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À quelques semaines des municipales, les deux femmes font le choix de publier leur programme sous forme de livre payant. Une stratégie de communication assumée, qui interroge l’évolution des campagnes électorales et alimente la rivalité politique.
Cinq euros… demandez le programme. À l’approche des élections municipales parisiennes, une pratique encore marginale s’invite dans la campagne : la publication de programmes électoraux sous forme de livres vendus en librairie. Sophia Chikirou et Sarah Knafo ont toutes deux opté pour ce format éditorial, transformant le traditionnel document politique en objet de campagne à part entière.
Traditionnellement, en France, le programme électoral est diffusé gratuitement, sous forme de PDF, de brochures militantes ou de tracts. S’il n’existe aucune interdiction à sa commercialisation, la pratique n’en demeure pas moins rare. Jean-Luc Mélenchon avait déjà publié son programme présidentiel L’Avenir en commun sous forme de livre à prix réduit, tout en le rendant intégralement accessible en ligne. Lors des précédentes municipales parisiennes, le candidat Marcel Campion avait également tenté l’expérience avec Le Paris du bon sens. Une initiative restée isolée.
Cette fois, la démarche s’impose simultanément chez deux candidates aux profils politiques opposés. À gauche, Sophia Chikirou revendique un héritage militant et programmatique. Son entourage évoque une tradition politique ancienne. «À chaque grande élection, nous publions le programme sous forme de livre.» L’ouvrage consacré aux municipales parisiennes compte 180 pages et se veut un outil «d’éducation populaire». Le choix du format éditorial permettrait notamment d’inscrire la campagne dans les librairies, présentées comme des « lieux du débat intellectuel parisien ».
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Une marchandisation du débat politique ?
À droite, du côté de Sarah Knafo, la démarche se veut plus pragmatique. Son équipe assure ne pas avoir privilégié le livre au détriment de l’accès gratuit au programme. «Le PDF est disponible depuis le premier jour sur le site de campagne», insiste son entourage. La publication papier répondrait avant tout à une demande militante. «Beaucoup nous l’ont réclamé après l’avoir vu dans les mains de Sarah Knafo. Le livre est un bel objet que les gens s’offrent, se prêtent ou conservent dans leur bibliothèque.»
Derrière cet apparent consensus sur la gratuité numérique, la bataille se joue aussi sur le terrain de la perception publique. Sur les réseaux sociaux, la commercialisation d’un programme électoral suscite critiques et moqueries. Certains internautes dénoncent une «marchandisation du débat politique», ironisant sur une candidate - Sophia Chikirou - « favorable à la gratuité des transports mais qui fait payer son programme». D’autres y voient au contraire « un geste militant », comparable à une contribution volontaire à une campagne. Consciente de ces critiques, l’équipe de la candidate LFI insiste sur la gratuité d’accès au contenu.
« L’intégralité du programme est disponible gratuitement en ligne et nous distribuons également des tracts programmatiques dans la rue pour faire connaître nos propositions», assure l’entourage de Sophia Chikirou, qui souligne que le prix du livre correspond uniquement aux coûts d’édition et de distribution. « Contrairement à certains ouvrages d’autres candidats sortis à 20 €, notre livre à 5 € se concentre uniquement sur le fond et le programme. C’est un exploit dans le contexte actuel de pouvoir le proposer à ce prix », plaide-t-on chez LFI. Une pique à peine dissimulée aux ouvrages d’Emmanuel Grégoire et Pierre-Yves Bournazel qui, sans être officiellement des programmes, dévoilent la vision des deux candidats pour les municipales.
«Une saine concurrence»
Même ligne de défense chez Sarah Knafo, qui réfute toute logique de financement électoral. «Le livre n’a aucun objectif de financement de campagne. Une grande campagne de dons est par ailleurs en cours», explique son équipe. Au-delà de ces arguments, ce format en librairie devient aussi un terrain de rivalité politique. Sur le réseau X, Sarah Knafo a revendiqué avoir été la première à publier un programme complet dans la campagne municipale, estimant que sa démarche avait poussé ses adversaires à détailler leurs projets. «Si ma seule présence pousse les autres à travailler, c’est ce qu’on appelle une saine concurrence», écrivait-elle récemment.
Une affirmation contestée par l’entourage de Sophia Chikirou, qui assure travailler sur son programme depuis plusieurs mois et revendique un document «approfondi», élaboré en concertation avec associations, syndicats et collectifs citoyens. Cette concurrence éditoriale illustre plus largement une transformation des campagnes électorales. Le programme ne se limite plus à un document technique destiné aux militants ou aux experts, mais devient un objet politique pensé pour circuler dans les librairies, lors des réunions publiques ou sur les réseaux sociaux. Reste à savoir si ce nouveau format saura convaincre au-delà des cercles militants et des lecteurs déjà politisés.


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