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Cancer à ARNm : Moderna s’envole en Bourse avant la publication des données complètes

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Wall Street ignore encore combien de patients survivront, mais connaît déjà la valeur de leur traitement.

Le prétexte de cette ruée porte un nom : intismeran autogene, anciennement V940 ou mRNA-4157. Ce produit expérimental à ARN messager est développé avec Merck pour traiter certains patients atteints d’un mélanome à haut risque retiré chirurgicalement.

🧬 Moderna a doublé en Bourse ce matin. Sur un communiqué qui ne contient pas un seul chiffre d’efficacité.

Merck et Moderna annoncent que l’essai de phase 3 INTerpath-001 a atteint son objectif principal. Le protocole : 1 137 patients atteints d’un mélanome de stade IIB à IV… pic.twitter.com/rfgHuxwqqZ

— MoneyRadar (@MoneyRadar_FR) August 19, 2026

L’ARNm revient par la porte du cancer

« Les vaccins ARNm COVID sont-ils à l’origine d’une vague inédite de cancers agressifs et de rechutes ? » s’interroge le Sénat américain. Les laboratoires ne se posent pas cette question, bien au contraire. Après avoir été injecté à des milliards de personnes contre le Covid, l’ARNm cherche désormais une nouvelle légitimité commerciale dans l’oncologie. La présentation change, la logique reste la même : introduire dans l’organisme une instruction génétique synthétique afin de lui faire produire temporairement des protéines choisies par le fabricant.

Dans le cas d’intismeran, un échantillon de la tumeur est analysé pour sélectionner jusqu’à 34 néoantigènes. Un produit à ARN messager est ensuite fabriqué pour chaque patient, avec l’objectif de pousser ses cellules immunitaires à reconnaître la tumeur. Cette personnalisation impressionne sur le papier. Elle implique aussi une chaîne complexe d’analyse génétique, de production, de contrôle et d’administration, entièrement dépendante du laboratoire.

Le traitement est associé au Keytruda de Merck, une immunothérapie qui peut provoquer des réactions immunitaires graves, parfois mortelles. Impossible, par conséquent, d’attribuer automatiquement le résultat final au seul produit à ARNm ou de résumer l’ensemble à un sympathique « vaccin contre le cancer ».



Un « succès » annoncé sans montrer les chiffres

Selon le communiqué commun de Moderna et Merck, l’essai de phase 3 mené auprès de 1 137 patients aurait atteint deux objectifs : prolonger la période sans récidive et réduire le risque de métastase à distance, par rapport au Keytruda seul.

Les entreprises parlent d’améliorations « statistiquement significatives » et « cliniquement pertinentes ». Mais elles ne donnent ni nombre de récidives, ni bénéfice absolu, ni durée médiane de suivi, ni tableau complet des effets indésirables. Les données seront présentées plus tard, lors d’un congrès médical. La Bourse a donc acheté le dessert avant même d’avoir vu le menu.

Plus gênant encore, aucune amélioration de la survie globale n’est actuellement démontrée. L’étude continue précisément parce que cette donnée manque. Empêcher ou retarder une récidive constitue un résultat important, mais ce n’est pas synonyme de vies sauvées. La communication financière entretient volontiers cette confusion, beaucoup plus rentable qu’un tableau statistique complet.

Des pourcentages relatifs transformés en argument publicitaire

Moderna rappelle que son étude de phase 2b avait affiché une réduction de 49 % du risque de récidive ou de décès et de 59 % du risque de métastase à distance ou de décès. Ces pourcentages sont relatifs. Ils ne signifient pas que 49 % des patients ont été sauvés.

La publication scientifique du suivi à cinq ans concernait seulement 157 participants, dont 107 dans le groupe intismeran-Keytruda et 50 sous Keytruda seul. La tendance concernant la survie globale restait incertaine, avec un intervalle de confiance suffisamment large pour empêcher toute conclusion solide. Plusieurs auteurs de l’étude étaient par ailleurs employés par Merck ou Moderna.

Ce conflit d’intérêts ne rend pas automatiquement les résultats faux. Il interdit simplement de prendre la communication des vendeurs pour une expertise indépendante. Une précaution élémentaire que Wall Street a manifestement rangée au fond du congélateur.



Une plateforme industrielle qui cherche son prochain marché

Intismeran n’est pas encore autorisé. Son prix, sa fabrication à grande échelle, son efficacité réelle et son rapport bénéfice-risque restent à établir. Pourtant, Moderna développe déjà cette technologie dans plusieurs cancers, notamment ceux du poumon, de la vessie et du rein.

L’entreprise ne vend donc pas seulement un futur traitement. Elle tente de faire accepter une plateforme entière, avec la promesse de produire une injection différente pour chaque tumeur. Après l’expérience Covid, croire Moderna sur parole serait pour le moins généreux. Les patients ont besoin des données brutes, d’analyses indépendantes et d’un suivi prolongé. Les actionnaires, eux, se sont contentés d’un communiqué de presse.

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