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Politique 12/05/2026 19:37 Actualisé le 12/05/2026 21:36
Un document remis à Raphaël Glucksmann lui conseille « d’éviter » de se concentrer sur les électorats populaires, les jeunes ou les moins fortunés.
Une vraie fausse note. La publication d’un rapport confidentiel remis à Raphaël Glucksmann ces dernières semaines électrise les débats à gauche. La France insoumise saute sur cette fuite, relatée initialement dans Politico ce mardi 12 mai, pour étriller la stratégie et le futur projet politique de l’eurodéputé, prétendant sérieux à la prochaine présidentielle.
Ce document de 48 pages n’était pas destiné à sortir du cercle des cadres de Place Publique. Pour cause, dans les nombreux extraits publiés par la presse ou certains élus, l’auteur (un stratège de la campagne) dessine à gros traits l’électorat que le social-démocrate peut viser ou éviter, dans sa course élyséenne. En d’autres termes, le « public cible » que celui-ci doit choyer pour atteindre les 20 % et se qualifier au second tour.
Ainsi, la note divise les électeurs en trois catégories, chacune résumée en un profil type et un brin caricatural. On retrouve par exemple « les fidèles », acquis à la cause de l’eurodéputé, représentée par « Nathalie de Nantes, 57 ans, professeur de lettres » qui « aide les migrants » et écoute « Cabrel, Stromae et Mylène Farmer ».
Viennent ensuite les électorats de conquête, à gauche avec « Romain de Romainville, 43 ans, ingénieur chez EDF » ou au centre avec « Gérard de Guérande, 68 ans », un retraité au niveau de vie confortable (5100 euros de pension par mois.) En revanche, les profils moins aisés, jeunes, dans les quartiers populaires ou vivant au SMIC, sont décrits comme à « éviter pour le moment. » Car « plus difficilement mobilisables. »
Les insoumis tapent fort
Dès lors, plusieurs questions se posent. Certes, ces notes confidentielles sont courantes dans les partis politiques, qui plus est à l’approche d’élections, présidentielle ou autres. L’entourage de Raphaël Glucksmann affirme d’ailleurs que l’eurodéputé a reçu ces pistes de travail, mais ne souhaite pas les endosser complètement.
Il aurait notamment « mis à la poubelle » la partie sur les profils à éviter. Le patron de Place publique a réagi en début de soirée avec un long message sur le réseau social X. « Ce document volé dont j’ai immédiatement rejeté les conclusions n’a aucune valeur politique », assure-t-il, ajoutant que « seule la France [l]’habite, pas des bouts de France ».
Il n’empêche, ce document vient jeter une lumière crue sur les tentations électoralistes au sein des partis et offre, par la même occasion, des flèches faciles aux premiers adversaires de l’eurodéputé, en l’occurrence la France insoumise. Nombreux élus mélenchonistes estiment effectivement tenir la preuve, noir sur blanc, des accusations qu’ils formulent depuis des mois à l’encontre de l’essayiste et de sa ligne dite plus modérée.
« Il n’a jamais souhaité être un candidat de gauche. Sa stratégie, c’est d’incarner le renouveau macroniste. En abandonnant les ouvriers, les plus pauvres, les jeunes », fustige ainsi la députée Clémence Guetté sur les réseaux sociaux, extraits à l’appui, quand son collègue Paul Vannier enjoint le coprésident de Place Publique à viser la mairie de La Baule, commune huppée du littoral, s’il souhaite se « préoccuper » des « cadres supérieurs et des retraités aisés. »
Un sparadrap pour Glucksmann
Face à cette récupération intense, et ses raccourcis, les troupes de Raphaël Glucksmann peinent à trouver la riposte. Aucun des cadres identifiés de son mouvement (Aurore Lalucq ou les anciens macronistes Aurélien Rousseau et Sacha Houlié) n’ont publiquement réagi aux fuites dans la presse. Quant à l’entourage de l’eurodéputé, au coude à coude dans les sondages avec Jean-Luc Mélenchon, il s’attache à minimiser la portée d’une telle note, insistant sur le fait qu’elle n’engage pas le potentiel candidat.
Il « n’assume en aucun cas et refuse clairement cette perspective », répond ainsi Victor Lachenait, conseiller politique chez Place Publique, sur les réseaux sociaux, rappelant au passage aux insoumis que leur candidat se livre lui aussi à ce genre de compartimentation politique. Jean-Luc Mélenchon préfère ouvertement se concentrer sur ce qu’il définit comme le quatrième bloc (les abstentionnistes, les jeunes, les quartiers populaires), au détriment du monde rural notamment. « Tout le reste, laissez tomber, on perd notre temps », avait-il lancé lors d’une manifestation en septembre 2024. Une phrase, captée à la volée, qui avait suscité nombreuses critiques et accusations de mépris.
Ainsi, certains soutiens de Raphaël Glucksmann accusent désormais La France insoumise de se servir de cette affaire de note pour créer un contre-feu et, selon la sénatrice Laurence Rossignol, « ne pas parler du procès Chikirou. » La députée de Paris, soupçonnée d’avoir tenté de faire virer des fonds d’une société qu’elle ne dirigeait plus, est effectivement jugée ce mardi pour escroquerie.
Il n’empêche, derrière ces échanges musclés, le document fait tache du côté de Place Publique. Il rappelle inévitablement le spectre douloureux de la stratégie Terra Nova, en 2011. En conseillant le Parti socialiste de se détourner de l’électorat populaire pour viser les catégories plus aisées, le think tank avait durablement fracturé la gauche. Il risque, enfin, de scotcher l’image de candidat élitiste qui suit déjà Raphaël Glucksmann. Une sorte de sparadrap, qu’il sera d’autant plus difficile à décoller.


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