Les exemples se multiplient. Le dernier en date vise le média en ligne Heidi.news. La justice civile genevoise a interdit, avec effet immédiat et au nom du droit à l’anonymat, la publication du nom de plusieurs personnes ou entités ayant prêté de l’argent au groupe M3 dirigé par l’homme d’affaires Abdallah Chatila à Genève. Son objectif était de racheter la filiale suisse de la Sberbank russe, sous sanctions. L’affaire a donné lieu à une rafale de demandes en justice lancées par les différents protagonistes. Une offensive d’une ampleur telle et si coûteuse pour le média concerné qu’elle a convaincu l’avocat de Heidi.news de signaler le cas à la rapporteuse spéciale des Nations unies pour la liberté d’expression, Irene Khan.
Dans des contextes différents, de nombreux autres médias romands – Blick.ch, la RTS, Gotham City, etc. – ont eux aussi été visés récemment par des actions judiciaires. Chaque fois, le moyen juridique utilisé était le même: les mesures dites «provisionnelles» qui permettent aux tribunaux civils, à la demande d’un justiciable qui estime que sa réputation est injustement mise en cause par la publication d’un média, d’interdire à titre provisoire toute publication à ce sujet, ou de faire retirer avec effet immédiat un contenu déjà publié. La mesure peut même être prononcée à titre «superprovisionnel», soit sans entendre au préalable le média concerné et donc sans qu’il ait la possibilité de présenter un quelconque moyen de défense.


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