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Par Renaud Jacobs
Interdit en France, autorisé dans vingt-six pays de l'Union, réintroduit ce lundi soir par l'Assemblée : l'acétamipride oppose agriculteurs et scientifiques au nom des mêmes « faits ». C'est en général le signe que la science dit deux choses qu'on a cessé de distinguer. Renaud Jacobs ouvre le dossier, pièce par pièce — l'établi, le soupçonné, et ce que font vraiment nos voisins.
Une molécule interdite en France depuis 2018, autorisée dans vingt-six des vingt-sept pays de l'Union, et peut-être réintroduite ce lundi soir dans notre droit par un vote de l'Assemblée nationale sur la loi d'urgence agricole : l'acétamipride aura réussi le tour de force d'opposer, mot pour mot, des agriculteurs qui la réclament et des scientifiques qui la redoutent, chacun se réclamant des faits. Quand deux camps invoquent la même autorité — « la science » — pour conclure l'inverse, c'est en général que la science dit deux choses différentes, et qu'on a cessé de les distinguer.
Alors faisons ce que je fais quand une affirmation circule plus vite qu'elle ne se vérifie : allons voir les documents, pièce par pièce. Et surtout, tenons fermement la seule ligne qui compte ici — celle qui sépare ce qui est établi de ce qui est seulement soupçonné. Les deux méritent d'être dits. Ils ne pèsent pas le même poids.
Première pièce : le volet environnemental, mieux étayé, mais lui-même traversé d'une controverse loyale sur les doses
L'acétamipride appartient à la famille des néonicotinoïdes, ces insecticides qui agissent sur le système nerveux des insectes en se fixant sur les récepteurs de l'acétylcholine. C'est le mécanisme même du produit, et il ne fait aucune distinction morale entre le puceron qu'on vise et l'abeille qui passe.
Ici, il faut être exact, car c'est le point que le débat déforme le plus. Sur la toxicité aiguë — la dose qui tue directement —, l'acétamipride est bel et bien moins dangereux pour l'abeille adulte que les néonicotinoïdes de première génération. Sa dose létale médiane par voie orale tourne autour de 7 microgrammes par abeille, là où l'imidaclopride tue à des doses des centaines de fois plus faibles ; l'agence américaine de l'environnement le classe « modérément toxique ». C'est ce chiffre, exact, que brandissent les partisans de la réautorisation quand ils parlent de « faible toxicité ».
L'erreur commence quand on s'arrête là, car l'essentiel du danger des néonicotinoïdes ne se joue pas dans la dose qui tue, mais dans les doses qui ne tuent pas — ce que les toxicologues appellent les effets sublétaux. Et là, deux choses sont vraies en même temps. La première : ces effets sont documentés en laboratoire. Chez l'abeille, dès 2008, une équipe française mesurait qu'à doses sublétales, l'acétamipride altère l'apprentissage olfactif et le comportement ; chez le bourdon, une étude de 2020 observe un retard de développement des colonies et une baisse de production de mâles. La seconde, que l'honnêteté commande d'ajouter aussitôt : cette même étude de 2020 ne constate ces effets qu'à des concentrations élevées, et ses auteurs concluent explicitement qu'aux concentrations réellement rencontrées dans le nectar et le pollen, l'effet deviendrait improbable. Voilà le vrai nœud du désaccord entomologique : non pas « y a-t-il un effet ? » — oui, en laboratoire —, mais « à la dose de terrain ? » — et là, les experts se divisent.
Reste une donnée, elle, franchement établie et moins discutable : c'est une molécule très soluble dans l'eau et faiblement retenue par les sols. Elle migre. On la retrouve dans les nappes et les cours d'eau. C'est en s'appuyant sur ce faisceau — effets sublétaux avérés, diffusion environnementale, absence d'alternative jugée insuffisante pour certains usages mais existante pour la très grande majorité selon l'INRAE — que le Conseil d'État a confirmé le bien-fondé scientifique de l'interdiction.
Deuxième pièce : ce qui touche à la santé humaine relève du signal d'alerte, pas de la preuve
Ici, la rigueur commande une prudence dans les deux sens. Il n'existe pas, à ce jour, d'étude établissant que l'acétamipride, aux niveaux d'exposition réels, provoque telle ou telle maladie chez l'homme. Ceux qui l'affirment vont plus loin que les données. Mais ceux qui en concluent que le produit est inoffensif vont, eux aussi, plus loin que les données — et c'est le cœur du malentendu.
Ce que l'on a, ce sont des indices convergents, suffisamment sérieux pour que les
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