«On s’est lancés tête baissée.» Eté 1991, deux jeunes Lausannois vident leur compte d’épargne pour imprimer 10 000 exemplaires d’un fanzine mélomane baptisé «Vibrations». La première s’appelle Elisabeth Stoudmann; pour toute expérience d’édition, elle tient une rubrique agenda dans le magazine L’Hebdo. Le deuxième, Pierre-Jean Crittin; il vend des disques en ville et se verrait bien en Citizen Kane du journalisme culturel. Ils sont sûrs d’écouler en moins de deux leur trésor, à la criée, dans les festivals de l’été. Ils en fourguent péniblement 500. Quatre palettes de cette relique, où figure en couverture la tête dessinée du musicien anglais Galliano, reposeront des années dans le garage du père de Pierre-Jean. Le début d’une épopée.
Trente-cinq ans plus tard, Stoudmann pilote une sorte de retour sur soi prospectif. Une exposition au centre d’art contemporain Circuit à Lausanne; mais aussi, dans les rues de la ville, des concerts d’artistes qui disent bien le panoptique de Vibrations, des œuvres plastiques, une installation sonore, plein d’étudiants de l’ECAL/Ecole cantonale d’art de Lausanne mis à contribution même s’ils étaient à peine nés quand le magazine s’est éteint en 2013. «Je ne voulais pas d’une autocélébration nostalgique. Il s’agissait plutôt, à travers cette aventure éditoriale, de questionner notre époque.» L’idée remonte à 2021 quand la journaliste indépendante, notamment pour Le Temps, visite à Arles l’exposition consacrée à Jazz Magazine, revue française née dans les années 1950: «Il y avait toutes ces magnifiques photos en noir et blanc. Et je me suis dit: «Nous aussi, on a du matos!»


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