur, pas un danger pour la santé. C’est précisément là que le bât blesse, quand les consommateurs traitent une simple indication de qualité comme une alerte sanitaire.
À retenir
- Deux dates complètement différentes se cachent derrière vos étiquettes — et vous les confondez probablement
- 10% du gaspillage alimentaire français provient d’une mauvaise lecture des dates
- La loi française vient de changer pour autoriser les fabricants à rassurer les consommateurs trop prudents
Sommaire
- Une confusion qui remplit les poubelles françaises
- Pourquoi tant de monde se trompe encore
- Ce que dit vraiment la loi, et ce que les enseignes ont le droit de faire
Une confusion qui remplit les poubelles françaises
Le chiffre donne le vertige. En 2023, 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires ont été produits en France, soit 142 kg par personne. Parmi ces déchets, 5,9 millions de tonnes ne sont pas comestibles (os, épluchures…) et sont assimilés à du gaspillage alimentaire. Une bonne partie du reste, donc, aurait pu finir dans une assiette plutôt qu’au fond d’un sac poubelle.
La Commission européenne a chiffré précisément le poids de cette confusion sémantique. D’après la Commission européenne, jusqu’à 10% du gaspillage alimentaire serait lié à une mauvaise compréhension des dates de consommation qui sont indiquées sur les emballages. Dix pour cent, ça paraît peu. Rapporté aux millions de tonnes jetées chaque année sur le territoire, ça représente des centaines de milliers de tonnes de nourriture consommable qui finissent au compost ou à l’incinérateur pour une simple mauvaise lecture d’étiquette.
Le coût financier suit la même courbe ascendante. Le coût du gaspillage alimentaire en France est estimé à 16 milliards d’euros par an, soit environ 240 € par habitant. Ramené à l’échelle d’un foyer, la note grimpe vite : pour une famille de 4 personnes, cela représente près de 1 000 € de nourriture jetée chaque année. De quoi financer plusieurs semaines de courses avec un peu plus de vigilance sur les dates.
Pourquoi tant de monde se trompe encore
Le problème vient en partie du vocabulaire lui-même. Longtemps, la DDM s’appelait DLUO, la date limite d’utilisation optimale, un terme qui prêtait à confusion avec la DLC à cause du mot « limite ». Ce terme remplace la mention « date limite d’utilisation optimale » (DLUO) depuis la mise en application du Règlement européen n°1169/2011 à propos de l’information du consommateur sur les denrées alimentaires. Le changement de nom, en 2014, visait justement à clarifier les choses. Un demi-succès, visiblement, tant les deux notions continuent de se mélanger dans les esprits.
Autre facteur aggravant : la précision de la DDM varie selon la durée de conservation du produit, ce qui ne facilite pas la lecture. Elle est fixée en fonction de la durabilité du produit : « à consommer de préférence avant… » suivi du jour et du mois pour un produit dont la durabilité est inférieure à trois mois, suivi du mois et de l’année pour un produit dont la durabilité est comprise entre trois et 18 mois, suivi de l’année pour un produit dont la durabilité est supérieure à 18 mois. Résultat, sur un rayon de supermarché, on trouve des dates au jour près, d’autres au mois près, d’autres encore juste à l’année. Un vrai casse-tête pour l’œil pressé qui fait ses courses entre deux rendez-vous.
Ce que dit vraiment la loi, et ce que les enseignes ont le droit de faire
Sur les produits à DLC, la réglementation ne laisse aucune marge de manœuvre aux vendeurs. Il est interdit de proposer un produit à la vente le lendemain de la DLC. Le vendeur des produits périmés risque une amende de 1 500 € par produit périmé proposé à la vente. Une règle stricte, logique quand la santé est en jeu.
Pour la DDM en revanche, la loi a justement évolué pour limiter le gaspillage inutile. Le décret n° 2022-1440 du 17 novembre 2022 permet aux opérateurs de compléter la mention « à consommer de préférence avant le » sur les emballages des denrées alimentaires fabriquées et commercialisées en France. Concrètement, certains industriels peuvent désormais ajouter une phrase du type « ce produit peut être consommé après cette date », histoire de rassurer le consommateur méfiant qui hésite devant son placard. Une petite ligne de texte, mais un vrai levier contre les réflexes de prudence excessive qui font finir tant de paquets de biscuits ou de conserves à la poubelle alors qu’ils étaient encore tout à fait bons.
La France s’est d’ailleurs fixé des objectifs ambitieux sur le sujet. La France s’est par ailleurs dotée d’un objectif global de réduction du gaspillage alimentaire de 50 % entre 2015 et 2025 dans les domaines de la distribution alimentaire et de la restauration collective, et de 50 % entre 2015 et 2030 dans les domaines de la consommation, de la production, de la transformation et de la restauration commerciale. Un cap ambitieux, mais qui dépend largement d’un geste simple, presque anodin : regarder deux fois l’étiquette avant de jeter, et se demander si on tient vraiment une DLC ou juste une DDM. La prochaine fois qu’un paquet de riz ou une boîte de conserve traîne au fond du placard avec une date dépassée depuis quelques semaines, l’odorat et la texture restent souvent de meilleurs juges que le chiffre imprimé sur l’emballage.
Sources : economie.gouv.fr | service-public.gouv.fr


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