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Le château de Saussens a enfin trouvé preneur, 14 ans après sa mise en vente sur le marché immobilier. L’agence Empeiria nous explique le projet qui redonnera vie à ce lieu.
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Par Mariane RIAUTE Publié le 21 juin 2026 à 1h57
Le château de Saussens ne sera finalement pas abandonné à son sort. Après 14 années passées sur le marché de l’immobilier sans trouver preneur, cette imposante bâtisse du Lauragais, cible de pillages et d’intrusions, vient d’entamer une nouvelle vie. Derrière ses fenêtres béantes et ses portes murées se cache une histoire méconnue : celle d’un ancien domaine dédié au commerce de peaux de moutons devenu au fil des siècles une clinique réputée avant de sombrer peu à peu dans l’oubli. Voix du Midi Lauragais a poussé les portes de ce lieu mystérieux, accompagné de l’agence immobilière Empeiria, pour vous raconter son histoire ainsi que le projet qui va lui donner une nouvelle vie.
Un château d’exception
Le château de Saussens a désormais des portes condamnées et des fenêtres murées pour empêcher les intrusions. Pourtant, à l’intérieur, les traces des années d’abandon sautent aux yeux. Dans les anciens couloirs de ce qui a été une clinique de soins, le sol porte encore les stigmates du vandalisme. Des câbles électriques pendent parfois du plafond, vestiges des pillages qui ont vidé le bâtiment de tout ce qui avait de la valeur.
Au rez-de-chaussée, les pièces se succèdent dans un silence presque total. Ici et là, quelques débris jonchent encore les sols. Mais derrière cette impression de désolation, le bâtiment revèle une autre réalité. Les tomettes ont traversé des décennies sans s’abîmer, les boiseries anciennes sont toujours là, une cheminée est en parfait état, et en levant les yeux vers le grenier, la charpente impressionne par son état de conservation. Entre ces murs, pas de champignons, pas de rats, pas d’infiltrations.

« C’est très rare de trouver un château qui paraît aussi dégradé au premier regard mais dont la structure est aussi saine et en excellent état », remarque Emmanuelle Salerno, de l’agence immobilière Empeiria, qui a réussi en 2026 le pari de vendre cette bâtisse.
Une tannerie au XVIIIe et XIXe siècle
En parcourant les chambres modernes et désertées, difficile d’imaginer que le lieu a connu bien d’autres vies avant d’être un établissement de soins. Pourtant, son histoire remonte à 1790, date à laquelle il a été construit par un seigneur local qui pratiquait le négoce de peaux de moutons provenant de la montagne Noire.

Le bien dans son ensemble comprend l’imposant château au cœur d’environ 5,5 hectares de terrain, mais également des dépendances avoisinantes. À l’époque, ces dernières, appelées « le relais », servaient à entreposer les cuirs et les peaux avant qu’ils ne soient vendus aux commerçants de Toulouse et de sa région. Des bâtiments qui ont donc accueilli une tannerie, c’est-à-dire un atelier où est effectué le tannage, traitement des peaux d’animaux visant à en faire du cuir.
Une clinique de soins au XXe siècle
La propriété change totalement d’orientation à partir de 1968 lorsque le château devient une clinique de soins et de réadaptation polyvalente. Pour accueillir l’établissement, des travaux d’aménagement intérieur sont effectués. 80 lits y sont installés dans des chambres équipées, accompagnés d’un ascenseur ou d’un chauffage central au gaz sur citerne : une modernité qui s’observe davantage à l’étage où se trouvaient les chambres – alors qu’au rez-de-chaussée, il s’agit des parties communes et des cuisines.
Des riverains ont été marqués par la présence de ce château dans le village, comme l’avance l’agence immobilière : « Une personne nous a dit qu’elle allait courir autour du château quand elle était petite et on croise aussi souvent des habitants qui promènent leurs chiens dans le parc du château. On remarque que c’est un monument qui a marqué pas mal de gens dans les communes alentour. »
14 ans sur le marché
Cette « maison de repos haut de gamme » était alors un investissement locatif, le propriétaire des lieux appréciant investir dans des biens atypiques. « Lorsqu’il est décédé, ce sont ses deux filles qui ont hérité du bien et décidé de conserver la location du château à la clinique de soins. Jusqu’à ce que cette dernière décide de partir », raconte Emmanuelle Salerno, de l’agence installée à Montrabé.
Avant de poursuivre : « Les propriétaires ont alors voulu s’en séparer car elles ne savaient pas quoi en faire. Elles ont mis un gros panneau “à vendre et à louer” alors que le système de l’urbex se mettait en place. Quelques jours après, des personnes se sont introduites directement dans le château. »
Une propriété privée sécurisée
Le château, qui va être sécurisé, est une propriété privée dans laquelle il est interdit de s’introduire, comme l’explique l’agence immobilière : « Casser et abîmer pour rien, ça a des conséquences pour beaucoup de monde, à la fois pour les propriétaires, pour les potentiels acquéreurs mais aussi pour les habitants qui chérissent ce patrimoine. Dès qu’une fenêtre est ouverte, la dégradation, l’humidité, les pigeons, les casseurs… tout ça arrive très vite. »
Pour rappel, la destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui est punie de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende. Pour ce qui est du vol, il est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende. Quant à l’intrusion dans une propriété privée, elle peut également être sanctionnée. Les peines encourues dépendent des circonstances et des fais commis sur place.
Cuivre, cuisines professionnelles, objets de valeur : tout a été dérobé et le lieu a subi plusieurs vagues de dégradations. Des intrusions qui se sont poursuivies durant 14 années. 14 années lors desquelles les propriétaires ont essayé de vendre le bien… sans succès.
Une vente en 2026
« On a de la chance d’être dans un pays où l’on a un patrimoine magnifique. Mais il y a des centaines de château qui ne se vendent pas et c’est vraiment dommage », s’inquiète l’agente immobilière. Maxence Ruiz et Emmanuelle Salerno, les deux fondateurs de l’agence Empeiria, ont rencontré par hasard les propriétaires de ce château. Ils sont rapidement venus le visiter afin de comprendre pourquoi aucune agence n’avait jusqu’ici réussi à trouver preneur.
Maxence Ruiz raconte comment ils se sont liés à un projet qui a nécessité deux ans de leur vie : « Elles étaient presque prêtes à nous le donner car les charges pour un tel lieu sont très élevées. Et voir ce patrimoine se délabrer en étant impuissantes, elles étaient vraiment dépitées. »
Touché par leur histoire et le charme du lieu, le couple d’agents immobiliers passe un week-end entier avec les propriétaires afin de les aider à nettoyer la bâtisse et à remettre ce patrimoine en valeur. Ils le commercialisent à nouveau, sans changer son prix, mais avec de meilleures photos et un réseau de contacts adapté. « Nous avons eu deux offres en un mois et demi, alors qu’en 14 ans – et avec plusieurs agences – il n’y en a eu aucune. Nous l’avons commercialisé un peu différemment », explique Maxence Ruiz.

