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Nous sommes dans les années 70. Chez Jaguar, la XJ6, lancée en 1968, est considérée comme un véritable chef d'œuvre, avec notamment un châssis remarquable, signé Browns Lane.
La berline offre un confort de conduite inégalé dans sa catégorie de prix, mais se distingue aussi par sa tenue de route.
Le tout étant emballé dans un style inimitable, propre à Jaguar. Pourtant, malgré toutes ces qualités, on songe assez rapidement à lui trouver une remplaçante.
Une nouvelle Jaguar
A peine quatre ans après le lancement de la XJ6, le constructeur anglais veut entrer dans une nouvelle ère. Intégrée au groupe British Leyland, les équipes Jaguar veulent marquer les esprits des hauts responsables du groupe.
Du côté de British Leyland on n’hésite pas à se séparer de nombreux collaborateurs de qualité pour accélérer l’intégration de la marque dans le groupe.
Malgré ce contexte compliqué, on bosse sur deux propositions de future XJ40.
Des maquettes en 1972
Dès septembre 1972, les maquettes sont terminées et le 19 juin 1973, deux d’entre elles sont présentées.
On choisit finalement une version dotée d’une carrosserie typiquement Jaguar avec un toit bas, des hanches galbées, des montants fins et un coffre bas et effilé.
Au programme des moteurs, cette XJ40 pourra recevoir des six et douze cylindres associés à des transmissions inédites.
On recommence
On assemble un premier prototype grandeur nature mais le conseil d’administration de British Leyland va mettre un coup d’arrêt au projet.
En effet, le grand patron du groupe, Donald Strokes n’aime pas la voiture et trouve qu’elle ne se distingue pas assez des précédentes voitures de la marque.
Il faut recommencer et proposer autre chose. Le design subit une nouvelle métamorphose et adopte un regard à six phares.
Quelques mois plus tard, le patron valide la poursuite du projet. Mais les nuages noirs planent au-dessus du groupe…
Tout va mal chez British Leyland
Chez British Leyland la situation est devenue catastrophique. L’argent manque, les usines sont gangrenées par des problèmes de qualité, les grèves s'enchaînent et surtout, il n’y a plus d’argent.
Résultat, le programme est totalement paralysé, pendant de longs mois. Mark Snowdon, du département de la planification produit, parvient à garantir un budget de développement pour la XJ40.
Mais celui-ci est très modeste et soumis au bon vouloir du gouvernement anglais qui verse, au compte-goutte, des aides au constructeur.
On tergiverse
A la fin de l’année 1977, et après avoir produit un nombre record de maquettes, dessins et projets, après avoir consulté Pininfarina, Bertone, Giugiaro et bien d’autres, le style de la XJ40 n’est toujours pas validé.
L’idée est de conserver l’esprit Jaguar tout en modernisant la voiture. Les enquêtes et les ateliers de style menés au Royaume-Uni, en Europe et aux États-Unis démontrent qu'un changement radical serait très mal perçu par la clientèle de Jaguar.
La XJ40 va marquer une nette évolution tout en réduisant le coefficient de traînée.
Un moteur Rover, pas question !
La direction du groupe, sûrement soucieuse de faire des économies d’échelle, souhaite que la future Jaguar utilise le V8 Rover.
On met alors la pression sur l’équipe Jaguar mais celle-ci n’est pas disposée à collaborer. Jim Randle, chef ingénieur de Jaguar, racontera des années plus tard, avoir répondu à la direction du groupe que le V8 ne rentrait pas dans le compartiment moteur.
La vérité : personne n’avait pris le soin de le vérifier, ni côté Jaguar, ni côté British Leyland. Une rumeur tenace veut que les concepteurs de Jaguar se soient arrangés pour dessiner le compartiment moteur de façon à empêcher l’arrivée du V8 Rover.
Des six cylindres au départ
Au lancement, seuls deux moteurs six cylindres en ligne sont au programme. Deux blocs 2.9 l et 3,6 l provenant du six-cylindres en ligne AJ6.
En 1990, le 3.6 l est remplacé par le 4.0 l et, en 1991, le 2.9 L par un 3.2 l. Pourtant, dès le début du développement, on imagine une version équipée d’un moteur V12.
Capot trop petit
Mais malgré de nombreux développements, cette fois le capot est vraiment trop petit pour accueillir le V12. Après d'innombrables reports, la très attendue XJ81 à moteur V12 fit enfin ses débuts en 1993.
En amont, Jaguar avait présenté une carrosserie XJ40 remaniée l'année précédente. Avec un coût de 35 millions de livres sterling et 140 panneaux nouveaux ou modifiés, la Jaguar a enfin son V12.
Initialement prévue pour la fin des années 70, puis pour 1980, et enfin 1984, la mise en production de la Jaguar XJ40 intervient finalement en 1986.
Une si longue attente
Dix ans après le début du projet. Il faudra en effet une ultime rallonge de 77 millions de livres sterling pour finaliser le projet et la mise en production.
Le lancement au salon de l'automobile de New York est un véritable succès et voit le retour de la marque aux USA.
Non seulement les nouvelles Jaguar se font rares mais celle-ci est proposée en entrée de gamme et sellerie tissu à tarif inférieur à celui de la Rover Sterling. Et qui choisirait une Rover à la place d’une Jaguar ?
Une qualité discutable
Si au lancement on insiste sur l'investissement colossal consenti pour concrétiser la production de la XJ40, le service presse de Jaguar se garde bien de préciser que cette production est organisée sur une vieille chaîne de production installée au début des années 50 à Browns Lane.
Certes un contrôle qualité est instauré mais la qualité de fabrication est mauvaise. Arrive alors ce qui devait arriver, les voitures construites en 1986 et 1987 souffrent d’entrée de nombreux problèmes techniques.
Soucis électriques à répétition, direction et suspension défaillantes, la Jaguar XJ40 se taille une réputation en quelques mois.
Chute des ventes
La production de la XJ40 chute à 32 833 exemplaires en 1989. Chez Jaguar on invoque la vigueur de la livre sterling comme explication de ce déclin.
Mais la XJ-S, modèle éprouvé et fiable, prouve le contraire en battant son propre record de ventes. Au même moment, Toyota lance Lexus et bouleverse la donne. On peut désormais rouler classe et fiable.
Très vite, Lexus prend la place de Jaguar comme voiture de luxe importée la plus populaire du marché américain. Jaguar est encore et toujours confrontée à des difficultés financières et cherche un partenaire.
Arrivée de Ford
General Motors est le grand favori pour racheter Jaguar mais ce sera finalement Ford qui en novembre 1989, prendra le contrôle du félin.
Jaguar Cars devint une filiale à part entière de Ford Motor Company. Lors de leur inspection de l'usine de Browns Lane, les hauts responsables de Ford sont alarmés par l'obsolescence des technologies utilisées par Jaguar et par l’état de l’outil de production.
Ford ordonne une rénovation complète de l’usine de Browns Lane et lance la Jaguar X300. Une version restylée, fiabilisée et nettement améliorée de la XJ40. Au total, 208 706 modèles XJ40/XJ81 ont été produits.


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