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Il y a une vingtaine d'années, le rachat d'une petite usine de transformation de la viande par une multinationale a transformé le visage d'un petit village du sud de l'Alberta. Brooks est devenu une destination attractive pour de nombreux travailleurs en quête de possibilités. Or, la petite municipalité fait maintenant face à d’importants défis en matière d’habitation.
Sahra Abdilahi fait partie des quelque 3000 employés de cette usine de transformation, JBS. Elle a rejoint son mari à Brooks il y a 14 ans. Le couple, alors sans enfants, habitait dans un petit appartement.
Au fil des années, la famille s'est agrandie. Ils sont maintenant sept, logés dans un espace d'environ 93 mètres carrés. Or, il est impossible de trouver un logement plus grand, explique la mère de famille.

Sahra Abdilahi est originaire de Somalie. Elle a emménagé à Brooks pour rejoindre son mari, qui travaillait déjà pour l'usine de transformation de viande JBS.
Photo : Radio-Canada / Laurence Taschereau
Elle a commencé à chercher une maison plus adaptée aux besoins de sa famille il y a cinq ans. J'aimais bien quelques maisons, mais le prix n'était pas justifié par rapport à l'âge de la bâtisse, explique-t-elle.

L'économie locale repose largement sur l'usine de transformation de viande JBS qui emploie plus de 3000 personnes. Cette industrie traite environ 2500 têtes de bétail par jour.
Photo : Radio-Canada / Laurence Taschereau
Des mois à l'hôtel
Sahra Abdilahi n’est pas la seule à éprouver des difficultés à trouver un logement adéquat.
La directrice de l'urbanisme et du développement communautaire à la Ville de Brooks, Lisa Tiffin, a noté des cas de familles qui doivent passer des mois à l'hôtel avant de dénicher un toit.
Nous entendons des gens qui vivent dans des hôtels, dans des endroits insalubres, dans des situations de surpeuplement, ou encore dans des roulottes, explique Lisa Tiffin.
La situation a commencé à se dégrader en 2022, alors que les politiques fédérales ont facilité l'embauche de travailleurs étrangers, explique la directrice de l’urbanisme.
Il n'y avait tout simplement aucun logement vacant. Nous avons entendu de nombreuses histoires vraiment déchirantes, comme des familles avec quatre ou cinq enfants qui s'entassent dans un appartement de deux chambres parce qu'il n'y a littéralement rien d'autre de disponible.
Notre situation en matière de logement a atteint un point tel que nous sommes presque en mode de crise.
Radio-Canada a tenté d’entrer en contact avec ces familles qui vivent dans des hôtels, mais aucune n’a souhaité témoigner.
Pour la famille de Sahra Abdilahi, l'histoire prend toutefois un tournant positif : après des années de recherche, elle a finalement trouvé une habitation dans ses prix grâce à un promoteur local.

Le duplex de Sahra est en pleine construction. Elle pourra bientôt y emménager avec son mari et ses cinq enfants.
Photo : Radio-Canada / Collin Gallant/CBC
Du retard à rattraper
Pour stimuler la construction résidentielle, le conseil municipal a mis en place un programme d'incitations majeures en 2022. Parmi les mesures, une réduction de la taxe foncière de 100 %, pendant la première année, diminuant graduellement jusqu'à 25 %, durant la quatrième année.
Brooks a aussi aboli les frais de permis de développement et de construction, en plus de baisser le prix de vente de ses terrains municipaux pour encourager les promoteurs.

Environ 125 logements sont en construction en 2026 à Brooks.
Photo : Radio-Canada / Laurence Taschereau
La stratégie porte ses fruits, note Lisa Tiffin. Brooks aura ajouté environ 400 logements d'ici 2028.
Les loger dans un hôtel pendant quatre ou cinq mois avec leur famille, alors qu'ils ont déjà traversé des épreuves horribles... ils méritent mieux. Et heureusement, nous sommes désormais en position de pouvoir enfin commencer à leur offrir cela.
Le prix du marché, un frein persistant
Même si les constructions poussent comme des champignons, plusieurs travailleurs qui s'installent à Brooks n’ont pas les moyens de se loger convenablement. La pénurie a fait grimper les prix ces dernières années.
Nous avons besoin de logements abordables offerts par des organismes à but non lucratif ou des agences gouvernementales, dit Lisa Tiffin.

La Société de logement de Brooks prévoit maintenant de construire 24 nouveaux logements de trois chambres.
Photo : Radio-Canada / Laurence Taschereau
La Société de logement de Brooks a été créée précisément pour alléger la pression sur le marché, particulièrement pour les nouveaux travailleurs, explique Reg Radke, président de l'organisme.
Les 86 logements actuels offrent une, deux et trois chambres à coucher.
À titre d'exemple, les loyers pour une chambre sont de 770 $, un logement de deux chambres coûte environ 924 $ et un trois chambres revient à 1060 $ par mois. Tous les services sont inclus.
Certains de nos résidents sont de nouveaux locataires qui n'ont jamais loué auparavant. D'autres sont issus de cultures différentes et ne comprennent pas toujours le fonctionnement du marché locatif, explique Reg Radke.
C'est pourquoi l’organisme offre aussi du soutien pour comprendre les rudiments de la location. Nous les aidons aussi à se bâtir une bonne cote de crédit grâce au paiement du loyer par prélèvements automatiques.
Reg Radke tient à préciser que la pénurie de logements n'est pas causée par l’immigration, mais bien par le fait que l’offre n’a pas suivi l’afflux de travailleurs qui contribuent à l’économie locale.


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