« Changer de vision »
Pendant 14 ans, le lieu avait été mis en vente à destination de l’événementiel ou pour en faire une résidence principale, ce qui est incohérent pour l’agence locale. « Beaucoup de personnes nous ayant contactés ont du mal à se rendre compte, mais 1 200 m² de château et 1 800 m² de dépendance, c’est immense. Pour qu’une famille y vive, c’est impossible à trouver. Et pour l’événementiel, un million d’euros et quelques de travaux, c’est trop de budget à fournir », explique Emmanuelle Salerno.
Ils ont donc changé la cible de la vente « pour montrer le projet sous un autre œil », plutôt destiné à de la division foncière. Pour cela, les agents immobiliers ont dissocié les dépendances du château puis divisé le site en lots vendus séparément. Dès la mise en ligne des annonces, ils ont reçu de nombreux appels. Et grâce à leur réseau, ils ont trouvé un acheteur : une personne spécialisée dans la division foncière de biens atypiques – qui a acheté l’entièreté du site, à la fois le château et le relais.
De 11 à 13 habitations
Les dépendances vont être divisées en 11 ou 13 habitations. Des lots revendus à 30 % à d’investisseurs et à 70 % en propriété principale (dont plusieurs artisans souhaitant rénover eux-mêmes l’habitation pour y vivre ou la louer). Ce seront les acheteurs qui concevront eux-mêmes leur espace de vie dans ce bâtiment divisé pour l’occasion. À noter qu’il reste quatre lots encore invendus, pour un prix d’achat allant de 64 000 € à 81 000 € : 125 m², 130 m² et deux de 148 m² (qui peut être vendu en un seul lot de 296 m²).
Un patrimoine qui va ainsi être réhabilité en un nouveau lieu de vie pour le village, « tout un écosystème », comme précise Maxence Ruiz : « Avec cet espace, on crée 20 à 25 % du village en nouvelles habitations, ce qui est conséquent. »

Que va devenir le château ?
Quant au château de 1 154m², qui va être sécurisé pour qu’il ne se dégrade plus, le projet n’est pas encore fixé, bien que le propriétaire actuel et promoteur l’ait remis à la vente le mardi 9 juin au prix de 530 000 €. « Le château attend de trouver les bons acquéreurs, ceux qui seraient intéressés pour en faire de l’événementiel ou quoi que ce soit d’autre : un hôtel, un musée, des bureaux, qui sait… », invite Maxence Ruiz.
Avant de conclure : « C’est compliqué d’avoir un patrimoine aussi conséquent, mais il y a toujours des solutions avec un bon travail d’équipe ! »
Infos pratiques
Plus d’informations au 07 89 09 53 41 ou sur le site Internet de l’agence Empeiria
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