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TRIBUNE - Alors que l’Assemblée nationale doit voter, ce mardi, le projet de loi relatif à la protection des enfants, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations critique les élus de gauche qui se sont opposés à l’instauration d’une peine de perpétuité pour les violeurs en série sur mineurs.
Aurore Bergé est ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations.
Il est des vérités qui avancent à pas lents. Mais il arrive toujours un moment où une société ne peut plus détourner le regard. Un moment où elle doit regarder les faits en face, les nommer pour ce qu’ils sont et décider, enfin, de ce qu’elle refuse de tolérer.
Pour l’immense majorité des enfants victimes de violences sexuelles, le danger n’est pas venu de l’inconnu. Il portait le visage d’un père, d’un frère, d’un grand-père, parfois d’une mère. Celui d’un adulte à qui une famille avait confié ce qu’elle avait de plus précieux.
L’enfant est agressé là où il croyait être le plus en sécurité. Dans sa maison. Dans sa propre famille. Auprès de ceux dont il attendait amour et protection.
C’est tout le drame de l’inceste. Il n’est pas affaire de désir. Il est affaire de domination.
L’enfant ne se méfie pas de celui qu’il aime. Il ne se protège pas de celui dont il attend précisément qu’il le protège. Le prédateur le sait. Il détourne cette confiance. Il retourne cet amour contre l’enfant lui-même. Il fait du refuge l’instrument de sa domination, du silence son meilleur complice, de la honte la prison de sa victime.
Puis il recommence. Une victime. Une deuxième. Une troisième… Tant que rien, ni personne, ne vient l’arrêter. Les enfants devenus adultes ne réclament pas vengeance. Ils demandent la justice. Celle qui reconnaît leur parole, les protège et empêche qu’un même bourreau puisse détruire d’autres vies.
C’est cette exigence qui a guidé notre proposition d’ouvrir la réclusion criminelle à perpétuité aux auteurs de viols en série commis sur des mineurs de moins de 15 ans.
Car il faut nommer les choses : Joël Le Scouarnec a été condamné pour 299 viols et agressions sexuelles commis sur des enfants. Et pourtant, la peine requise ne pouvait pas excéder 20 ans de réclusion. 20 ans pour 299 vies.
Ce vote n’est pas un débat juridique. Il est un choix de société. Et j’appelle solennellement chacun à se ressaisir.
Aucune échelle des peines ne peut se satisfaire d’une telle disproportion. Car ce dont nous parlons n’est pas d’un crime parmi d’autres. Nous parlons d’une entreprise massive de destruction qui broie des enfances, fracture des familles et brise des vies à jamais.
Défendre la perpétuité, ce n’est pas céder à la facilité de la surenchère. C’est tirer les conséquences des faits. Reconnaître, par la loi, ce que sont ces crimes. Affirmer qu’il existe des actes d’une gravité telle que la première responsabilité de la République est d’empêcher qu’ils puissent se reproduire. Car lorsqu’un individu a fait de la destruction méthodique d’enfants l’œuvre de sa vie, notre devoir premier est qu’aucun autre enfant n’en devienne la victime.
Vendredi, pourtant, 41 voix de gauche ont suffi à faire tomber cet article. Au nom de la prévention contre la répression. Comme si les deux s’excluaient. Comme si protéger les enfants qui n’ont pas encore été agressés dispensait de rendre justice à ceux qui l’ont déjà été. Comme si empêcher un prédateur de récidiver ne relevait pas, précisément, de la prévention. Aujourd’hui, chacun devra prendre ses responsabilités.
À celles et ceux qui s’apprêtent à voter une nouvelle fois contre cet article, je pose une seule question : comment expliquerez-vous aux victimes que 20 années de prison constituent une réponse suffisante à près de 300 viols d’enfants ?
Ce vote n’est pas un débat juridique. Il est un choix de société. Et j’appelle solennellement chacun à se ressaisir.
Ce texte n’est pas un aboutissement. Il est une étape. Depuis 10 ans, notre pays a accompli des avancées majeures. La parole des victimes est mieux accueillie. La loi s’est renforcée. Les moyens ont augmenté. De nouveaux dispositifs ont été créés. Les mentalités ont changé. Mais pas assez.
Face à l’ampleur des violences révélées, nous devons faire notre révolution. Changer d’échelle dans la prévention, le repérage, la protection des enfants, l’accompagnement des victimes, la formation des professionnels, la réponse judiciaire, la déconstruction des mécanismes de domination et de prédation.
C’est le travail que je poursuivrai tout au long de l’été avec les parlementaires, les associations et les professionnels de terrain afin de bâtir une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants, qui sera examinée à l’Assemblée nationale dès le mois d’octobre, comme nous nous y sommes engagés.
Dans 20 ou 30 ans, nos enfants nous poseront une seule question : « Avez-vous été à la hauteur ? » Il nous appartient, aujourd’hui, de faire en sorte de ne jamais avoir honte de notre réponse. À celles et ceux qui vivent encore dans le silence, dans la peur, dans la honte ou dans le doute, je veux redire ces mots simples et essentiels : nous vous croyons. Nous vous entendons. Nous vous protégerons.
Car au-delà de cette loi, c’est une promesse que nous faisons aux enfants de France : celle de tout mettre en œuvre pour qu’aucun d’entre eux n’ait plus, demain, à subir ce que tant d’autres ont déjà enduré. C’est cette promesse qui doit guider chacun de nos choix. C’est cette promesse que la République doit tenir.


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