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Carburant : l’État joue au gendarme… tout en profitant de la hausse

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🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Face à la flambée des prix à la pompe, Sébastien Lecornu déploie 500 contrôles en 72 heures pour traquer les pompistes abusifs. Mais qui est le premier bénéficiaire de chaque litre vendu ?
  • TVA, accise, taxes en cascade… l’État perçoit plus de la moitié du prix final du carburant. Quand le brut flambe, ce sont les caisses publiques qui se remplissent automatiquement, sans aucune décision politique.
  • Baisser la TVA sur les carburants ? « Inconcevable », répond le gouvernement, au nom d’un trou budgétaire de 20 milliards d’euros. Un argument comptable qui laisse les ménages ruraux captifs de leur voiture payer l’addition.
  • Les opérations de contrôle ressemblent davantage à un écran de fumée qu’à une vraie politique énergétique : le gouvernement désigne des coupables commodes tout en préservant jalousement ses recettes fiscales.

Cinq cents contrôles en trois jours. L’annonce de Sébastien Lecornu, ce dimanche, a des allures de démonstration de force. Face à la flambée des prix du carburant, avec 10 centimes de plus sur le SP95-E10 et 26 centimes sur le gazole en une semaine, le Premier ministre mobilise la DGCCRF dans une opération éclair censée traquer les « hausses abusives ». L’équivalent d’un semestre de contrôles habituel concentré sur soixante-douze heures. Le message se veut clair : l’État veille, l’État agit, l’État protège.

Mais protège-t-il vraiment ? Derrière cette gesticulation administrative se pose une question que le gouvernement esquive soigneusement : qui est le premier bénéficiaire de chaque litre vendu à la pompe ? La réponse est connue de tous les automobilistes français : l’État lui-même, via la TVA et l’accise sur les produits énergétiques. Quand le gazole passe de 1,72 à 1,98 euro le litre, les taxes représentent toujours plus de la moitié du prix final. Traquer les « abus » des pompistes tout en refusant d’alléger la pression fiscale relève d’une forme de cynisme budgétaire.

« La guerre au Moyen-Orient ne peut pas servir de prétexte à des hausses abusives des prix à la pompe. »

Sébastien Lecornu a raison sur un point : un conflit international ne saurait justifier l’enrichissement de quelques intermédiaires sur le dos des consommateurs. Mais le Premier ministre omet de préciser que ce même conflit ne devrait pas non plus servir de prétexte à l’État pour engranger des recettes fiscales supplémentaires mécaniques. Lorsque le prix du brut augmente, la TVA, calculée en pourcentage, augmente proportionnellement. Sans aucune décision politique, les caisses publiques se remplissent davantage à chaque hausse du baril.

GUERRE / MOYEN-ORIENT : Alors que les prix affichent déjà 2€ le litre de gazole par endroits, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonce 500 contrôles dans les stations‑service de France dans la semaine contre d’éventuelles hausses abusives des prix à la pompe liées. pic.twitter.com/jQ7l9Ll9OC

— Infos Françaises (@InfosFrancaises) March 8, 2026

Le refus obstiné de toute baisse fiscale

C’est ici que le débat politique prend tout son sens. Marine Le Pen propose depuis plusieurs années de ramener la TVA sur les carburants de 20 % à 5,5 %. Jordan Bardella réclame une action immédiate sur la TVA et l’accise « en cas de flambée ». Du côté de La France insoumise, Éric Coquerel évoque un blocage des prix et des « ajustements » sur l’accise si la situation perdure. Des propositions différentes dans leur philosophie économique, mais qui convergent vers un même constat : le levier fiscal existe et le gouvernement refuse de l’actionner.

La réponse de Maud Bregeon, ministre déléguée à l’Énergie, est révélatrice des priorités de l’exécutif. Baisser la TVA et l’accise serait « inconcevable » car cela creuserait un trou de « près de 20 milliards d’euros » dans le budget de l’État. L’argument comptable est imparable, à condition d’accepter que l’équilibre budgétaire repose toujours sur le portefeuille des Français qui n’ont pas d’autre choix que de prendre leur voiture pour aller travailler.

C’est bien là le cœur du problème. Le carburant n’est pas un produit de luxe pour l’immense majorité de nos concitoyens. Dans la France périphérique, celle des zones rurales et périurbaines mal desservies par les transports en commun, la voiture reste une nécessité vitale. Cinq euros de plus par plein représentent vingt euros par mois pour qui effectue chaque jour le trajet domicile-travail. À l’échelle d’une année, c’est l’équivalent d’un treizième mois amputé pour des ménages qui comptent déjà chaque euro.

Misère d’un pays qui a perdu sa souveraineté : réduit à « faire des contrôles » !…🤦🏻‍♂️

➡️ Un pays souverain aurait déjà baissé la TVA de 15 points à 5,5% ! https://t.co/VBgkAWaqKD

— Florian Philippot (@f_philippot) March 8, 2026

Contrôler les pompistes ou assumer ses responsabilités ?

L’opération de contrôle annoncée par le Premier ministre n’est pas illégitime en soi. Vérifier que certains distributeurs ne profitent pas de la situation pour gonfler leurs marges relève d’une saine régulation du marché. Mais elle ne saurait constituer à elle seule une politique énergétique. Elle ressemble davantage à un écran de fumée qu’à une réponse structurelle.

Le gouvernement se trouve face à une contradiction qu’il peine à assumer. D’un côté, il refuse de toucher à la fiscalité au nom de la rigueur budgétaire. De l’autre, il prétend défendre le pouvoir d’achat des Français en multipliant les contrôles administratifs. Cette posture permet de désigner des coupables commodes, les distributeurs, les spéculateurs et les profiteurs de crise, tout en préservant des recettes fiscales dont l’État ne veut pas se passer.

Il y aurait pourtant une cohérence à établir. Si le gouvernement estime que les hausses actuelles sont « abusives », c’est qu’il reconnaît implicitement que le prix payé par les Français est trop élevé par rapport à la réalité du marché. Mais alors, pourquoi ne pas commencer par réduire la part de ce prix qui dépend directement de décisions politiques ? Les taxes ne sont pas une fatalité économique : elles résultent de choix souverains que l’État peut modifier.

La vérité, c’est que ce gouvernement, comme ses prédécesseurs, a fait de la fiscalité sur les carburants une rente qu’il juge intouchable. Les automobilistes sont devenus une variable d’ajustement budgétaire permanente, corvéables à merci au nom de la transition écologique ou de l’équilibre des comptes publics. Les promesses de « pouvoir d’achat » s’arrêtent là où commencent les intérêts du Trésor.

Cinq cents contrôles ne changeront rien à cette réalité. Les Français qui font le plein cette semaine ne seront pas dupes. Ils savent lire un ticket de caisse et identifier la part qui revient à l’État. Ils attendent autre chose que des opérations de communication : des décisions concrètes qui allègent réellement leur facture. En refusant d’y consentir, le gouvernement confirme que ses priorités sont ailleurs et que les classes moyennes motorisées restent, une fois de plus, les grandes oubliées.

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