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On doit la création de la Rolls-Royce Motor Cars company à Frederick Henry Royce et Charles Stewart Rolls. Les deux anglais vont créer leur entreprise en 1904, avec un seul et unique but : construire la meilleure voiture du monde. Rolls-Royce commence la conception et l’assemblage de ses premières voitures. Mais il manque encore un élément du mythe.
Les origines d’une icône
Si aujourd’hui la plupart des clients de la marque ont recours à la personnalisation de leur véhicule via le programme Bespoke, cette habitude s’est manifestée dès les débuts de Rolls-Royce.
Dès les débuts de la marque, il est déjà de coutume chez les propriétaires de voitures de décorer leur calandre avec des mascottes commandées spécialement pour l'occasion. Au grand dam du directeur général, Claude Johnson, ces mascottes représentent souvent des animaux caricaturaux ou des personnages comiques. Une habitude qui ne cadre pas avec le standing de Rolls-Royce.
Un murmure
Il décide donc de créer une mascotte “officielle” pour couper l’herbe sous le pied aux “ajouts disgracieux”. Parmi les amis de Claude Johnson figure alors Lord Montagu de Beaulieu, fondateur et rédacteur en chef du magazine The Car Illustrated.
C’est l’illustrateur du magazine, Charles Sykes qui va créer une mascotte pour la Rolls-Royce Silver Ghost de Lord Montagu. Egalement sculpteur, Charles Sykes imagine une statuette en aluminium représentant une jeune femme en robe flottante, qu’il baptise « Le Murmure ».
Une sculpture officielle, plusieurs versions officieuses
Impressionné par cette sculpture, Johnson demande à Sykes de créer une nouvelle mascotte pour Rolls-Royce. Selon une version de l’histoire, après avoir reçu la commande de Johnson, Sykes aurait subtilement interprété “Le Murmure” pour créer ce qui devint la Spirit of Ecstasy.
Une autre hypothèse est que, lors d'un voyage à Paris, Johnson aurait été impressionné par la beauté de la statue grecque en marbre de la Victoire de Samothrace, déesse de la Victoire, sculptée en 190 av. J.-C. et exposée au Palais du Louvre depuis 1883. Certains spécialistes ont suggéré que c'est de ce chef-d'œuvre de la Grèce antique que viendrait l’inspiration.
Eleanor
Et si le Spirit of Ecstasy était finalement inspiré d’une personne réelle? Certains spécialistes soupçonnent Sykes de s’être inspiré d’une jeune femme nommée Eleanor Thornton. Née en 1880, elle apparaît pour la première fois au début du XXe siècle comme assistante de Claude Johnson, alors secrétaire général de l'Automobile Club de Grande-Bretagne et d'Irlande, avant la fondation de Rolls-Royce.
À cette époque, elle louait une chambre dans une colonie d'artistes de Chelsea, où elle posait comme modèle pour ses colocataires, dont Charles Sykes. Elle devint sa muse favorite et posa pour lui à de nombreuses reprises au cours des années suivantes.
Une histoire d’amour ?
Un jour, Johnson présente la jeune femme à son ami Lord Montagu. Malgré les liens d’amitié entre les deux hommes, Montagu débauche immédiatement Eleanor Thornton et entame avec elle une longue et passionnée histoire d'amour. Le sculpteur et illustrateur Sykes se retrouve donc à travailler avec Eleanor au magazine “The Car Illustrated” et la croise tous les jours. La mascotte initiale sur la Rolls de Montagu était elle un témoignage d’appréciation de Sykes envers son ami et employeur ? Un témoignage d’un amour caché entre le sculpteur et la modèle ? On ne le saura jamais.
Symbole d’excellence
Le dessin est déposé comme propriété intellectuelle de l’entreprise en 1911 et devient à la fois un élément distinctif de la marque Rolls-Royce et l’un des emblèmes les plus célèbres et reconnaissables au monde.
En 1920, la Spirit of Ecstasy est présentée au “Concours des Bouchons de Radiateurs” du magazine “L'Auto” au Salon de Paris, une compétition visant à désigner la plus belle mascotte automobile de l'époque et remporte la médaille d’or. Le Spirit of Ecstasy a évolué au fil du temps. La mascotte va adopter différentes postures, tailles et variations. Elle demeure pourtant intemporelle, et ressemble aujourd’hui plus que jamais aux dessins originaux réalisés en 1911 par son créateur.
Le Spirit of Ecstasy interdit !
Pourtant tout aurait pu s’arrêter dans les années 70. En effet, certains pays tentèrent d'interdire les mascottes pour des raisons de sécurité. En Suisse, par exemple, les clients n'étaient pas autorisés à l'exposer et la trouvaient rangée dans la boîte à gants de leur véhicule.
Conscients du grand danger qui pèse alors sur le mythe, les ingénieurs de Rolls-Royce vont trouver une solution aussi élégante qu'ingénieuse : fixer la mascotte sur un socle à ressort, lui permettant de s'enfoncer dans le radiateur au moindre contact, la mettant ainsi hors de danger. Ce mécanisme de rétraction a évolué vers un mouvement fluide et élégant appelé « la montée » et est présent encore aujourd’hui, sur toutes les voitures Rolls-Royce construites à la main à Goodwood.
Comment fabriquer le Spirit of Ecstasy ?
Comme à l’origine, la figurine Spirit of Ecstasy est fabriquée selon la technique de la cire perdue, un procédé vieux de plus de 5 000 ans. Fait remarquable, Charles Sykes lui-même, assisté de sa fille Josephine, a coulé, gravé et fini personnellement les mascottes Spirit of Ecstasy jusqu’en 1939. En prévision du lancement de la Phantom VII en 2003, Rolls-Royce Motor Cars a modernisé la Spirit of Ecstasy grâce au procédé de fonderie à cire perdue.
Un travail d’orfèvre
La première étape consiste à modéliser numériquement le Spirit of Ecstasy originale pour créer une image 3D. Des artisans qualifiés vont ensuite façonner un moule à l’aide d’outils de 0,2 mm seulement. Ce moule va permettre de réaliser un modèle en cire de grande précision, recouvert ensuite de céramique. La cire est fondue et on obtient un moule parfait.
Chaque figurine est fabriquée en remplissant le moule d'acier inoxydable en fusion, à une température de 1 600 °C. Une fois l'acier refroidi, le moule est ouvert pour révéler la Spirit of Ecstasy dans sa forme finale. Après usinage, polissage miroir final et contrôles qualité rigoureux, la figurine achevée prend place au-dessus de la calandre emblématique de Rolls-Royce.
Le regard porté vers l’avenir
A l’occasion de la sortie de Spectre, la première Rolls-Royce 100% électrique, une nouvelle version du Spirit of Ecstasy a été officiellement déposée, 111 ans, jour pour jour après l’original. La figurine a été remodelée pour adopter une posture plus basse et plus dynamique, la rapprochant ainsi des dessins réalisés par son créateur original, Charles Sykes, au début du XXe siècle.
Cette version de la Spirit of Ecstasy mesure 8,27 cm de haut, contre 9,5 cm pour la précédente. Sa robe, qui flotte dans le sillage du vent, a été redessinée pour un rendu plus aérodynamique et réaliste.
Au lieu d’être debout, les pieds joints et penchée en avant, elle se prépare à affronter le vent, une jambe en avant, le corps fléchi, le regard tourné vers l’horizon. Ces modifications participent à faire de la Spectre la Rolls-Royce la plus aérodynamique jamais créée, avec un cx de 0.25. Le Spirit of Ecstasy représente toujours l’excellence.


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