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Fini le confort du diplôme acquis une fois pour toutes. Le Conseil de l’Ordre des Avocats au Barreau du Cameroun a adopté, le 28 septembre 2026, une résolution qui change la donne pour toute la profession. À compter du 1er janvier 2027, chaque avocat inscrit au Barreau devra suivre une formation continue obligatoire. Une décision signée du Bâtonnier Maître Mbah Eric Mbah, qui ne laissera personne indifférent dans les couloirs des tribunaux.
Ce que dit la résolution n° 007
Le document porte la référence Résolution n° 007 du 28 septembre 2026. Il a été adopté au cours d’une session ordinaire du Conseil de l’Ordre, présidée par le Bâtonnier Mbah Eric Mbah, à Yaoundé, au siège du Barreau situé avenue Charles Atangana, derrière le Mess des Officiers à Olézoa.
Onze membres ont pris part à cette réunion. Parmi eux, la Doyenne Ngoulla Fotso Arlette, la Trésorière Fouegoum Yonta Douanla Adeline Champeauberte, ainsi que le Secrétaire de l’Ordre, Maître Zangue Serges Martin, qui a lui-même contresigné le texte.
La résolution s’appuie sur deux textes fondateurs. D’abord la loi n° 90/059 du 19 décembre 1990 portant organisation de la profession d’avocat. Ensuite l’arrêté n° 41/DP/SG/MJ du 12 avril 2005, relatif à l’homologation et à la publication du règlement intérieur du Barreau.
Trois articles composent le texte. L’article 1 institue la formation continue obligatoire à partir du 1er janvier 2027. L’article 2, lui, reste flou.
Il renvoie les modalités pratiques à un projet de programme qui doit encore être finalisé. Concrètement, on ne sait pas encore combien d’heures de formation seront exigées, ni sous quelle forme, ni qui financera ce dispositif. Rien ne confirme à ce stade le calendrier exact de mise en œuvre au-delà de la date butoir de janvier 2027.
L’article 3 précise que la résolution devra être diffusée partout où besoin sera, en français et en anglais, par les soins du Secrétaire de l’Ordre et des représentants du Bâtonnier.
Une décision qui ne tombe pas du ciel
Le Conseil de l’Ordre justifie sa démarche par ce qu’il appelle les défis contemporains de la profession d’avocat. Le texte évoque un contexte global qui impose, selon les termes mêmes de la résolution, une remise en cause permanente de l’avocat. Et l’institution insiste sur un point: l’avocat camerounais ne doit pas rester en marge de cette évolution.
Un confrère qui découvre ce texte dirait sans doute à un collègue de bureau: « Enfin, on va peut-être arrêter de plaider avec des réflexes d’il y a vingt ans. » Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit. La profession juridique évolue vite, entre digitalisation des procédures, nouvelles jurisprudences et évolutions législatives constantes. Un avocat qui ne se met pas à jour prend le risque de mal défendre ses clients, tout simplement.
Le projet de programme de formation juridique continue a été présenté directement au cours de cette réunion du 28 septembre. Le Conseil affirme être fermement engagé à mettre en œuvre les mesures nécessaires au maintien et à l’amélioration des compétences des avocats.
C’est un tournant pour une profession qui, jusqu’ici, ne connaissait aucune obligation formelle de remise à niveau après l’inscription au Barreau. Difficile de ne pas y voir une mise en conformité avec ce qui se pratique déjà dans d’autres barreaux africains et occidentaux, où la formation continue est la norme depuis longtemps.
Ce que ça change concrètement pour les avocats
Le compte à rebours est lancé. Les avocats camerounais ont un peu plus de trois mois pour se préparer à cette nouvelle réalité, en admettant que les modalités pratiques soient publiées à temps.
Mais voilà, le texte laisse une zone d’ombre. Comment seront sanctionnés les avocats qui ne suivront pas cette formation ? Le document ne le précise pas. On ignore également si des exemptions seront prévues pour les avocats les plus âgés ou ceux ayant une ancienneté importante au Barreau.
Ça pose question, forcément, dans un contexte où de nombreux avocats exercent déjà avec une charge de travail conséquente entre les tribunaux, les consultations et les dossiers administratifs. Ajouter une obligation de formation, aussi légitime soit-elle sur le principe, suppose une organisation nouvelle. Qui financera ces formations ? Le Barreau lui-même, les avocats individuellement, ou un mélange des deux ?
Le texte ne tranche pas ces questions à ce stade. Il pose un principe, fixe une date, et renvoie le reste à plus tard.
Une profession sous pression de modernisation
Cette résolution ne vient pas de nulle part. Le Barreau du Cameroun compte plusieurs centaines d’avocats inscrits, exerçant aussi bien à Yaoundé, qu’à Douala, Bafoussam ou Bamenda. La profession a longtemps fonctionné sur un modèle où la formation initiale, sanctionnée par le Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat, suffisait pour exercer toute une carrière.
Le signal envoyé par le Conseil de l’Ordre est clair: cette époque touche à sa fin. On attendait ce genre de réforme depuis un moment, tant les évolutions du droit camerounais et international rendent la veille juridique indispensable.
Reste que la mise en œuvre sera le vrai test. Une résolution qui pose un principe sans détailler les sanctions ni le financement risque de rester lettre morte si le programme définitif tarde à voir le jour.
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Alain-Claude Ndom
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.


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